Sidekicks

On ne cesse de le dire, Memphis et la Three 6 Mafia laissent encore aujourd’hui planer leur influence sur l’intégralité du rap américain. Et si leurs morceaux et leurs flows ne cessent de se faire réutiliser ad libitum par les plus gros vendeurs du moment, c’est au Texas que l’on trouve leur meilleur héritière. Depuis deux années déjà, Megan Thee Stallion, 24 ans, s’affaire à reprendre le flambeau armée d’une insolence folle : première femme signée sur le label 300 Entertainment (Gunna, Young Thug, Tee Grizzley, etc.), la rappeuse originaire de Houston remplit toutes les conditions pour s’imposer – à son niveau – dans la catégorie des artistes à retenir en 2019. Biberonnée par la musique de Pimp C, de DJ Screw et de la bande de DJ Paul, Megan Pete de son vrai nom est de celles qui arrivent à associer une technique exemplaire avec une attitude dingue (confiance multipliée par mille, référence constantes au hustle et aux mecs à ses pieds). C’est tout le bien que l’on pense de Fever, premier album récemment sorti et dont les 14 morceaux ressemblent à un TGV de 40 minutes que l’on prend plaisir à se prendre en pleine gueule. Chaperonné par Juicy J, qui produit plusieurs titres du disque et apparait même en featuring sur un morceau, et par LilJuMadeDaBeat, Fever est une superbe leçon de rap brut, un disque qui, s’il ne révolutionne rien, rappelle toute la folie furieuse du sud des États-Unis dans le rap. Surtout, cette sortie devrait enfin permettre à son auteure de continuer à faire parler d’elle dans le milieu : déjà présente sur plusieurs featurings judicieux depuis le début de l’année (Young Nudy, Maxo Kream, Khalid), la jeune femme vient ainsi de s’offrir la cover du prestigieux magazine The Fader, dans lequel elle raconte son amour du rap et son parcours tortueux dans l’industrie de la musique. Retenez bien Megan : c’est sur elle qu’il va falloir compter dans les prochains mois.

Le festival niortais En Vie Urbaine qui prenait traditionnellement place à l’automne fait peau neuve, et se tient cette année sur la deuxième quinzaine de mai. Comme en 2017 et en 2018, l’Abcdr est partenaire de l’événement qui durant les prochains jours accueillera des artistes tels que Nusky, Kobo, Youv Dee ou Coelho, parmi d’autres. Le festival propose également une exposition des photographies de Coralie Waterlot, devant l’appareil de qui sont passés un certain nombres de rappeurs, notamment Busta Flex et Némir pour des interviews publiées sur notre site. Le tout commence ce jeudi 16 mai et dure jusqu’au 25, la programmation complète et le détail de l’organisation étant à retrouver sur le site de l’association organisatrice. Des places pour le concert du 24 mai  (Nusky, Coelho, Odor et Edyne Recording) au Camji sont également à gagner sur les réseaux sociaux de l’Abcdr !

Si l’on se risquait à un top cinq des producteurs qui ont façonné le rap francophone d’il y a vingt ans, le suisse Yvan pourrait légitimement en faire partie. Le beatmaker de feu Double Pact a livré pour son groupe et de nombreux rappeurs hexagonaux (Booba, Rohff, Diam’s, Sniper, Pit Baccardi, etc.) des partitions épiques, influencées par la musique classique symphonique et la soul orchestrale. Ces influences, on les retrouve sur son EP RED, annoncé comme le premier volet d’une trilogie. En cinq titres, Yvan démontre une nouvelle fois sa science de la boucle mise à jour, entre micro samples de soul et fins arrangements mêlant instruments organiques ou électroniques. Pensées comme une bande son de musique d’un film sans image, les cinq pistes de RED démontrent son sens de la production, à la fois subtil et démonstratif. L’EP est disponible sur toutes les plateformes d’écoute, et mérite plus qu’une curiosité nostalgique.

