Sidekicks

Après avoir successivement interviewé Bobby, A’s et Mr. Bil en 2017, l’Abcdr attendait que chacun ait sorti son nouveau projet pour évoquer l’actualité chaude du collectif Marekage Streetz en cet hiver. C’est désormais chose faite, puisque le jeune Bobby vient de mettre en ligne le quatrième volet de sa série de mixtapes Argent Automatique, disponible gratuitement. Quelques semaines avant Bibo, c’était l’excellente tape Centre-Ville Centre-Ville de Mr. Bil qui était dévoilée, succédant au nouvel EP d’A’s : Le Royaume d’Asgard.

Alors certes, à l’allure où va la musique en 2018, évoquer un projet près d’un mois après sa sortie peut sembler tardif… Toujours est-il qu’au bout de quelques semaines d’écoutes, on ne peut qu’être plus sûrs de nous quant à la qualité de la mixtape de Mr. Bil. Des trois projets ici présentés, c’est sans conteste celui que l’Abcdr recommande le plus chaudement, d’autant plus que si le Genevois ne revient pas sur sa décision, il s’agit de son ultime livraison musicale.

Le début de l’année, c’est cette période propice à rattraper les loupés de l’année passée. C’est le cas par exemple avec l’album South City, du duo Too Many T’s (TMT pour les intimes), sorti en octobre dernier et dont est extrait le morceau clippé ci-dessus. On peut difficilement manquer la comparaison avec les Beastie Boys (une inspiration assumée) et plus particulièrement avec la voix d’Ad-Rock, mais le groupe n’est pas réductible à cette filiation.

À partir de là, on peut faire deux choses. D’abord, en profiter pour revisiter notre série d’articles sur les réserves de talent qu’on peut trouver outre-Manche. Ensuite, découvrir la sortie toute proche, au sein du même label, Banzaï Lab, de l’album Ningyo de Senbeï, producteur dont on vous avait déjà parlé ici même à l’occasion de la sortie du maxi Nin. Premier clip ci-dessous, tout frais du jour.

Certaines personnes épatent par leur détermination. Français expatrié à Atlanta, Ergy a mis à profit cette présence en Géorgie pour interviewer des artistes locaux ou de passage le temps de concerts et de conférences. L’intérêt d’A-Trak pour Atlanta, la rémunération des producteurs avec Sonny Digital, la création du titre « For Real » de Lil Uzi Vert avec Bobby Kritical, les recettes du succès de DJ Drama et Don Cannon : autant d’entretiens concis et intéressants, directement avec les acteurs de cette musique. Pour l’instant, ces échanges sont plutôt courts, on imagine contraints par le temps réduit accordé par ces artistes. Mais le pari d’Ergy pourrait lui ouvrir d’autres portes, dont on est curieux de voir sur quoi elles ouvriront.

« C’est l’retour du groupe de rap le moins productif ». La plaisanterie des Casseurs Flowters à l’époque de « Ils sont cools » pourrait sied à merveille à 2Fingz, duo composé de Népal et Doums. Les deux parisiens réapparaissent côte à côte un an après « One Punch Man », dans le clip ultraviolet de « Deadpornstars », extrait du 445e Nuit de Népal, dont on a pensé beaucoup de bien dans notre bilan 2017. Un titre hypnotique et cryptique, entre l’alternance de l’anglais et du français de Népal, et les phases bipées de Doums, où s’enchaînent les références aux actrices de films pour adultes, de Mia Khalifa à Anissa Kate en passant par Alicia Tyler (RIP). Du rap de mecs qui ont « les bravas tah Brazzers », donc. Le duo défendra 445e Nuit et Pilote, le EP de Doums, lors de leur tournée prévue pendant le mois de février.

Avec notre bilan de fin d’année, on a passé décembre concentrés sur les mois précédents, et raté parfois quelques morceaux de la vendange tardive. L’occasion de se rappeler en ce début 2018 que T.killa a repris du service, avec des expressos bien serrés, « Catenaccio » et « Frappe Chirugicale » , issus d’une série de freestyles intitulée #DernierMalaxe. La fratrie M’Bani a donné au rap français deux rappeurs d’exception avec Lino et Calbo d’Ärsenik. Mais leur cadet, T.killa, n’est pas un manche non plus. Martial sur « Frappe Chirurgicale » (« j’pourrais t’attendre des heures comme Vassili à Stalingrad »), féroce comme Gattuso sur « Catenaccio », l’ancien membre de K.ommando Toxik montre toujours autant de punch. Pas de longs formats annoncés pour le moment. Mais vingt ans après sa première apparition discographique sur Les Liaisons Dangereuses de Doc Gynéco, le rap maintient T.killa en forme. Pour ses futurs freestyles, au rappeur de VLB de montrer que la réciprocité est également vraie.

