Sidekicks

Partenaire régulier des soirées organisées par Salamandremusic, L’Abcdr valide encore un peu plus cette édition. Appréciée de part la qualité des DJs venant sur scène à chaque édition, cette session des Night School muscle clairement son jeu. En plus des habitués que sont Dirty Swift et DJ Noise, Cut Killer sera de la partie. Et côté emceeing, ce sera Kacem Wapalek qui tiendra la tête d’affiche, entouré d’anciens (plus que confirmés) et de rookies qui ont faim de se faire connaître. Pihpoh, habitué des freestyles dans le métro parisien, ou Rriké seront entourés de G-Kill et peut-être même de Ziko de La Brigade. Romano le Stick fera le trait d’union. Une soirée qui aura lieu le 19 avril Au Réservoir et pour laquelle L’Abcdr fait gagner deux paires de places sur Facebook.

Ancien membre d’Antipop Consortium, Beans est aussi l’auteur de plusieurs albums en solo depuis Tomorrow Right Now en 2003. Le dernier en date, Wolves of the World, composé de morceaux dont chaque titre mérite déjà d’être savouré, est sorti chez l’excellent label A night on canopy. L’un d’eux vient d’être remixé par Feather Phaser – c’est à voir et écouter ci-dessous.

Avec « Liasse & Tasse », Muun dévoile le troisième extrait de son premier EP #DOPAMUUN qui devrait sortir avant le mois de mai. Voix grave, flow lent, lignes brutes, le rappeur en provenance de Montreuil pose une esthétique rue. Le morceau est produit par Momo Spazz, tout comme l’était précédemment « Montreuil sous marin », et il est peu de dire que la musique de Muun s’inscrit en plein dans le son créé par Triplego. Sanguee est justement derrière la production de « Ragnar », le premier morceau envoyé par Muun et #DOPAMUUN ne comportera d’ailleurs que des beats estampillés Triplego, à l’exception d’un titre signé Ikaz Boi. Rendez-vous fin avril, pour toujours plus de brume synthétique et de percussions aquatiques.

« Les gens ne savent pas que je suis le meilleur des MCs » disait Pepso Stavinsky avec une arrogance désabusée lors d’un génial one-shot sur son premier album. Depuis, Pepso officie en binôme, celui qu’il forme avec le producteur breton RezO. Avec deux (gros) EPs d’Hérétiques, le duo avait balisé des chemins de traverse, entre décadence et irrévérence rappé par un « Petit pain blanc » sur des productions boom-bap raffinées. Tout cela aura une suite, et elle sortira en juin de cette année. L’album s’appellera Mal Poli. Il sera co-produit avec Atom (C2C, Beat Torrent) et promet cette fois d’être trempé dans des sonorités plus actuelles. RezO y troquera en effet ses boucles chaudes contre des montées sulfureuses grime et une trap nerveuse et tendue. La preuve avec « Benjis Khan », clippé dans une pluie de néons peuplée d’interférences dans lesquelles Pepso Stavinsky cautérise son personnage fragile à la soude caustique après une intro Orelsanesque. Une obsession de la luxure et des conquêtes féminines filmée et chantée en SECAM 2.0. Un format français validé jusque dans l’empire Mongol. La traditionnelle morgue hexagonale alliée à la furie de Gengis Khan.

Il faudrait écrire un article sur le recours à la langue française, par inserts vocaux interposés, dans le rap américain. On le fera peut-être, un jour… Un nom fameux y aurait en tout cas sa place : The Alchemist. À l’occasion d’un passage en France, le producteur californien s’est en effet amusé à composer des beats truffés d’extraits dans la langue de Molière (plus ou moins). Sorti en décembre dernier, le premier volume de ces « French Blends » (dans lequel on s’amuse à entendre les voix de Booba et du Ministère Amer, notamment) a connu une suite quasi instantanée. À laquelle il faut ajouter une ligne tracée entre Paris, Los Angeles et Bruxelles (sacré détour), avec sortie limitée en vinyle, à l’occasion de laquelle The Alchemist explique rapidement l’origine de cette affaire.

Jovontae et Ezekiel, les avatars de Sameer Ahmad dans le projet Un Amour Suprême, ajoutent un super-pouvoir à leur MC : leur aptitude à voyager. Au gré des visions, leur musique et leurs mots évoquaient parfois le San Francisco de la fin des années soixante, d’autre fois les toits de Tarifa un soir de vagues durant les années 1990. Pour le deuxième clip de ce projet sorti il y a à peine plus d’un an, c’est un billet d’avion pris à la volée qui emmène l’auditeur là où il ne s’y serait pas attendu : au Liban. Dans les images de H-WAR Film & L.A.Z, Beyrouth glisse d’un rouge semi-artificiel à une flânerie soyeuse, cigarette en bouche, skaters en arrière plan, chauffeurs de taxi à embrasser sur la joue et terrasse ensoleillée près des toits encore ensommeillés. Dans une ville qui sait ce que veut dire le mot paix, « le pouvoir des fleurs en veste militaire verte kaki » d’Un Amour Suprême ne pouvait être que magnifié. Red Light Beyrouth.

