TK, amertume enivrée sur les réseaux

La maturation d’un artiste rap n’est jamais évidente. D’un côté, le risque de surjouer une posture éculée, de l’autre celui de tomber dans un jeunisme ringard. Plus de sept ans après son explosion consécutive au succès de son « Freestyle Skyrock » dans un Planete Rap de Jul, TK montre qu’il est de ces artistes qui réussissent à garder leur musique intacte en substance, sans en caricaturer l’intention.

L’EP C’est pas teh Tiktokk, annoncé comme « cadeau », confirme malgré son titre une réussite hyperactive dans les réseaux sociaux. Une relation privilégiée avec une fanbase de plus en plus conséquente s’est liée au fil des lives, sondages, vidéos postées sur les réseaux, mais aussi depuis la fin d’un contexte pandémique qui freinait l’expression de l’artiste sur scène (ses albums sont sortis en 2020 et 2022). 

Cette réussite avance tranquillement, fidèle à ce que TK sait bien faire : des morceaux festifs emplis d’amertume street. Toutefois, si le public a choisi le marseillais pour ses titres joyeux et vitaminés, il fait sur l’EP ce qu’il préfère : « kicker, rapper la rue, des choses mélancoliques et sombres », comme il résumait à La Marseillaise en 2022. 

Son écriture y est toujours aussi immersive, en roue libre, balançant quelques détails spécifiques. Ses introspections, sa mélancolie tiraillée par les rapports humains, ses conseils glissés dans des bilans écorchés (« C’est pas ca la vie »), ses storytellings (« Triste escorte » avec Zkr), ses hooks mémorables et ses chants ensoleillés peuvent verser dans le dégueulis, s’enrichir d’argot, d’arabe ou de vibrations expressives, pour servir l’essentiel : une musique habitée d’une interprétation sincère et spontanée, dont l’exécution est de plus en plus maîtrisée. Ce rap qui parle toujours autant de fêtes et de filles, voyage et s’enrichit. Mais la musique actuelle de TK a beau être plus que jamais une célébration contagieuse et vacancière, elle reste désabusée car profondément ancrée dans le bitume. L’ambivalent « Tout les jours c’est samedi », avec sa faute d’orthographe, en est l’expression la plus accrocheuse. 

La formule sonore est simple et pourtant efficace. Des rythmiques propres au rap français des années 2000 se voient accélérées et modernisées, car colorées de sonorités trap et méditerranéennes. Les guitares, les pianos tristes et certaines percussions sont, avec le calamar, les ballons et l’état d’ivresse, quelques traces d’une ambiance typiquement marseillaise. Chaleureuse, elle ne peut toutefois s’empêcher les ressentiments, avec ses arrangements dilatés et ses phases crachées à la gueule de l’auditeur. 

Dans C’est pas teh Tiktokk, TK rappelle à sa manière que malgré qu’il y soit très actif, la vie ne se résume pas aux réseaux. Surtout, il rappelle qu’il est tout aussi fort lorsqu’il rap le spleen. A l’image du Panier, son quartier pittoresque situé à deux pas du Vieux Port, sa misère a un goût de danse ivre, intime et populaire.