« J’ai taffé ma mixtape comme un album, comme mon dixième album. C’est juste que les neuf précédents ne sont jamais sortis. » Graindsable s’amuse de toutes ses années de rap sans avoir sorti de projet(s). Certes, il y avait l’équipe Touareg Records, la proximité qui ne date pas d’hier avec Kool Shen ou Jeff le Nerf. Mais il n’empêche : ses premiers fans étaient jusque-là les rappeurs eux-mêmes et le MC n’avait jamais figé toutes ces phases qu’il trimballe dans Paris Nord et le « off » du rap indépendant depuis 2003. Jusqu’au 15 décembre dernier, où après deux ans d’annonce, celui qui se veut un Bug dans la matrice a sorti son premier disque. Pendant quatorze pistes, Grain y redouble de puissance, exposant sa voix sombre et rocailleuse aussi bien à la trap qu’à des sons emprunts de plus de classicisme, entre productions originales, « Rayban music » avec Dino et nombreuses faces B. De cet album qu’il a voulu comme les mixtapes de rap américain qu’il affectionne, c’est à dire qui sont faites pour s’écouter d’une traite à balle et à blinde en voiture, il ressort une intransigeance de vingt ans d’âge. De celle qui mélange la rigueur des anciens à la fougue des nouveaux venus. Deux décennies d’influences et de courants rap condensées dans le sablier de Graindsable en somme. Parce que parfois, il faut bien se décider à figer le temps qui passe.

Il était l’un des dieux de L’Olympe Mountain, ce projet collectif rap brassant l’iconoclaste scène bordelaise du début des années 2000, celle entraperçue dans le sillage des mixtapes Maximum Boycott. Après une douzaine d’années de discrétion ponctuées par quelques projets, dont Ce que le présent dessine en 2010, Iraka, éventuellement affublé de son suffixe 20001, est de retour. Avec lui ? Toujours cette écriture photographique, consacrée aux instants solitaires du quotidien et aperçue dès 2 années de merde et des featurings comme « Abstractions » ou « Bleu terne ». Mais il y a aussi cet héritage du slam, dans lequel le rappeur d’Aubagne sublime sa voix, que Moudjad avait décrite comme celle du dieu « Akhenaton qui serait sorti du tombeau ». Poétique, frontal, à la fois fait de gros plans et d’atmosphères, entre machines (notamment celles de Star Propaganda) et arrangements organiques, Iraka dévoile à travers trois titres ce que sera son album, Livingston. Il sortira cet été. En attendant, « Satie Livingston », « Rainbow » et « Le Gris » sont en écoute sur les plateformes de streaming. Un rap définitivement hors du clan et qui signe le retour de l’odyssée 20001.

Pour réaliser notre dossier 1997, une année de rap français nous avons plongé dans les méandres de YouTube pour y pêcher des vidéos d’époque. Et nous sommes revenus avec des clips, des extraits de concert, des bouts d’émissions télé parfois connus de tous, parfois beaucoup plus obscurs. Et même quelques contenus que nous n’avons pas réussi à dater précisément et qui n’ont donc pas été utilisés. Tout est à disposition dans la playlist ci-dessous. Merci beaucoup aux gens qui ont fait l’effort d’uploader ces fragments d’histoire.

« J’ai remis sur le tapis les anticipations d’hier, projet mort né avant la pose de la première pierre ». Voilà maintenant trois ans que l’on attendait que La Main Gauche étire de nouvelles longues et denses émotions sur format court. Le vide est comblé intensément sur Ni le même, ni un autre, où l’artiste du XIIIe se montre particulièrement inspiré, morcelé et doux, avec toujours cette même voix tristement rieuse, habillée par les habituels compagnons de chemins à inventer : Stekri et Dtracks, mais aussi Monsieur Connard (vous ne trouverez jamais un meilleur blaze). Cinquante nuances de gris qui parsèment, non pas cinq jolies, mais cinq belles chansons sur le dezordr des cœurs. Cinq grandes chansons où La Main Gauche est coincé(e) de son plein gré dans un entre-deux permanent et rassurant, entre semelle et ciment. Ni optimisme, ni pessimisme, juste l’émotion funambule, ni pudique, ni outrancière, ni la même que la nôtre, ni une autre que la nôtre, universelle et singulière. « Tu m’aimes tellement moins, je ne peux pas mieux… » C’est déjà beaucoup.

Que ceux qui ont connu le terrain vague de la Porte de la Chapelle, l’Émeraude Club rue des Petites Écuries, Radio 7 et ont vu les quarante deux épisodes de H.I.P.H.O.P se rassurent : ils ne sont pas encore des vieux cons. En revanche, ce sont déjà de jeunes schnocks, comme en atteste la présence de Patrick Duteil aka Sidney dans les colonnes de l’excellente revue trimestrielle Schnock. Le n°25 de « la revue des Vieux de 27 à 87 ans », qui fait la part belle à Renaud, compte effectivement en ses pages un entretien avec l’iconique ambianceur des dimanche après-midi de 1984 sur TF1. Menée par Stéphane Legras, l’interview revient sur le parcours de Sidney, dont on savoure l’histoire, et sur l’atmosphère culturelle dans la France des années 1980. Au delà d’un bond en arrière, lire cet entretien est aussi l’occasion d’apprendre que celui qui fut le premier roi des Zulus de France finalise actuellement un album de funk, intitulé Hors Format.