Quitte à briser les prétendus murs entre varieté et rap français, autant le faire dans la prestigieuse lignée de Soprano, plutôt que celle, inexistante, de certains chouchous éphémères des médias généralistes. Si le morceau « On est bien » sorti en juin 2017 n’avait rien de très convaincant – bien trop lisse, bien trop éloigné du rap, sorte de tentative d’un Sopra M’Baba sans son passé Psy4 – le Marseillais des quartiers nord a sorti le 30 mars un EP bien plus enthousiasmant. Hybride en effet marque un balancement prononcé côté rap, et s’éloigne du pôle variet’ affreusement banale. Et, merci bien, cela lui va nettement mieux. Les morceaux qui tendent le plus vers le rap, assortis de talents de chanteur – pas besoin d’autotune – et de prods faites maison – être guitariste, ça aide – sont les plus réussis. Notamment : « Hybride », « Coup d’volant », « Mouvement ». Kooseyl est un pur Marseillais dans sa capacité à créer des mélodies simples mais terriblement entêtantes, associée à une impertinente spontanéité, liberté dans la posture. « Jeune autonome, je n’irai jamais voter. » L’avenir s’annonce plutôt bien pour cet artiste proche de Hooss, puisqu’il sera en featuring, tout naturellement, avec Soprano sur la BO de Taxi 5, à paraître ce 6 avril 2018.

Au début des années 2000, des fans de rap connectés un peu en avance à Internet s’emballent pour un jeune label américain indépendant : Anticon. Profondément indé, pour ne pas dire « indie », la structure avec une fourmi en guise de logo est fondée par huit passionnés. L’un d’entre eux est décédé ce dernier jour de mars 2018 : Alias. Terrassé par une crise cardiaque, Brendon Whitney de son vrai nom, a participé à ce fourmillement, parfois brouillon, quelques fois décevant ou arrogant, mais profondément à part dans l’histoire du rap américain. Et malgré des écarts vers un rock indépendant un peu désarçonnant, à l’image de Buck 65, le label y est probablement pour beaucoup dans l’idée qui a germé dans la tête du public, des journalistes et même de certains artistes jusqu’en France : celle de l’existence d’un rap alternatif. L’apport à Clouddead, le projet collectif Deep Puddle Dynamics ou encore les premiers efforts de Themselves restent à ce titre fondateur, avant que le tout oscille entre génie incompréhensible et caricature branchée. Quant à Alias, il était un MC qui avait finalement préféré les machines, doucement torturé dans ses productions avant de glisser vers l’electronica dès 2003 jusqu’à parfois flirter avec le trip-hop, notamment lors de deux disques avec la mésestimée Tarsier au chant. Pour mieux connaître et comprendre ce parcours et celui de son label, une interview est disponible dans les archives de nos confrères de feu Hiphopcore.net.

Ces dernière années, Dinos (ex Punchlinovic) a décidé de prendre son temps. Du temps pour lui, sa musique, ses proches, et surtout, du temps pour grandir. D’abord adolescent au cours de deux EPs remarqués en 2013 et 2015, le natif de La Courneuve semble maintenant en train de passer un cap : celui de l’âge adulte. Une mue qu’il prouve parfaitement sur « Les pleurs du mal », morceau de cinq minutes évoquant tour à tour  l’amour, le racisme, la pauvreté et la vie au quartier sur un piano rongé par la nostalgie, sans jamais faire dans le pathos. Un exploit qui définit parfaitement Imany, premier album à venir du garçon, et dont on vous parlera le mois prochain. Probablement la première claque du printemps.

« Moins écrit, donc bien plus total », ainsi était décrit dans colonnes l’album d’Arm : Dernier Empereur. C’était en fin d’année, lorsqu’il était question de revenir sur ces œuvres qui avaient tracé le sillon du rap en 2017. Celle d’Arm, « lucidement noir, quelque part entre vérité et vie réelle », entraînait malgré tout dix pistes vers la lumière. Une forme de renaissance dont deux titres viennent d’être clippés pour être visionnés à la suite l’un de l’autre, tel un court métrage. Cette quête d’une nouvelle genèse, c’est la démarche totale de l’histoire formée par les images signées Vittorio Bettini et récoltées dans la paume d’un MC qui proclame vouloir « remettre du sang sur le bleu des mots ». À visionner les poings serrés et à voir comme une main tendue.