Sidekicks

Nacho Picasso est un doux dingue. Voilà plusieurs années qu’il arpente les zéros et les uns de notre internet, notamment avec le duo Blue Sky Black Death, entre gothique et fantaisie. La musique de cette équipée sauvage est bourrée d’illustrations sonores de grand spectacle, entre Game of Thrones et l’Histoire sans Fin. Tel un Falkor moderne, Nacho virevolte dans les cieux des Freaks, évoquant le sexe débridé, les drogues prises pour atteindre ce sexe débridé et les songes incroyables que lui provoquent la prise de ces drogues. Et il y a du sexe, forcément.

Un cercle vicieux extrême qui devient presque virtuose quand il évoque tous les comics et cartoons imaginables. L’alliance infernale avec Jake & Finn d’Adventure Time parait donc innée, tellement les trois partages un univers où la magie marrante et les sorcières presque jolies sont légion. Un divertissement comme on n’en fait plus, qui touche tous les Peter Pan du monde entier.  Nous y compris.

S’il avait disparu des radars musicaux depuis 2012, Gizo Evoracci, figure emblématique de la riche scène rap de Grigny, annonçait son retour depuis plusieurs semaines. Le revoilà enfin et en images, avec le titre « Mort », premier extrait de son prochain album. Le morceau est noir, à l’instar de la Buick Regal que Gizo conduit dans son clip. Tout y paraît sombre : les lunettes Charme, le sweatshirt Nirvana et ce cercueil dans une forêt effeuillée. Le moggo revient et c’est obscur.

Din Records est un label à idées, c’est un peu dans leur ADN. Pour la sortie du deuxième album de Brav, Error 404, sorti le 26 février simultanément avec les nouveaux projets de Nakk Mendosa, Jazzy Bazz et Kamnouze, ils ont mis en ligne ce « Tout à refaire » réunissant les quatre rappeurs, et invoquant même Kool Shen par un sample vocal. On dit qu’un geste vaut parfois mille mots ; ce morceau vaut cent hommages, et faire revivre l’esprit des collaborations présentes sur les compilations de rap français d’il y a quinze ans.

Après vingt ans de carrière et de multiples succès, le parcours de Kamnouze s’enrichit d’un nouvel album, OSNS (pour Old School New School), son quatrième en solitaire. L’ancien protégé de Nouvelle Donne avait déjà annoncé la couleur avec deux premiers extraits réussis, « Philosophie Nas & Jay-Z » et « Extra-terrestre », et a enfoncé le clou mi-février avec l’énergique « Galactik Flow » où il démontre qu’il n’a rien perdu de sa technicité au micro. Un titre qui devrait se prêter à merveille à l’exercice de la scène. Ça tombe bien : le rappeur de Bagneux défendra son nouvel opus le 11 mars prochain au Petit Bain à Paris.

Si le grand public ne le connaît que pour « Slow Jamz », son tube avec Kanye West et Jamie Foxx, les autres le connaissent pour tout le reste : ses 25 ans de carrière, son album Adrenaline Rush (classique du gangsta rap Midwest sorti en 1997), ses innombrables featurings et, bien sûr, son flow mitraillette, jadis homologué par le Guinness des records comme le plus rapide du monde. Donc oui, Twista est une légende vivante de Windy City, au même rang que Michael Jordan ou Barack Obama. Livin’ Legend, c’est d’ailleurs le titre de son nouvel EP et de sa tournée européenne (qui passe aussi par Dubaï…). Pour son unique (et première, nous semble-t-il) date en France, rendez-vous ce samedi à partir de 20h30 au fameux centre culturel de créations urbaines du vingtième arrondissement parisien. Ça va tung twister, chérie !

L’un vient de sortir avec In My Mind l’un des meilleurs albums r’n’b de ce début 2016. L’autre, avec 90059, l’un des albums rap les plus cités de l’an dernier, et a fêté à l’hôpital les nombreux Grammys remportés par son pote Kendrick, après un accident de moto. BJ The Chicago Kid et Jay Rock ont déjà partagé plusieurs titres ensemble, mais ce « OMG », absent de l’album du chanteur, est un vrai cadeau de sa part (et rappellera de bons souvenirs aux fans de 1st Infantry). Il n’y a plus qu’à espérer un prompt rétablissement de Jay Rock pour les entendre de nouveau ensemble.

Ultime tentative de sauvetage de l’empire Cash Money ? Alors que Lil Wayne et Birdman ont visiblement enterré la hache de guerre après une année 2015 belliqueuse, Mannie Fresh, ancien producteur maison du label de la Nouvelle Orléans (qui avait quitté le bateau il y a quelques années) vient de réunir les deux auteurs de Like Father Like Son, avec en prime Juvenile (qui lui aussi avait… enfin vous connaissez la suite). Le son est un peu paresseux, Lil Wayne a l’air d’essayer de faire du Young Thug à un moment, mais c’est toujours enthousiasmant d’entendre ces quatre-là réunis, surtout avec Mannie Fresh à la composition. Ne manque que ce grand B.G., sous les verrous jusqu’en 2026 pour détention d’arme à feu et subornation de témoin. Un « hot boy », pas de doute.

Pour être taillé comme un pilier géorgien, il n’y a pas de secret : le boug Ol Kainry doit beaucoup trainer dans la salle de l’esprit et du temps à pousser le sol et frapper dans un sac. L’écoute de ce « Rap torse nu » donne envie de faire la même chose, façon Adonis Johnson dans les rues de Philadelphie, entre l’instrumental protéiné de Dave Daivery et les crochets verbaux de Freddy. Superman noir, le sixième album solo d’Ol Kainry, est prévu pour le 1er avril prochain. Et sa pochette est plutôt marrante.

Début 2015, après de multiples mixtapes et compilations, Prince Fellaga sortait Indigène, premier album dense et intense, nourri par un équilibre entre sons festifs et introspectifs. Quelques mois plus tard, le rappeur de Marseille libérait Rap Theory, EP énergique et spontané. Prince Fellaga vous offre aujourd’hui en libre téléchargement un extrait de ce dernier essai, « Dans les nuages », produit par l’inévitable beatmaker allemand Gitdatbeats. Actuellement en préparation d’une mixtape intitulée Amigos Gang, nul doute que l’ex-rappeur du groupe La 5ème Kolonne va nous gratifier de nouvelles belles surprises en cette année 2016.

Loin des strass et des paillettes, des légions de rappeurs ont voulu continuer à poursuivre leur rêve de faire de la musique, même avec les années qui passent, les mioches, et les crédits immobiliers. C’est le sujet du documentaire Adult rappers, réalisé par le Paul Iannacchino, Jr.. En une heure, et à travers une trentaine de témoignages de rappeurs indépendants ayant tous dépasser la bonne trentaine d’années (de Evidence à Slug, en passant par Esoteric, Masta Ace, R.A. the Rugged Man, Murs, Torae ou Homeboy Sandman), le film raconte leurs rêves de gamins d’être LL Cool J ou Too $hort, la dure réalité de l’industrie du disque et des tournées autogérées, et pour certains, la conciliation entre leur vie d’adulte et leur passion. Pour citer J-Zone, autre rappeur présent dans ce documentaire, et ayant fait du récit de ses échecs une vraie source d’inspiration, « mon histoire n’est pas unique, mais elle rarement racontée ». Deux conseils : regardez vite Adult rappers avant la fin du mois de février, puisque le documentaire est entièrement disponible sur le site du festival du film indépendant Fandependent Films. Et armez-vous de votre meilleur niveau en anglais, parce que ce n’est pas sous-titré, évidemment.