Pour être tout à fait honnête, on avait très peu suivi le parcours de Luidji dans le rap français avant le début de l’année 2019. C’est en effet au détour d’un sample de Denis Balbir (oui oui) qu’on avait même pris le train en marche sur « Champagne », morceau trap à souhait, sans vraiment se douter de ce qui allait suivre. Et quelle erreur : quatre mois plus tard, voilà qu’arrive donc Tristesse Business : Saison 1, premier album du rappeur/chanteur parisien Luidji, dont la musique se range bien loin de tout ce que l’on peut aujourd’hui entendre dans le rap français. Torturé et sincère, mélodieux et sans retenue, sentimental et contradictoire, Luidji raconte dans ses chansons les tiraillements amoureux qui peuvent exister au fond de chacun, tout en s’efforçant d’en tirer certaines leçons. Et si l’histoire – complexe et parfois dure – du triangle amoureux que dévoile ce premier album occupe énormément de place, elle n’occulte pas toute la richesse musicale d’un disque entre rap, chanson, et sentimentalisme autotuné rappelant les tous meilleurs (on a direct eu envie de ré-écouter Take Care de Drake). Soyons clairs : évoquer l’amour et ses déboires n’est pas d’une grande originalité. Le traiter avec autant de sincérité et de sensibilité que Luidji, l’est par contre beaucoup plus. C’est bien là toute la force de ce Tristesse Business : Saison 1.

C’est un line-up long et violent comme un couplet de « Demain c’est loin » que proposera la Biffmaker Party de ce dimanche 28 avril. Toujours 100% rap dit « indé », toujours mis en œuvre par Nasme, l’événement se déroulera à Saint-Ouen et rassemblera JP Manova, La Caution portée par Nikkfurie, Eloquence, Joe Lucazz, les revenants d’Ul’Team Atom, Specta, Graindsable et ses bugs dans la matrice ou encore Gaiden pour ne citer qu’eux. Quasiment huit heures de concert, accompagnées par l’inévitable DJ Blaiz’. « Aïe Aïe Aïe ! » comme dirait l’organisateur de cette journée qui aura lieu aux Mains d’œuvres et pour lequel L’Abcdr offre deux places accompagnées de T-shirt floqués au nom de cette incontournable messe du rap. Rendez-vous sur nos réseaux sociaux afin d’être là dans vos plus beaux habits du dimanche !

Autrefois vraie spécificité du rap de chez nous, au point d’être légion il y a une vingtaine d’années, les compilations sont devenues rares. Elles ont pourtant permis de faire connaître de nombreux jeunes talents, même récemment, à l’image de celles de nos confrères de Booska-P ou d’OKLM. Ce 16 avril, c’est la plateforme de streaming Deezer qui fait le pari d’en lancer une, en présentant sa relève du rap français. Piloté par un ancien membre de notre rédaction, Mehdi Maizi, le projet présente douze profils francophones variés, et réunit Green Montana, Zed Yun Pavarotti, Varnish La Piscine, Kikesa, Zikxo, Diddi Trix, Isha, Bolémvn, Loveni, Laylow, Hatik, Lala Ace. Tous proposent des titres inédits et hétéroclites pour cette sortie, et certains d’entre eux seront présents ce 16 avril au Grand foyer de la Cité de la mode, à Paris, pour la soirée de lancement de la compilation. Pour l’occasion, on vous fait gagner des invitations. Ça se passe sur nos réseaux sociaux.

Cela faisait trois ans que L’Argent de la drogue n’avait plus donné de nouvelles, depuis la mixtape POPmusique. On avait même fini par croire que le « club de réflexion » perpignanais avait définitivement fermé ses portes. C’est donc avec grand plaisir qu’il y a quelques jours nous avons vu arriver MémoireD’unVieuxRappeurDégueulasse, nouvel album paru, comme toujours, sans cor ni trompette. Les contours de l’équipe sont encore plus difficiles à définir que par le passé, mais 1K47 reste la voix principale de L’ADLD et est bien décidé à faire en sorte que « ça reste dégueulasse » . Du coup, pas de réinvention à l’horizon : les textes sont fielleux et acides, débités d’un flow nonchalant sur des grosses boucles samplées par Lloyd Stack ou LeMed. Une recette à laquelle on goûte à nouveau avec grand plaisir.

