Fruit d’une collaboration entre les médias Captcha Mag et TupakTV, M16 Masqué est un nouveau concept qui offre la part belle à la performance. Masqués, quatre rappeurs se partagent une prod’ (celle du premier épisode, signée Million Man On The Beat, est d’ailleurs bien choisie) sans a priori de notoriété ou de provenance. Si le niveau des participants du premier épisode est assez hétérogène, le choix original du lieu de tournage (qui devrait changer à chaque fois), la réalisation (Gate Media Production) déjà impeccable et l’émulation générée par le concept promettent une montée en puissance au fil des épisodes. Le prochain devrait justement arriver d’ici quelques semaines et l’ambition serait d’en sortir un nouveau chaque mois. Une initiative à saluer car si les projets invitant les rappeurs à croiser le micro reviennent à la mode, celui-ci a le mérite de se démarquer et d’apporter une potentielle plus-value. Et qui sait, le talent se cachant partout, peut-être que demain de jeunes ou moins jeunes rappeurs de l’ombre prendront la lumière grâce aux masques et que des artistes déjà sous les projecteurs viendront se frotter aux inconnus. « Un 16, quatre rappeurs, une prod : la règle estsimple. »
TupakTV x Captcha Mag en mode Guide du Routard, ça donne un abattoir du XXe siècle dans le 91.
« Avec Mehdi YZ à Saint Jean La Puenta, posé, détendu… La kalash parle fort quand il y a un malentendu » disait l’an passé Kalash Criminel invité par Jul sur le titre « Cagoulé ». Mehdi YZ, c’est un proche de la coqueluche du rap marseillais, de la vedette de Saint Jean du Désert (13005). Voilà que depuis un mois, Mehdi alimente sa chaîne Youtube de contenus musicaux : trois freestyles et autant de morceaux. Imparfaite, la musique de Mehdi YZ a une saveur certaine. Elle transpire Marseille, elle sue Marseille, elle pue Marseille. Les rues de la cité phocéenne et leurs innombrables stigmates ne cessent depuis Mode de vie Béton style de donner naissance à des rappeurs plus préoccupés par le réalisme cru de leur musique que par l’esthétisme. C’est très clairement dans cette lignée que s’inscrit Mehdi YZ, loin des considérations techniques, et avant tout en prise avec un quotidien fait de « Arrah », de Parions Sport, d’alcool et de morts. En résulte chez lui une musique encore maladroite, profondément réaliste et très pessimiste, comme en atteste le triste « Nique ma vie » en écoute ci-dessous.
Il est du genre discret, et peut être même un peu trop. Alors que son dernier mini-projet Mercure réalisé en compagnie de Ikaz Boi s’était tranquillement logé dans notre bilan de fin d’année 2017, Veerus revient enfin avec un nouveau disque dont on sait peu de choses si ce n’est qu’il nous intrigue. En témoigne « Dope Boy », premier extrait dévoilé ces derniers jours dont le phrasé riche de Veerus et l’ambiance fumeuse signée Ponko continuent de montrer à quel point le garçon reste bien sur ses appuis. Dans ses mélodies comme dans sa productivité, Veerus semble évoluer dans le rap uniquement à la nuit tombée. Un choix de carrière à la Bruce Wayne que l’on ne renie pas à l’écoute de ce solide nouveau morceau.
Invité de l’émission My Chillin’ Couch, le rappeur de Bruxelles ZA, dont on connaît la sympathie pour l’école Time Bomb, s’est fait un petit plaisir en interprétant avec des musiciens et Senso – présentateur de l’émission – « L’enfant seul », un des grands classiques du non moins classique Opéra Puccino, premier album d’Oxmo. Un bel hommage alors qu’Opéra Puccinofêtera en avril son vingtième anniversaire avec toutes les surprises qui vont avec. ZA, qui a toujours été plus Brutal Muzik qu’opérette, devrait lui faire son retour sur le devant de la scène très prochainement, un peu plus d’un an après avoir envoyé la mixtape Césarienne.
