Isaiah Rashad, pensées nocturnes

ll faut s’armer de patience pour espérer la sortie d’un nouvel album chez Isaiah Rashad : 2016 (The Sun’s Tirade), 2021 (The House is Burning), et aujourd’hui 2026 avec l’annonce d’un nouveau long format. Sur son premier single « SAME SH!T », l’interprète signé chez l’illustre label TDE nous rappelle sa capacité à nous immerger dans un univers hitchcockien dès la première seconde du morceau.

La production composée par Mario Luciano, Don Oskar et Nate Hobden se structure en effet autour d’une voix féminine qui hante la mélodie, ainsi que d’un riff de guitare sorti tout droit d’un western, quelque part dans les contrées du Tennessee, État d’origine du rappeur. La rythmique, elle, est une combinaison classique, mais efficace qui s’éclipse discrètement par moments pour laisser place aux propos d’Isaiah Rashad. Sans révolutionner sa prose, il prolonge son introspection tout au long de l’extrait et laisse entrevoir une discipline personnelle teintée d’une forme de fatigue mentale : celle d’un travail constant, acharné, presque mécanique, nourri de dérives nocturnes :

I’m workin’, it’s great, it’s late, but still
Today, you gotta get off your ass and live
The bass is somethin’ like a crash
Then I do my dance

Sur ce titre, le rappeur de TDE propose l’essentiel de sa panoplie : une voix légèrement filtrée qui permet de laisser flotter cette production hantée à la douceur trompeuse, un flow typiquement nonchalant et relativement saccadé dont les placements évoquent par moments DMX sur « Who We Be », Skepta sur « Praise the Lord (Da Shine) ». Cette cadence laid-back évoque aussi l’héritage de Three 6 Mafia, pionniers de Memphis, dont les mélodies sombres et inquiétantes ont impacté plus d’une génération. Rashad n’hésite d’ailleurs pas à appuyer sur cette atmosphère tourmentée avec un rap chuchoté, presque à la limite d’une cure ASMR, comme si le rappeur ne voulait pas éveiller d’autres voix habitées lors de cette session d’enregistrement nocturne. Le clip, aux tensions palpables, prolonge cette sensation : dans un sous-sol, l’artiste rencontre une version possédée de lui-même qui le pousse à fuir afin d’échapper à son cauchemar.

« SAME SH!T » ne cherche pas à impressionner, il installe quelque chose de perturbant et omniprésent, comme une présence. Cette ambiance pesante, dramaturgique pourrait bien être le fil rouge de son prochain album au titre, peut-être révélateur : It’s Been Awful.