Plies ne lâche pas l’affaire. Jamais. Son dernier album dans la ligue majeure date de 2010 mais le petit nerveux de Floride a enchaîné les mixtapes à un rythme régulier depuis. La formule a beau être éprouvée, l’énergie demeure intacte et la voix de Plies monte toujours dans les tours dès que les premières notes retentissent. Considéré comme un goon ultime, un abruti irresponsable, Plies a pourtant trouvé le secret d’une véritable longévité. Proche de Boosie, ce vétéran continue la guerre comme si elle ne finissait jamais et apparait comme le dernier mec qui reste debout quand tout est fini. En attendant l’apocalypse, sa dernière mixtape Ain’t No Mixtape Bih nous maintient en équilibre sans trop en faire, avec une vidéo de narco en prime. Ne snobe pas Plies. Et apprécie !
Sidekicks
Dr. Dre vient de sortir Compton et, malgré l’impressionnant sentiment de maîtrise qui s’en dégage, le disque est à des années lumières des sonorités g-funk issues de Chronic. Quand certains se réjouissent de la capacité du Docteur à constamment se réinventer, certains regrettent déjà de ne pas avoir eu la bande son ensoleillée de leur mois d’août. Qu’ils se rassurent : un autre vétéran californien a fait le choix du retour aux sources en donnant une suite à l’un des plus grands classiques que le rap de Long Beach ait produit. 21 ans après Regulate… G Funk Era, Warren G vient d’en sortir la deuxième partie. Une entreprise ardue tant on sait que les sequels font souvent des déçus. Et pourtant, on se surprend à se plonger dans cet EP comme on regarderait avec plaisir les photos de nos premières colonies de vacances : on y retrouve de vieilles connaissances (le fameux DJ Eazy Dick est de retour), on reconnait les endroits où l’on a fait nos premières bêtises (le disque a parfois des allures de carte postale) et on repense avec émotion à notre meilleur pote de l’époque (Nate Dogg est présent sur l’ensemble des titres). Un projet qui ne réinvente pas la roue mais qui, sans nostalgie mal placée, nous ramène deux décennies en arrière. Repose en paix Nate Dogg.
« J’suis qu’une étoile filante, j’serai jamais une star. » Et pourtant, Escobar a prouvé à plusieurs reprises qu’il possédait une des plumes les plus aiguisées du rap français. Avec son rap sombre et blindé de références, il aura parfois eu du mal à trouver son public malgré une série de projets réussis. Le dernier en date, Red Business, ne dérogeait pas à la règle et « Pablo » vient tout juste de démontrer que le rappeur n’a rien perdu de sa verve. Sur une production ténébreuse de Wealstarr, Esco enchaîne les rimes choc, se moque ouvertement de l’autotune et règle ses comptes avec l’industrie. A regarder jusqu’à la fin.
Un mix en hommage à Fabe et Koma
Plus les années passent et plus on réalise à quel point Fabe était une curiosité dans le rap français des années 90, au-delà de son image (bien réelle) d’artiste intègre et clairvoyant. Le MC de Barbès ne rappait pas pour ne rien dire, mais il résistait rarement à l’appel du bon mot (qu’on n’appelait pas encore la « punchline »). Il était ouvertement distant, mais on pouvait le retrouver parmi les rares invités d’un disque aussi énorme que L’École du micro d’argent d’IAM. Et même s’il n’allait « jamais dans la tendance », il était quand même partant pour poser un couplet sur un single que Puff Daddy aurait pu produire. Bref, c’était un artiste complexe, brillant, et impossible à catégoriser. Avec Koma, son compère au sein de la Scred Connexion, Fabe a formé l’un des meilleurs duos du rap hexagonal. L’équipe Conçu pour Durer leur rend hommage à travers une sélection de leurs morceaux en commun. De quoi regretter que ces deux-là n’aient jamais eu l’occasion d’enregistrer un album ensemble.
Il a rarement été question de paix avec Sean Price. Plutôt d’esprit de famille et de collectif (Heltah Skeltah, Boot Camp Click, Random Axe), de Brownsville et d’authenticité. Trois ans après la sortie de son troisième album solo, longuement attendu, Mic Tyson, Sean Price s’est éteint mystérieusement dans son sommeil hier. Un paquet de souvenirs nous reviennent au passage en pleine gueule, notamment son couplet sur l’éternel Dah Shinin’, son premier solo (Monkey Barz), son esthétique de rouleau compresseur et cette interview épique avec le trio éphémère Random Axe où Sean Price avait bloqué la porte d’entrée avec une table pour ne plus être emmerdé. Il était comme ça Sean Price, brut et charismatique. Qu’il repose en paix.