Dans le cadre du programme culturel concocté par le MAAD 93, Marc Nammour (La Canaille), bien connu de nos services, bénéficie d’une résidence d’artiste bien nommée « cortège de tête ». Ce qui nous donne un concert samedi prochain, 24 mars, salle des Malassis à Bagnolet. Et si cette bonne nouvelle ne suffisait pas :
En 2007, Moar sortait Mes influences. Le projet brillait par sa cohérence, ses boucles chaudes et sa veine purement soulful. Niveau rap, le casting ne laissait d’ailleurs pas de doutes. Pendant que le fondateur de Trad Vibe Records était aux machines, les MCs incarnant le mieux ce hip-hop technique aussi vif que moelleux se passaient le micro. Madjir, Enz, Daz-Ini, ou encore Kohndo avec le remarquable « Ma Définition », avaient tous trouvé dans les productions de Moar un écrin sublimant leurs qualités. Malgré ça, Mes influences était passé relativement inaperçu. Cet anonymat, c’est le pays du Soleil Levant qui l’a brisé. Toujours amateur d’un hip-hop racé, raffiné à proximité de ses fondamentaux, les Japonnais s’était enthousiasmé pour la galette de Moar. Côté français, alors que l’album vient de passer le cap des dix années d’existence, il est temps de se rattraper. Pour ce faire ? Une version entièrement remixée de Mes influences, avec derrière les machines, une cargaison de producteurs ultra-confirmés et partageant avec Moar la même passion pour les boucles soyeuses, les basses grasses et les beats au punch indémodable. Jimmy Jay, Doc TMK (habitué des collaborations avec DJ Suspect), le digger Lord Funk (CF notre interview), DJ Damage, ou encore le jeune Clem Beatz ont tous revisité les influences de Moar à leur sauce. Une saveur à base de samples funk, jazz et soul, ponctuée de scratches et éditée en dématérialisé mais aussi en vinyle. En bref, une belle redéfinition des influences de Moar.
Quand on pense à Bad Boy, le label de Puff Daddy, on pense tout de suite à la dynastie si courte de Notorious B.I.G. qui résonne toujours très fort 21 ans après sa mort. Pourtant, l’histoire du label est parsemée de trajectoires étranges aux disques charnières, aux succès éphémères et aux chutes spectaculaires. Ma$e, The Lox, Shyne, Loon ou même G-Dep, chacun a son arc étrange mais ils sont tous passés après Craig Mack. En effet, Puff veut en faire son premier artiste rap après le lancement de Mary J Blige, on est en 1994 et Sean Combs croit à mort au en ce rappeur déjà presque ancien avec sa gestuelle grandiloquente et ses placements audacieux. Au premier abord, rien n’est simple dans la musique de Craig Mack, tout est en rupture de la musique de l’époque. Easy Mo Bee propose des rythmiques plus lentes et dépouillées, Craig Mack y prend de l’aisance avec une savante alternance entre envolées et silences : Ce premier single, « Flava in ya Ear » est une déflagration en avance sur son temps.
Pourtant Craig n’a rien d’un jeune premier. Il a déjà sorti un disque en 1988 sous le nom d’MC EZ & Troup puis a écumé les scènes avec les plus grands. Roadie de Dj Scratch sur les tournées d’EPMD en 1991, il est connu pour les soirées d’après concerts où ses joutes verbales avec un certain Redman, jeune rookie du moment, marqueront les esprits. Cette énergie dévastatrice reviendra quelques années plus tard aux oreilles de Puff qui veut en faire sa première star, avant de tout miser sur le génie Biggie. Résultat, Project : Funk The World un album réussi qui marche au même pas que Ready to Die lors de sa sortie avec la fameuse campagne B.I.G. Mack, véritable évènement dans le microcosme rap. Mais le tourbillon ne peut être contrôlé, Craig Mack devient un dommage collatéral du vortex B.I.G. qui prend toute la place. Après une communication compliquée et de multiples ratés, Craig quitte Bad Boy et son deuxième album Operation : Get Down sort en 1997 chez un indépendant. Le résultat déçoit malgré de très bons moments mais le ton est aigri. Craig a raté plusieurs trains à une époque où on passe de la vapeur au TGV en quelques mois.
