EP

Mutha Madiba, entre lumière et coins sombres

« Partons sur la mer car c’est trop dark ici » dit la rappeuse/chanteuse Mutha Madiba sur son single « Anémone », sorti en décembre dernier, comme une échappatoire à la torpeur hivernale. Pourtant, le message n’est pas délivré sans contraste, une certaine mélancolie transpire de l’interprétation, ainsi que de l’instrumentale, signée Late, sur laquelle notes de kora et de piano s’entrelacent avec une rythmique chaloupée. C’est via ce titre que Mutha Madiba (« fille de l’eau » en Douala, langue camerounaise) commence à communiquer autour de sa musique, un avant-goût séduisant de son premier EP, Advienne que pourra, disponible depuis le début du printemps.

Sur ce cinq titres, l’artiste, tout en aisance, étire ses mots pour mieux souligner leur importance, et emmène dans des brèches intimes de son existence. Habillée par des musiques aux influences jazz, trap, et afro, Madiba explore des réflexions personnelles et des récits, qui laissent entrevoir ses doutes et ses déceptions. La rappeuse s’affirme avec style, et parle de la musique comme d’un « plaisir purgatoire » dans une interview accordée au média Maze. Un oxymore qui définit bien son approche.

Mais c’est dans un extrait du titre « Corsaire », que l’on se rapproche plus encore semble-t-il, de ce qui fait la force de cet EP : « Tout se forme et se déforme, c’est vrai, tout se coupe et se recoupe, mais rien ne se perd », l’expression d’un regard lucide, autant qu’un champ des possibles pour cette jeune artiste qui se joue des étiquettes.