Sidekicks

Le 11 novembre 2016, l’Abcdr du Son initiait une nouvelle aventure : rassembler des artistes de divers horizons, styles et époques dans une compilation intitulée Jukebox.  Le concept ? Puiser dans la matière déjà existante mais prisonnière des disques durs. Derrière les milliers de chansons qui inondent les ondes chaque année se cachent en effet des pépites de l’ombre, jamais parvenues jusqu’aux oreilles du public. Pour des raisons aussi banales qu’incroyables, parfois davantage liées aux péripéties de l’industrie qu’au désir des artistes. Là était donc notre volonté : creuser, découvrir, inventer un sentier, comme nous nous efforçons de le faire depuis bientôt vingt ans avec nos interviews, chroniques, dossiers ou mixes. Cette première expérience de « collecteurs » d’inédits nous a confirmé qu’en dépit des « on dit », le petit monde du rap francophone était toujours en désir de partage et d’échange. C’est ainsi qu’aux artistes à la renommée confidentielle se sont mêlées quelques figures connues de tous. Il en sera de même pour le volume 2 de Jukebox. Deux ans jour pour jour après la sortie du volume 1, voici donc le premier extrait du second volet de notre compilation : « Environnement » d’ISHA, mis en images par nos confrères belges de Tarmac. La suite arrive très bientôt et se passera un peu plus au sud, pour une connexion Paris-Marseille qui devrait en ravir plus d’un. L’Abcdr, partout, toujours.

Depuis une quinzaine d’années, Alkpote a écumé à peu près toutes les salles possibles et imaginables en France, souvent pour partager la scène avec d’autres, plus exposés que lui alors. Désormais, l’Empereur n’est plus de ceux qui assurent les premières parties, il est la tête d’affiche, il est la vedette. Sa présence scénique et les réactions qu’elle provoque ne laissent pas de place au doute : Alkpote est un patriarche dans ce rap. Flegmatique et sûr de lui, Alka’ n’a qu’à crier « suce » pour que la salle hurle « pute ». Désormais, ses morceaux sont connus de tous, et le virage sonore qu’il a opéré ses dernières années rend son rap plus propice à l’inflammation d’un club. Il sera du côté de Nancy le 16 Novembre, pour faire de l’Envers Club son royaume des enfers, et l’Abcdr offre sur Facebook six places aux Lorrains qui veulent assister à l’événement.

Depuis ses débuts en 1998, le duo californien People Under The Stairs, formé de Thes One et Double K, a connu un parcours riche : une dizaine d’albums, des concerts partout dans le monde et énormément de manifestations d’amour pour sa musique ensoleillée et cool, de la part du public et des autres artistes (Mac Miller saluera d’ailleurs PUTS à travers ce morceau). Cette réussite, qui ne s’est jamais vraiment traduite commercialement, est due en grande partie à la polyvalence de Thes One, sorte d’Henri Dès à casquette, tour à tour rappeur, producteur, ingénieur du son, grand collectionneur de vinyles et même tourneur. Mais toutes les bonnes choses ont une fin : Thes, Christopher Portugal de son vrai nom, a décidé de raccrocher. Il l’a annoncé la semaine dernière, par le biais d’un post instagram émouvant. Cependant, cette belle aventure ne va pas se finir comme ça, de façon abrupte, par un message laissé sur un réseau social. Pour clore l’histoire de PUTS, un dernier album, Sincerely, The P, arrivera dans les bacs (comme on disait jadis) le 23 novembre, histoire de nous donner un petit peu de Californie pour passer l’hiver. Une fois cet épilogue – que l’on espère bien sûr grandiose – digéré, il sera alors temps de se retourner sur la magnifique discographie du duo et de lui dire merci pour tous ces bons moments de musique.

Nos podcasts sont l’occasion de quelques coups de gueule et de beaucoup de coups de cœur. Évidemment, ce sont les premiers qui font toujours le plus parler. Mais lorsqu’il a été question de présenter nos bons moments du rap français de ces derniers mois, le rappeur rouennais S.A et son projet Je pense donc je suis ont reçu un coup de projecteur. Les raisons de cette bienveillance ? Cette attitude de kicker authentique, qui a gardé ses valeurs de old-timer et tient des propos simples, sincères et sans ambages. L’une des meilleures illustration de cela ? Le titre « Underground », dans lequel Sans Artifices rappe quelque chose qui est souvent trop oublié lorsqu’il s’agit d’évoquer la partie immergé de l’Iceberg du rap français : la ténacité. Cet hymne puissant, c’est l’occasion de saluer à nouveau cette double mixtape collective menée le rappeur de Rouen, lui qui a pris le temps de mettre en lumière partie non négligeable de la scène locale à laquelle il appartient. Mais c’est aussi le moment pour nous de corriger deux erreurs factuelles qui se sont glissés dans les propos consacrés à S.A lors de notre podcast. Si ce dernier a effectivement eu une proximité avec le Battle Mode Click, les vétérans de la préfecture de la Haute Normandie, il n’en n’a jamais été officiellement membre. Tout comme c’était le cas avec le 4×4, dont S.A était partie prenante du satelitte : le Crew Tout Terrain. Quant à l’incroyable FDY Phenomen, s’il a conseillé à S.A de se rendre dans le studio DPL, ça n’en fait pas son studio. Underground ou pas, un peu de rigueur est de mise. Et une raison de plus pour que l’équipe se décide à descendre un jour à Rouen afin de documenter l’histoire du rap au nord-ouest de Paris.