De cette mixtape produite par Gizzle lui-même, il se dégage une forme de légèreté printanière. En seize pistes, le beatmaker bordelais et ses amis rappeurs Fealdean et Riche Cunning proposent une promenade sur la côte Atlantique française, et celle-ci prend parfois des airs de côte Pacifique américaine, comme sur « R.M.F.Giffle », sirènes et talkbox étant de la partie. Dans le même ordre d’idée, le Californien Mibbs de Pac Div figure au tracklisting de $ale&Clean vol.1, ode à la ride cool, à la vie extérieure et à la liberté d’aller et venir sous le soleil aquitain : « On n’a besoin de rien, on est capables de tout. Paraît qu’demain c’est loin… On ride, on cruise. On veut pas mourir vieux mais vivre libres et fous, la fureur dans les yeux l’avenir dans les couilles. »

Pour que leur petite fête soit réussie, Gizzle et ses gars se sont entourés de convives de qualité parmi lesquels Éloquence, Eff Gee, Grems, La Prune ou encore Perso (Le Turf) qui tous font honneur à l’invitation, dans une ambiance qui n’est pas sans rappeler le son Jet Life. Parfaite ouverture de la saison des barbecues, $ale&Clean vol.1 (Bud & Terrence edition) est sortie ce 29 mars via Salt In Bank, et est à écouter ci-dessous.

Suite de « Mississippi » paru sur le précédent projet de Pumpkin & Vin’S da Cuero et consacré à l’art (très en vogue) de parler pour ne rien dire,  « Longue histoire courte » explore l’autre versant de la parole. Il est désormais question de savoir dire ce qui doit l’être, de ne pas rester seul(e) avec ses mots. Et différencier la parole utile à celle inutile, choisir ce qui doit être dit sans faire de compromis, n’est-ce pas finalement l’une des missions première du MC ? Alors si sur une production – toujours aussi admirablement séquencée – de Vin’s da Cuero, Pumpkin évoque avant tout les pensées qu’il faut savoir adresser à ses proches, elle en profite pour confirmer son élégante technique. Celle d’une rappeuse à part qui s’offre le luxe de poser aussi bien en français qu’en espagnol, tout en offrant à sa « Longue histoire courte » un feat. avec le plus anglo-saxon des rappeurs de l’hexagone : Miscellaneous de Chill Bump. Un morceau trilingue pour une association qui touche autant à l’adresse verbale qu’à l’art de la verve. De l’art lyrique à l’art lyrical, avec comme écrin le décor de l’opéra de Nantes. « Deux personnes qui font les cons dans un lieu magnifique ? De la ringardise assumée » dit Pumpkin’ en rigolant. Ou quand le geste traduit la parole libérée. Le tout est dévoilé en exclusivité dans un clip, qui est en plus l’occasion de rappeler que s’il est déjà très bon mis en image à l’opéra, le duo établit à Nantes l’est encore plus sur scène. Ça tombe bien, ils se baladeront dans toute la France ces prochaines semaines.

Veust avait annoncé une série de quatre projets à l’automne dernier, à raison d’un par saison. Les mauvaises langues y voyaient là une promesse jetée en l’air parmi les billets, mais à mi-chemin le Lyricist tient son engagement et les sceptiques sont confondus. Le deuxième de ses chapitres est né sous la dernière lune hivernale. La sortie s’est donc tenue dans les temps, comme Veust sur les sept titres de cet EP. Sept pistes pour autant de solos du Manstr qui crache son feu en toute démesure à chaque mesure. Des flingues, du Curtis Mayfield, toutes sortes de drogues, des raclures urbaines, des sacs à damier, moult billets, des Bugatti, tout se passe sur la Côte. Voix grave, plume tranchante, rimes à rallonge, les traits d’esprit sont à l’honneur : « Zin j’me fais rare comme le calme dans Bethléem mais j’me cale sur le BPM », « J’crois en Dieu mais ces pétasses adorent plusieurs créateurs (Gucci, Louis V) », « Moitié blanc moitié noir zin donc je mets le maillot d’la Juve / Faut qu’je parte très loin d’ici zin craque les crabes avec le marteau d’la juge ». Deux décennies de rap dans les jambes, la moitié de Mic Forcing n’a rien perdu de sa forme , le Veustyle est encore éblouissant à l’hiver 2019.

Disponible sur toutes les plateformes habituelles, La Saison de Veust : Chapitre hiver est sortie via D’En Bas Fondation et est intégralement produite par Dojo The Plug. Quant à savoir s’il sera mis en images, Veust avait touché deux mots à ce propos il y a quelques mois : « Les clips, faites-les dans vos têtes, j’écris assez imagé pour ça… » Ça se tient.