A l’autre bout du globe, David Dallas continue de faire son bout de chemin au point de devenir, peut-être, le rappeur le plus important de l’histoire du genre en Nouvelle-Zélande. Deux ans après son troisième album Falling Into Place, une récompense de meilleur artiste masculin au New Zealand Music Awards (une première pour un rappeur), un mariage et des featurings avec ses potes, David Dallas revient avec « Don’t Rate That ». Un titre dont l’urgence de la musique tranche avec les ambiances aériennes et distantes de son précédent album. Dallas s’y montre aussi plus incisif, peignant un portrait à la fois amer et orgueilleux de la société urbaine néo-zélandaise, entre tensions raciales, spéculation immobilière et mode de vie complexe, pour citer un rappeur de chez nous. Le décor change de nos contrées ou de celles outre-Atlantique (« Ain’t from the trap or the bando, I’m from a place where they got tinny houses, on plain wooden fences and white gates »), mais le fond du propos reste similaire. L’accent kiwi en plus.
Sidekicks
Le mois dernier, nous lancions les soirées Horizons avec Yuma Prod. Un nouveau rendez-vous qui a pour but de mettre les projecteurs sur des talents émergents de la scène rap francophone tout en restant le plus éclectique possible. Pour la deuxième édition qui aura lieu le 16 décembre prochain, on vous propose un triptyque des plus alléchants. Avec 00H92 et La 25ème Heure, Rufyo et Jorrdee ont livré cette année deux projets prometteurs qu’ils viendront défendre sur la scène de La Maroquinerie. Gros Mo, auteur de l’excellent Fils de Pute sorti l’année dernière, quittera Perpignan le temps d’une soirée pour présenter ses nouveaux titres. Une édition qui commencera dès 19H avec un afterwork animé par vos serviteurs et qui conviera également l’émérite producteur Everydayz. Toutes les informations sont disponibles sur l’événement Facebook.
Riche semaine pour Pusha T. Après avoir été nommé président de GOOD Music, le plus jeune frère Thornton vient de mettre en ligne « Untouchable », titre qui le sépare un peu plus du commun des rappeurs. Vous pensez qu’on exagère ? King Push creuse une douve dès la première ligne (« I drops every blue moon, to separate myself from you kings of the YouTube »), renvoie plus loin un carreau d’arbalète aux rappeurs de Cash Money/Young Money, et conclue en relevant la dime sur les transactions de farine. L’instrumental n’a pourtant rien de royale : lugubre et sèche, on peine à croire qu’elle est signée Timbaland, tant elle ressemble plutôt à du Havoc d’il y a dix ans. De quoi faire grimper la ferveur de la plèbe avant son deuxième album solo, King Push, toujours en préparation.
Moqué pour ses problèmes judiciaires et d’addiction à la drogue, DMX est devenu une ancienne gloire un peu dépassée, rarement citée par la jeune génération de rappeurs comme une source d’inspiration. Pourtant, deux micro-événements font parler de lui cette semaine sur le net. D’abord, il y a ces courtes vidéos réalisées par Complex dans lesquelles Irv Gotti, ancien patron du label Murder Inc. et ancien directeur artistique chez Def Jam, raconte comment DMX a déjoué tous les pronostics, y compris ceux de Jay Z, en pétant le score en 1998 avec son premier single, « Get At Me Dog ». Et aussi comment Shawn Carter a opportunément profité de la cote de X avec « Money, Cash, Hoes ».
Et puis il y a « Ain’t Nowhere to Hide », trésor caché de DMX mis en ligne par le producteur Dame Grease, qui rappelle ce qui faisait la force d’Earl Simmons : sa hargne de molosse sur une production électrique et tapageuse. Complètement désuet en 2015, mais une vraie madeleine de Proust pour ceux qui ont connu les rappeurs avec des doo-rags et des t-shirts XXL.
