ruccie, l’insolence en héritage
Révélé en 2025 par l’EP HARRR, ruccie, rappeur sud-parisien, conjugue l’esthétique léchée du rap d’outre-Atlantique et une certaine sensibilité textuelle. Avec le single « ISF TYPE SHI », sorti le 8 avril comme extrait de sa mixtape GRAFF PINK, il déploie un récit où l’opulence se confronte à une ironie mordante, servant un propos ouvertement anti-capitaliste et anti-impérialiste. Ce jeu d’esprit commence par le titre : un clin d’œil à l’Impôt de Solidarité sur la Fortune qui annonce un rap s’amusant entre autre des codes de la réussite matérielle autant que des paradoxes de son interprète.
Cette posture s’articule d’abord autour d’un décalage entre la forme et le propos. Si le flow de ruccie dans « ISF TYPE SHI » peut dérouter par sa diction mumble rap, le choix ne semble pas hasardeux pour autant. Sa voix y est un instrument qui se fond dans la production, privilégiant l’atmosphère à la performance syllabique. Ici, l’intelligibilité importe peu tant que s’extraient ponctuellement des traits d’esprit liés à cette figure de « rejeton de la bourgeoisie piqué de trap ». Cette opulence, réelle ou fictionnée, sert de support à des images singulières détournées pour mieux accuser le système qu’elles illustrent. En s’appropriant les codes du privilège, à l’image de la phase « J’aime pas arrivеr first try à m’garer, C’est que lе carosse est pas assez imposant », le rappeur du collectif JMG affiche un détachement qui lui sert de levier pour critiquer les vanités capitalistes.
Au-delà de l’ironie, la production de Tolani et Pozz donne au morceau une profondeur supplémentaire. En confrontant la solennité du sample d’Earth, Wind & Fire (« Keep Your Head to the Sky ») à la nervosité d’un échantillon d’Andrew Thomas surdécoupé, la production soutient le portrait paradoxal de ruccie tout en ancrant le morceau dans une réalité trap plus brute. Ce cycle musical, qui revient finalement à son point de départ, illustre la double lecture du titre : d’un côté, l’insolence d’un personnage qui semble survoler les réalités ; de l’autre, la détermination de l’artiste qui ne perd visiblement pas ses ambitions de vue.
Ce spectacle de « petit con à la dérive » dépasse la simple mise en scène. En utilisant ce personnage comme un prisme, ruccie livre une observation chirurgicale de son environnement. Derrière le matérialisme affiché, il s’offre surtout la distance nécessaire pour capter l’essentiel : une lecture lucide des faux-semblants de son époque.