Il est arrivé, comme ça, en fin de journée. Sans prévenir. Samedi, Jazzy Bazz poste sur son compte Twitter un lien YouTube. Intrigué, on ouvre la page. La devise de Paris s’affiche, et les premières images défilent sous nos yeux : Paris la nuit, en noir et blanc. Sans doute tourné à la Super 8. En bande-son, le jeune rappeur natif de la capitale étouffe sa rage pour en ressortir un titre. « Fluctuat Nec Mergitur ». Le cœur lourd, Jazzy Bazz fait ainsi une pause dans la promotion de son futur premier album pour livrer ses pensées et exprimer toute sa colère après les attentats qui ont frappé la capitale le 13 novembre dernier. Pas de réponses, mais beaucoup de rancœur (et un peu d’espoir) dans un titre épuré, écorché vif, et très touchant. Jazzy Bazz roule dans les rues de Paris en déclamant son texte, sans jamais adresser un seul regard à la caméra. Comme si il ne voulait pas attirer l’attention. Une forme de pudeur et d’humilité riche d’enseignements : cette fois-ci, c’est bien la musique qui prime sur le personnage. Paris appréciera.
Sidekicks
Rohff sera l’invité de notre émission
On nous demandait quand allaient revenir les émissions en public et on répondait souvent qu’on attendait la bonne opportunité. C’est chose faite avec la sortie imminente de Rohff Game, le huitième album de Rohff. Un rappeur avec qui nous n’avions jamais pris le temps de réaliser un vrai entretien fleuve. Ce sera donc réparé le 8 décembre. Pour assister au tournage, vous n’avez qu’à envoyer un mail à publicabcdr@gmail.com.
Deux mois après la mise en ligne de « Magie Noire », le clip des Bavoog Avers dépasse les 200 000 vues. Preuve que quelque chose se passe autour du groupe Lyonnais. Désormais, les projecteurs se portent sur Eddy qui prépare un EP solo, Tout Eddy, et qui vient d’en sortir le premier extrait en avant-première sur l’Abcdr Du Son. Mêlant impertinence bienvenue et bons mots bien placés, « Cabanon » satisfera les habitués du groupe et devraient convaincre les plus réticents. Un garçon à suivre.
Une boucle cuivrée de trompette, une vision citadine nocturne mise en images autour d’un grain VHS vintage. « Le compteur tourne » renvoie au milieu des années quatre-vingt-dix, aux plus belles heures de Pete Rock & C.L. Smooth, A Tribe Called Quest et débuts de Gang Starr. Figure du rap hexagonal depuis deux bonnes décennies, Kohndo a arboré bien des casquettes, ici celle d’un chauffeur de taxi, mais en gardant un certain état d’esprit. Les mots éternellement posés, avec de la gamberge sans être prétentieux, il annonce avec ce premier morceau son nouvel album solo, le quatrième. Intitulé Intra-muros il devrait sortir le 5 février. Vivement.
MHD invente l’Afro Trap
Depuis quelques mois, le rap français est secoué par un retour fracassant des musiques africaines et antillaises dans son cercle. Maître Gims bien sûr, mais aussi Niska, Gradur et même Booba mélangent à tour de bras les rythmes de toutes horizons ensoleillées, brisant de nombreuses frontières à la nage, au plus grand dam des autorités européennes.
MHD va plus loin en proposant en quelques freestyles vidéos une version afro de la trap, ce courant devenu majoritaire en France, entretenu par une nuée d’ersatz de Migos et Lil Durk. L’innovation de ce parisien de 19 ans se trouve dans ce mix rafraîchissant, rendant le chant guerrier du trappeur plus enjoué et dansant. Plus que l’expérience Bisso Na Bisso, l’Afro Trap est possiblement un nouveau courant, une exception française non sans rappeler les meilleures heures de la Mafia K1fry et qui pourrait faire de nombreux adeptes vu l’engouement exponentiel.