Malgré quelques espoirs au début des années 2000, c’est finalement la traversée du désert qui s’impose. Entre coeur fragile et implication religieuse, Craig Mack n’est plus dans le rap. Jusqu’à sa disparition le 12 mars 2018. Reste un rappeur charismatique et railleur qui a marqué son temps avec des morceaux forts comme « Get Down » et ses remixes ainsi que bien sûr la légende de « Flava in ya ear remix » où chaque mesure est une formule secrète du meilleur du rap de 1994. Son influence est difficile à mesurer mais trouve de nombreuses résurgences dans le rap mêlant facilement hardcore et commercial à la fin des années 90. Une autre étoile filante de Bad Boy qui a marqué la planète rap sur un sprint.
Matt Dike, ce nom est inconnu pour beaucoup. Par contre, celui des Dust Brothers résonne déjà un petit peu plus. Leur plus grand succès public en leur nom propre ? La bande originale de Fight Club. Mais les Dust Brothers, assimilé à un duo plus ou moins électro, étaient avant tout de redoutables producteurs et arrangeurs. Beck, les Hanson (eh oui !), Linkin Park, des remixes pour Urban Dance Squad, et même un album pour Les Rolling Stones, voilà quelques-uns des noms les plus connus avec lesquels John King et Matt Simpson ont travaillé. Mais avant cette galaxie de superstars mondiales, auprès de qui ont-ils fourbi leurs armes ? La scène rap, spécialement californienne. C’était en partenariat avec Matt Dike, fondateur du label Delicious Vinyl, dont le premier hit était une diss-track envers N.W.A. Dike, producteur pour Tone Loc, Young MC, Def Jef, le pionnier de l’hispano-rap Mellow Man Ace, qui travailla plus tard avec Public Enemy, Aerosmith et sortit les disques de The Pharcyde, marquera plus particulièrement l’histoire du rap avec les Dust Brothers lors de la production de Paul’s Boutique des Beastie Boys. Il est notamment celui qui a préparé le délirant « Hey Ladies », facture ultime de l’obsession des trois New Yorkais pour la mise en scène comique de dragueurs lourdingues. Ad Rock raconta ainsi comment lui, Mike D et MCA se figèrent à L.A, après qu’il eut entendu le duo The Dust Brothers jouer leurs sons et ceux de Matt Dike, qu’il décrivit plus tard comme « des boucles de malades, superposées à tel point que cela sonnait comme quatre breakbeats assemblés ensemble ». Une définition plutôt juste de Paul’s Boutique, qui après le décès d’Adam Yauch en 2012, a perdu un autre de ses créateurs. Matt Dike est en effet mort à 56 ans, comme l’a confirmé son label hier. Repose en paix.
Gracy Hopkins mettra le feu à Evreux ce vendredi 16 mars pour l’ultime date de sa tournée. L’artiste francilien qui a la particularité d’officier principalement en anglais partagera l’affiche avec Rouquin, un groupe composé d’artistes rouennais et notamment du rappeur Jean-Baptiste (anciennement appelé UnSaleNoir), un esprit torturé de la scène normande dont l’Abcdr vous a déjà parlé à plusieurs reprises. Ça se passe au Tangram (salle Le Kubb) et on vous conseille fortement d’y passer si vous êtes dans le coin pour vous laisser emporter par l’énergie de Gracy Hopkins dont la réputation sur scène n’est plus à faire, ainsi que pour découvrir l’émotion brute de Rouquin. 2 x 2 places à gagner sur nos pages Facebook et Twitter.
Fin producteur, auteur l’an dernier avec Kyo Itachi et Astronote du solide The Great Red Spot, Azaia veut mettre en avant ces producteurs, qui comme lui, oeuvrent dans l’ombre et dont les noms restent parfois derrière le son. Azaia sort sur son label Brain Connection 1978 un album instrumental, Translating The Zone, qui réunit une liste rutilante et hétérogène d’orfèvres du beat : Dusty of Jazz Liberatorz, Mr Hone, Hugo LX, Dagui, Cris Prolific, Kyo Itachi, Odweeyne, Onra, Yann Kesz, AAyhasis, Walter Mecca, Venom, Parental, Mani Deïz, Astronote, Art Patterns, Dela, et lui-même. Chacun a droit à une piste pour explorer, déployer et démontrer ses talents de metteur en son. L’album Translating The Zone est disponible en écoute sur Bandcamp, proposant également à la vente différents formats, du CD au vinyle.