Certains l’hérigent au rang de classique, d’autres y voient l’emblème d’un rap violon-piano qui a mal vieilli. Ce qui est sûr, c’est que Heptagone a marqué une génération tout en s’avérant une pierre fondatrice dans l’histoire du rap qualifié aujourd’hui « d’indépendant. » Quant à ses auteurs, rassemblés sous la bannière ATK, ils ont toujours eu le soucis de tenir parole. Encore plus depuis le tragique décès de l’un des leurs. Lorsque Fredy K a perdu la vie, en 2007, plus que le groupe ATK, s’était tout le posee originel qui s’était rassemblé pour un album hommage à Monsieur Alfred. Et toujours avec ce soucis de raconter des sentiments humains avec la complémentarité qui les caractérise, les cinq MCs de l’Heptagone et leur DJ ont finalement décidé de revenir. Le titre s’appelle « Comme on a dit » et il honore de façon extrêmement touchante une promesse, de celles qu’on se fait entre amis à l’adolescence. Entre frères de sang et frères de son, la frontière est parfois invisible. Quatre minutes pendant lesquelles Antilop SA, Axis, Cyanure, Freko, DJ Tacteel et Test introduisent leur nouvel album et deux concerts déjà complets au mois de décembre. De quoi confirmer l’aura du groupe, vingt-deux ans après ses débuts discographiques avec Micro Test autant qu’aux côtés de M.Group puis Zoxea. #ATK4Life nous disait Cyanure il y a quelques mois, en répondant à la question « qu’est-ce qu’ATK devient ? »

« Tic tac… » Deux ans après Césarienne, projet qui avait officialisé son retour en solo, ZA semble sur le point de sortir de sa planque pour reprendre son dû. La première phase du plan s’appelle « Police » et on peut y retrouver le leust habituel du papa de Bruxelles ainsi que la nouvelle signature du label Six Music. No witness, no weakness, le rappeur des Gars du H garde pour l’instant le silence sur la suite du plan, mais on peut déjà vous annoncer qu’il est ficelé dans les moindres détails.

Le plus marseillais des Agenais est de retour avec un titre qui augure de belles choses pour son prochain album. Brillamment produit par Loopkingz INSTRMNTLS, beatmaker allemand, « Lutte des classes » est un puzzle désordonné de mots et de pensées d’un homme braqué par le grand sablier. Minimaliste mais intense.

Joli larcin pour Joey Larsé. Le rappeur de Bordeaux s’était déjà fait remarquer en 2017 via le très élégant « Royal Jacket » (mais plus tôt aussi avec l’EP Confortable et, dans une autre vie, avec le projet C’est l’art et la manière) avant de s’éloigner des radars pour activer aujourd’hui un nouveau plan très inspiré du précédent : se balader sur un tapis rouge dressé par l’orfèvre Yepes. Avant de disparaître ? Pas dans l’immédiat a priori puisqu’un projet de Joey Larsé entièrement produit par Yepes devrait voir le jour cet hiver chez Jambaar Muzik, jeune label à l’actualité chargée (l’album Carbone 14 de Joe Lucazz sort également aujourd’hui) et à l’avenir prometteur, conduit par Pandemik Muzik.

Jay Rock n’a pas volé le nom de son dernier album, Redemption. Le rappeur de TDE revit une nouvelle carrière avec ce troisième album studio, porté par d’excellentes critiques et une flopée de clips. « Eastside Johnny » va même enfin faire sa tournée des grands ducs en Europe, prévue à l’époque de 90059, avant l’accident de moto auquel il a survécu. Initialement annoncée à La Bellevilloise, sa date parisienne du 15 février 2019, organisée par Live Nation et Free Your Funk, aura lieu à l’Elysée Montmartre. Pas d’inquiétude pour les premiers à avoir saisi l’opportunité à La Bellevilloise : leur billet est toujours valable. Pour les autres, imaginez un peu l’ambiance de feu de « Win », « Hood Gone Love It » ou « Vice City » sur scène. Jay Rock sera accompagné de Reason, toute fraîche signature de TDE, auteur d’un lumineux premier album, There You Have It. Autant de raisons de ne pas manquer cette date.

La Scred Connexion aura tout de même planté les graines d’une nébuleuse de rap indé dans sa zone qui dépasse largement ses réseaux et ses crédo habituels. Cela fait déjà plusieurs années que la rappeuse passée par l’atelier d’écriture de Loréa (ex 1 Bario 5 s’pry) à Belleville multiplie les scènes – première partie de Casey – et les clips – « La Cible », l’an dernier, également réalisé par Orama Films. Cette fois, c’est sur un « Dirty Skepta Type Grime Beat » – tout est dit – qui vient remplacer les cent fois saignées faces B de Mobb Deep, qu’elle débarque en maillot du Palestino, ce club chilien composé de réfugiés palestiniens. Grime, politique : pour elle, ça va ensemble. C’est d’ailleurs une référence à la série Dubplate Drama et aux radios pirates florissantes au début du grime en Angleterre qui clôt le freestyle de Ryaam, amatrice du genre. Et il faut l’avouer, c’est un plaisir de voir ce cher rap indé sortir de sa zone de confort et s’attaquer à une musique à la hauteur de son énergie. Quand bien même celle-ci prendrait la verve solaire de la rappeuse du vingtième arrondissement, plus que la noirceur hargneuse de ses héros londoniens.