Mai 2016, Cannes accueille la 69ème édition de son festival du cinéma. Pendant que les yeux sont rivés sur les marches, que « des smicards se battent pour des dédicaces de star » et que la grande messe de remise des prix est mondialement couverte, des milliers de travailleurs s’activent en coulisses. Pour que les cérémonies et projections battent leur plein. Pour que les hôtels soient les plus luxueux et voluptueux possibles. Pour que les soirées soient les plus fastes et branchées. C’est un peu ça Cannes : un peu de Septième Art et beaucoup de cinéma, à base de postures, de sourires clinquants, de grandes opérations de promotion, de seins qui dépassent d’une robe sur le tapis rouge et de « reportages embeded » délivrés par les clichés des paparazzis et les selfies d’acteurs mondialement célèbres. Bref, beaucoup de boulot pour que le monde semble parfait, ses problèmes n’ayant le droit de cité que sur grand écran. Et alors que les célébrités assistent aux projections, des mecs comme Zippo préparent le buffet dont elles se délecteront, histoire de mieux digérer le dernier film socialement engagé. Salles obscures versus travailleurs de l’ombre, pour dire que les parasites ne sont pas toujours ceux que l’on croit, tel est donc « Palme d’or » sur une production du génial PDG. Prix spécial du jury des intérimaires de Cannes 2016.
Sidekicks
Vous nous en voulez si on parle encore de rap belge ? Place cette fois à Krisy, producteur bruxellois aperçu notamment derrière certains morceaux de Damso (le beat de « Paris c’est loin », c’est lui), qui a décidé de reprendre le micro après le EP Parmi vous paru au mois d’avril. Cette fois, celui qui s’est fait appeler LeBoy Krisy’B voit plus grand et sort avec Menthe à l’eau une « comédie musicale romantique ». Entre storytelling à la Disiz et intonations à la Solaar, Krisy trouve son style et livre le projet francophone qu’on a envie d’amener à la plage.
« ZA, ça fait dix ans qu’il sort des apéritifs. Le peuple a faim là bordel ! » Voilà ce qu’on pouvait récemment lire chez la crème « twitterienne ». Autant vous dire que le plat de résistance n’a pas intérêt à être froid. Avec la mixtape Césarienne (prévue courant septembre) et l’EP 24/7 (2017), les fins gourmets devraient être servis. En attendant (eh oui, encore un peu), ZA nous a concocté quelques hors-d’œuvre supplémentaires, la série de freestyles « Rosa ». Quatre sont déjà disponibles (Alba #1, Canina #2, Gallica #3, Centiffolia #4), auxquels s’ajouteront deux autres d’ici la fin de l’été.
It’s that time again… Le 19 et le 20 août, la petite ville suisse d’Orpund et son cadre bucolique vont à nouveau accueillir des hordes d’aficionados de gros son qui tâche, ainsi que le parterre d’artistes de renom venus pour les sustenter. Cette édition 2016 du Royal Arena Festival s’annonce plus que prometteuse. Au programme, des habitués dont on ne se lasse pas (Method Man et Redman, R.A. The Rugged Man, Boot Camp Clik, Onyx) et des nouvelles têtes dont on scrutera les prestations avec intérêt (Logic, The Underachievers, Bishop Nehru). Nas clôturera la manifestation tandis que le rap européen ne sera pas en reste, avec un échantillon du Saïan Supa Crew et MHD pour représenter la France. Comme ces dernières années, l’Abcdrduson est partenaire de l’événement. Rendez-vous sur notre page Facebook pour gagner des places. Pour vous échauffer, on vous laisse avec le recap du précédent millésime.
Il y a quelques semaines sortait « 93 Empire », nouvel hymne de notre chère Seine-Saint-Denis faisant honneur à ses illustres prédécesseurs. Et concernant les hymnes énervés, Madizm a quelques notions. Faiseur de classiques et habilleur de rimes, celui qui a apposé sa griffe musicale sur le collectif IV My People s’est donc amusé à remixer la banderille de Sofiane et Kalash Criminel. Une habitude puisque le beatmaker collectionne les exercices du genre sur son Soundcloud, de Shone à Nipsey Hussle en passant par les Sages Po’ ou Zekwé. A voir au passage, l’excellent focus sur Madizm réalisé par OKLM tout récemment.
