Ryaam, force tranquille
Habituée du paysage rap depuis plus de dix ans, Ryaam a fait ses classes dans les open mics, les tremplins et aux premières parties de Casey et Médine (entre autres). Après une compilation et un premier EP, la rappeuse de l’Est parisien revient avec Force à nous, sorti le 10 avril. Dans ce nouvel EP, Ryaam dévie des chemins drill et trap de son précédent maxi Rétives, sorti en 2024, pour se balader sur des instrus boom bap. Ces 4 titres tracent différents sentiers instrumentaux : jazz de « Force à nous » et de « Nos princesses, nos princes », soul du sample de « Nouvelle lune » et drumless de « Paix et amour sur toi » rythmé par une guitare bossa nova et des cuivres tout en rondeur. Des sentiers solaires que Ryaam foule avec groove, allant même jusqu’à y flâner parfois en slow flow. À l’exception du beat switch de « Force à nous » qui la pousse à presser son rap au rythme des basses sourdes, rappelant (si besoin était) la plume incisive et la technicité de la rappeuse.
Les productions sont lumineuses et des sifflements d’oiseaux s’y font même entendre. Pour autant ce maxi 4 titres n’a rien d’une promenade de santé. Force à nous porte au contraire une urgence politique : « on brave les tempêtes sans tempérer nos colères » (« Force à nous »). Une urgence dont l’allure est donnée par « Nos Princesses, nos princes », produit par Kool M – DJ et beatmaker de La Rumeur – et dont le refrain est emprunté au titre « Une princesse est morte » du groupe toulousain KDD. Ce morceau sorti en 1998 rendait hommage à Betty Shabazz, militante pour les droits civiques des Africain·es-Américain·es et compagne de Malcolm X, décédée dans l’indifférence « sans bougie dans le vent, sans rose devant sa porte. » Le remake contemporain imaginé par Ryaam décrit les violences d’Etat racistes et rend hommage aux femmes et hommes tué·es par la police en France.
Un héritage rap et politique que la rappeuse porte dans ce 4 titres et qu’elle transmet, avec lucidité mais non sans espoir, aux plus jeunes générations : « le combat est périlleux, l’issue sera victorieuse, je l’ai vu dans les yeux de mes neveux » (« Force à nous »). La colère de Ryaam est pressante mais l’aspect lumineux des productions n’est-il pas le signe – paradoxal – qu’elle la vit plus « sereinement » ? Comme dans les premières mesures de « Paix et amour sur toi » en feat avec Hemo, camarade francilien. Ce même sentiment derrière lequel la rappeuse courait en 2018 dans sa Grime Session (« Mais il serait temps ma sister que j’atteigne la sérénité »). À travers cette dichotomie et alors que l’actualité est si peu réjouissante, Ryaam nous invite malgré tout à « garde(r) la foi ».