Alors que la quatrième partie vient d’arriver dans la chicha près de chez vous, notre préférée reste l’hymne au Paris du foot et de la Champions League, déjà un tube en direct du XIXème arrondissement. C’est décidé, on va danser tout l’hiver en terrasse.
Hyacinthe a (enfin) sorti son premier album, SLRA2 – Mémoire de mes putains tristes, et en a profité pour confirmer que 2015 est une cuvée exceptionnelle pour le rap français. Histoire de célébrer ça comme il se doit, le rappeur prendra le contrôle du Social Club le 10 décembre prochain avec L.O.A.S et Krampf, les autres membres du DFHDGB. Si vous souhaitez gagner quelques places pour cette soirée qui s’annonce d’ores et déjà mémorable, on vous donne rendez-vous sur notre page Facebook.
Dans le cadre de sa toute première tournée européenne, Kehlani fera un stop au Trabendo ce jeudi à partir de 20h (billets en vente sur Live Nation et Digitick). Preuve qu’il n’y a pas que du gangsta rap et des pimps à Oakland, la jeune chanteuse, qu’on vous présentait lors de notre bilan du premier semestre 2015, est le dernier avatar en date d’une longue tradition locale (souvenez-vous En Vogue, Tony! Toni! Toné!, Keyshia Cole, Goapele, etc.). Pendant hoodrat de Tinashe parmi les figures montantes du R&B féminin, la First Lady du HBK Gang d’Iamsu! est capable de rendre über sexy le clip ci-dessus avec Chance The Rapper (jolie prouesse !), comme de jouer les vahinés acidulées dans une autre vidéo tournée à Hawaii. On est déjà amoureux. Et vous ?
On vous a souvent parlé par le passé de l’Antibois Piroksen, et c’est toujours avec plaisir qu’on prend connaissance des nouvelles étapes de sa carrière. Désormais basé à Londres, le rappeur livre actuellement son nouveau projet, Musicoterapy. Celui-ci prend la forme de trois morceaux, tous clippés, et mis sur la toile les uns après les autres. Après « États des lieux » il y a quelques semaines, c’est « La Folie » qui vient d’être livré. Piroksen y reste fidèle à ses bases, des beats qui tapent fort et une écriture soignée. Rendez-vous donc d’ici la fin de l’année pour le troisième et dernier volet de la trilogie. En attendant, vous pouvez toujours vous (re)plonger dans la discographie du bonhomme sur son bandcamp.
Oui, la vie reprend son cours et les salles de concerts doivent se remplir de nouveau. Pour les petites comme pour les grandes affiches. Jeudi 10 décembre, nos amis de Free Your Funk proposent une date à la fois nostalgique et intemporelle avec la venue combinée de Pete Rock et Apollo Brown. Les bonnes vieilles planches de La Bellevilloise (Paris vingtième) vont prendre cher avec les DJ Sets de ce bon vieux Soul Brother Number One et de son héritier, le stakhanoviste de Detroit. Pour l’occasion, Pete Rock jouera une partie de ses productions, remixes inclus. On vous file rendez-vous à côté du zinc. Et si vous avez les poches percées, on offre quelques places pour cette très belle soirée sur notre page Facebook.
Peut-être que deux couplets majestueux sur l’album de Jay Rock – l’un enragé sur « Easy Bake », l’autre tout en souplesse sur « Vice City » – faisaient déjà beaucoup. Le fait est que « Traffic Jam », titre placé en caravane d' »Easy Bake », semblait trop court, comme tronqué. C’est un peu l’habitude de TDE, troubler les pistes en y faisant s’y succéder plusieurs morceaux. Difficile à dire si cette mouture de « Traffic Jam » est bien un remix ou sa version originale, mais elle permet au moins de réentendre la performance vocale de SZA, la puissance de Jay Rock, de profiter plus longtemps de son groove californien inimitable, et d’entendre une nouvelle démonstration de K.Dot. Inutile de vous dire que lui et son comparse du Black Hippy reviendront dans nos bilans de fin d’année.