Depuis une décennie, Rackam et Wolf opèrent du côté de Bordeaux, au milieu de la scène squat girondine de laquelle ils sont bien connus. Ensemble, ils composent le binôme Streets Of Rage, le premier rappant sur les productions du second. Rassemblés par une attirance commune pour la fin du siècle dernier, ses jeux-vidéos, ses nanards, et par une fascination pour l’univers d’Akira, les deux amis viennent de sortir Streets Of Rage EP, un projet conceptuel très solide. Le flow viscéral de Rackam et ses textes parfois crus, parfois humoristiques empêchent le maxi de tomber dans l’ennuyeuse énumération de références gratuites. Il plonge l’auditeur dans l’ambiance enfumée d’une salle de jeux vidéo souterraine autant qu’il ramène les nostalgiques à leur jeunesse, avec entre autre l’édition du projet en digipack et sa cover animée à la façon des cartes que collectionnaient les enfants d’il y a vingt ans.
Voici un article sympathique d’un site néerlandais traitant de l’influence du football sur le rap en Angleterre (et en particulier à Manchester et Liverpool), qui nous donne en plus une occasion de parler de Lee Scott et de Blah Records.
Si vous êtes fans de G-funk, vous connaissez forcément CartelSons. En trois albums/compilations (Drugstore Music en 2013, Solo But Not Alone en 2014 et Tha Hardworker en 2015), le Lyonnais s’est récemment hissé parmi les producteurs français phares du genre. De Snoop à MC Eiht en passant par Kurupt, C-Bo ou encore Mr. Criminal, pour n’en citer que quelques uns, son tableau de chasse des featurings Westcoast a fière allure. Lil Woofy Woof n’est clairement pas le plus prestigieux d’entre eux. Pourtant, derrière ce blase digne d’une mauvaise parodie de GTA San Andreas, se cache un joyau brut à qui les instrus de CartelSons semblent servir de parfait écrin. Natif de Charlotte en Caroline du Nord, le « Longbeachien » d’adoption évoluait au sein de l’obscur Schema Posse, avant de pointer le bout de sa truffe sur les projets de CartelSons, par exemple pour une collab’ avec son père spirituel Dazzie Dee. S’il se faisait appeler Young Dazzie avant de changer de nom de scène, c’est évidemment en clin d’oeil à l’ex-membre de Lench Mob Records (le mythique label d’Ice Cube, remember ?). Il emprunte à son aîné un flow laidback et chaloupé, tout en roulements. Ajoutez-y une attitude et une esthétique volontairement old school, vous comprendrez dès lors pourquoi Back In Tha Dayz, album au titre évocateur entièrement produit par CartelSons donc, réunit tous les ingrédients pour plaire à ceux qui sont restés bloqués en 1994. Ou à n’importe qui à la recherche de son frais à faire tourner en boucle dans la caisse jusqu’en septembre. Argument de vente ultime : il y a même les tontons hustlers Too $hort et Richie Rich parmi les invités !
On ne présente plus les soirées Classics Only, rendez-vous Hip Hop et RnB incontournable de la capitale. Après la spéciale West Coast il y a quelques semaines, l’organisateur Casabey investit La Clairière pour une édition spéciale New York. Le line up est aussi alléchant vu qu’on retrouve le légendaire Cut Killer, Sonny Amerie, Arthur King, Dj Jim, Asura et même Le Captain Nemo. Cerise sur le ghetto : un showcase d’Oxmo Puccino, ambiance âge d’or. Qu’est-ce que vous avez de mieux à faire que d’écouter de bons classiques dans un club en plein air toute la nuit ? Toutes les infos sont sur l’évènement facebook.
À celui qui connaît un peu la discographie du C.Sen, il n’aura pas échappé que le rappeur du dix-huitième arrondissement est un spécialiste du portrait de ses contemporains taillé en creux du sien. Alors quand il intitule l’une de ses chansons « No comment », Pierre Cesseine ne peut que mentir un petit peu puisqu’il a toujours ponctué les contradictions de l’existence, la sienne et celle de tous, avec des traits d’esprit mélangeant humour, affection et noirceur. Pressentiment vérifié, tant ce titre qui annonce l’arrivée prochaine de l’EP Sourire Jaune n’échappe pas à la règle. Celui qui se fait surnommer Le Parpaing y déambule d’une façon laidback typiquement parisienne et peuple les bribes de vie qu’il raconte de commentaires et annotations. En parlant du rappeur habitué à graffer le grand mur de la rue Ordener, Thomas Blondeau avait écrit que sa « poésie fugace scintille au creux des rues électriques. » Avis à tous ceux qui « réalisent leurs erreurs plus vites que leurs rêves » et qui se refont le portrait au détour des ruelles et des couleurs des néons, que ce soit du nord parisien ou d’ailleurs : le C.Sen est une nouvelle fois de retour.