C’est la beauté du rap en 2015 : les fans bornés des uns et des autres vont s’étriper dans les commentaires, mais les artistes s’en foutent. Le héraut de la drill chicagoane G-Herbo et le porteur de flambeau new-yorkais Joey Bada$$ se rencontrent sur un instrumental tout en vertige, comme à son habitude, de Metro Boomin’. Comment l’alchimie opère entre ces trois artistes aux styles différents ? Seul le Seigneur doit le savoir.
La semaine dernière, Espiiem livrait enfin son premier album solo. Un album brillamment réalisé dont vous pouvez toujours voir le making-of ci-dessus. Histoire de célébrer l’événement comme il se doit, le rappeur Parisien sera sur la scène de le Maroquinerie ce vendredi 13 novembre. Rendez-vous sur notre page Facebook pour remporter des places.
Che Pope s’est livré lors de la RBMA
Vous ne connaissez peut-être pas son nom mais Che Pope possède un C.V. impressionnant : réalisateur de The Miseducation of Lauryn Hill, directeur artistique chez Warner, collaborateur privilégié de Dr. Dre et Hans Zimmer, producteur pour A$AP Rocky ou The Weeknd, président de G.O.O.D. Music…Celui qui fut découvert par Teddy Riley semble déjà avoir eu plusieurs vies. A l’occasion de la Redbull Music Academy qui se tient actuellement à Paris, il est venu donner une longue et passionnante conférence que les organisateurs ont eu la bonne idée de sous-titrer. Si vous vous demandez si Kanye West est un mec sympa, la réponse est dans cette vidéo.
Vîrus répand (la) Bonne Nouvelle
Tout juste sorti de son linceul, Vîrus annonce de nouvelles réjouissances cryptiques. Quatre morceaux enregistrés entre quatre murs pour un Huit-clos annoncé au 20 novembre. Rassurez-vous : aucune réjouissance au menu et une équipe inchangée (oui, Banane sert toujours une soupe glaciale.) Le premier extrait ironiquement intitulé « Bonne nouvelle » s’apparente à une traversée des catacombes, une lente marche en noir et blanc entre les cellules d’isolement où « même le temps commence à s’faire chier. » De Rouen au Peña Duro de Bane, il n’y a qu’un pas. Vivement la mise en berne.
Un clip de Porc
Jean Rochefort et Jean-Pierre Marielle, ça nous change un peu d’Al Pacino, hein? C’est avec les deux « héros » du film « Calmos » sans oublier la voix de Brel littéralement noyée, que le groupe Instant Zéro a annoncé la suite du sept titres La corde avec le clip ci-dessus. (Y a quelque chose du Sept sur le premier morceau, dans le rap comme dans la voix, nan?) On ne sait pas grand-chose du deuxième album en préparation si ce n’est, aux dernières nouvelles, qu’il est prévu pour la fin de l’année et qu’il devrait porter le même nom que le groupe. En attendant confirmation, on peut passer à table. « Ça vaut quand même mieux que des barbituriques. »
La clique Awful Records est à part dans l’écosystème rap. Auréolée du succès de Father, cette bande de weirdos touche-à-tout abreuve internet de musique et vidéos expérimentales entre rap lo-fi, RnB new wave et incursions électroniques. Éminence grise du label d’Atlanta, Ethereal est parfaitement à l’aise dans ce mélange foutraque.
Obie Rudolph, de son vrai nom, est très prolifique, livrant à une cadence effrénée boucles indémodables, bande-son de jeux vidéos et matraques Jungle/Drum N Bass. Il saupoudre cette recette d’une voix nonchalante, une aisance tarabiscotée non sans rappeler les intonations de Curren$y. Mais là où la clique Jet Life se spécialise dans la productions de somnifères, Ethereal nous tient en éveil avec des petits détails malicieux, une imagerie de dessins animés et une construction en poupées russes.
Ces multiples références sont encore au cœur de son dernier projet, « I Think I’m On Fire 2 », suite d’un premier volume sorti cette année, déjà explosif. Articulé autour des duos avec Alexandria et des (quasi) reprises de classiques, ce creuset d’innovations accompagne chaque bizarrerie de la vie. A insérer rapidement dans ton walkman numérique pour une balade unique dans ton existence chimérique.