La nouvelle génération a été bercée par Goblin, Take Care et Yeezus. Elle a pour modèles : Travi$ Scott, Chance The Rapper et quelque part Future, peut être sans le savoir. Avec les spectres de Lil B et Gucci Mane qui planent doucement au dessus de l’ensemble choral.
Trapo est complètement issu de cette matrice. Mais il en propose une version déjà très aboutie du haut de ses 17 ans. Cette nouvelle tête du Wisconsin (oui oui) nous propose une expérience avec « Cards & Conversation », un mélange de chant autotuné et de sentences brutales sur fond de jeu de cartes entre amis. L’histoire est simple et prenante : Trapo nous raconte un accident auquel il a échappé, totalement indemne. Un témoignage qui pourrait être anodin mais qui transporte facilement grâce à une voix bluffante, une mise en musique subtile et un concept béton.
Bien sûr, ça ressemble à ce qu’on entend un peu partout en ce moment mais il y a la petite étincelle, l’effet Roy Wood$ qui donne envie d’en avoir plus. Apprécie !
Au mois d’octobre 2014, l’équipe Deeper Than Rap racontait l’influence que Lil B avait pu avoir sur une large partie de la nouvelle scène rap. Plus sceptique, Teki Latex regrettait lors de notre entretien que nous en soyons à la troisième génération de rappeurs qui copiaient le style du Based God. Parmi ceux-là, impossible de ne pas citer Chance The Rapper, le Chicagoan n’ayant jamais caché son admiration pour l’auteur de Illusions Of Grandeur. Réaliser une mixtape entière avec lui s’apparente donc au rêve devenu réalité (il le confesse ouvertement sur la piste « First »), une échappée dans la jeune carrière de Chance qui lui permet de plonger dans l’univers de Lil B et de se remettre à rapper après l’épisode Surf. Une excellente surprise en attendant la mixtape collaborative de Lil B avec Kendrick Lamar (laissez-nous y croire).
Cela fait plus de deux ans qu’on attend le successeur du très bon Life Changes, dernier album en date de Casey Veggies. Depuis, le rappeur californien nous livre quelques petites friandises entre flip à l’envers entre copains et attachement pour la nouvelle jeune égérie. Et on le sent bien. Finalement, pourrait-il être le grand gagnant de cette scène bouillonnante de Californie entre Opm!, HBK Gang et autres Black Hippy ? Dans tous les cas, l’ambition et le niveau sont en constante élévation comme sur cet « Organic », du pur jus funky rafraichissant fourni par Hit-Boy, toujours en forme. Life & Grow est prévu pour le 25 septembre prochain et on trépigne déjà. Apprécie !
JMSN est un ovni, un personnage unique, un messie mélangé. Hybride RnB-Soul-Indie tendance Rap, l’artiste de Detroit a déjà conquis les cœurs avec ses apparitions aux côtés de Boldy James, Ab-Soul ou Freddie Gibbs mais surtout avec ses propres balades intemporelles et son charisme incontrôlable. Sa grande force : le savant contraste entre ses envolées emo et ses visuels souvent effrayants en qualité VHS. La toute dernière ne fait pas mentir, Jameson et ses potes supportant Meek Mill à leur manière en quadrillant le désert de cascades de quad. Et lorsque la poussière se dissipe, on les retrouve à cheval sur un camping-car dans un hommage terrible aux rides ralenties façon « Still Tippin ». La dérision et le décalage sont maîtres alors que ce Jésus contemporain nous parle d’amour comme jamais. Ou comme toujours. Son dernier opus, The Blue Album est toujours en haute rotation. Apprécie !
Yo Gotti est souvent l’oublié des poids lourds sudistes. Il continue pourtant à livrer régulièrement des tubes, oscillant entre T.I., Jeezy ou Gucci Mane. Ce timbre de voix, de plus en plus enroué, résonne sans fin dans les rues les plus sombres de Memphis. Cette fois-ci, il nous parle de sa nouvelle conquête, apparemment caribéenne telle Rihanna. Mais pensez autant drogue que femme. Et pendant ce temps, Young Thug se la joue Future sur un refrain simple mais entêtant, un serpent autour du cou. On est loin de « Lifestyle » ou « About The Money » mais ça peut nous tenir l’été tranquille. Et il y a Boosie dans un coin donc ça se respecte. Apprécie !