A’s, fantôme du marécage, prince des ténèbres
Interview

A’s, fantôme du marécage, prince des ténèbres

Pièce indispensable au puzzle du rap genevois, A’s demeure extrêmement peu connu de ce côté-ci des Alpes. Actif depuis près de vingt ans, figure majeur du collectif Marekage Streetz, il revient en longueur sur son parcours, sa musique, ses goûts et ses références. Et on lit en fond l’espoir que jeunes rappeurs suisses bénéficieront de l’exposition que n’a pas su avoir sa génération.

Photographies : DLN Films & Photography

Abcdrduson : Tu es né en 1984 et as grandi avec le rap. Quels étaient les artistes que tu écoutais ? 

A’s : Quand j’étais petit, mes cousins et les grands frères du quartier écoutaient pas mal de rap. J’écoutais IAM dont mes parents avaient enregistré un live sur M6. Je le regardais en boucle au début des années mille neuf cent quatre-vingt-dix ; puis il y a eu NTM que j’ai découvert plus tard, même si je connaissais de nom. Là je parle vraiment du temps qui précède ce que vous appelez le collège en France. Mais c’est vraiment au milieu des année mille neuf cent quatre-vingt-dix que je me suis mis à écouter beaucoup de rap français, quand est sortie la « b.o » de La Haine notamment. Ça je m’en rappelle.

A : Tu es un énorme bousillé de rap ? 

A’s : Ah ça… Je voulais arrêter à trente ans, je m’étais dit « bon ça suffit », mais je n’y arrive pas. J’ai des cousins en Allemagne qui m’ont fait découvrir Bushido, des cousins en Espagne qui m’ont fait découvrir ce qu’eux font et ce que font un tas de gars là-bas… Une fois je suis tombé sur un truc Bengladi, de la trap, ça tuait ! J’aime bien l’Angleterre aussi, ce qui se passe là-bas en ce moment c’est super chaud.

A : Et aux Etats-Unis, si tu devais choisir une scène au prix de toutes les autres, laquelle serait-ce ? 

A’s : Philadelphie sans hésiter, et North Philly pour être plus précis, même si Beanie est du South. À une époque j’écoutais pas mal M.O.P et Boot Camp Click à Brooklyn, ce qui pouvait s’entendre dans mon rap, mais à côté j’écoutais Freeway, Peedi Crack. Là ces temps-ci je suis dans OBH, Darklo, Ar-Ab tout ça. Vraiment, Philadelphie.

A : Côté rap helvétique, quels sont tes premiers souvenirs ?

A’s : Il y a un groupe qui s’appelle Le Duo, auquel appartenaient Rox et Jonas, qui faisaient partie d’un collectif : Le XIXe Régiment. Ce sont eux qui m’ont donné envie de rapper, mon grand cousin Paul Position faisait partie du collectif aussi. Ce collectif, c’était un peu l’équivalent de Fratra, le collectif de Double Pact. Eux étaient de l’autre côté du Rhône, nous nous sommes sur la rive gauche, eux sur la rive droite. Donc de notre côté c’était plus XIXe Régiment, et en face c’était Double Pact, Les Petits Boss -même si Nega et Loucha venaient eux de Thônex, rive gauche… Personnellement j’écoutais les deux, et aussi le troisième collectif important de la ville, Hors d’atteinte.

A : De ton côté, ton premier groupe est Paintball, c’est cela ? 

A’s : En réalité, mon tout premier groupe était Mélange Opak avec un pote d’enfance : N’Ko. Son grand frère nous faisait des instrus, et nous avions déjà un peu de merchandising, du textile. Pour ce qui est de Paintball, au sein du collectif XIXe Régiment il y avait plusieurs entités, et Mr. White, Dogzy Blue Malone et Mr Green en faisaient partie. Mr Green et moi avons grandi ensemble, puisque l’on habite dans la même rue depuis toujours. On a monté le groupe Paintball et on a choisi nos noms avec les couleurs en référence au jeu du paintball et aussi à Reservoir Dogs, comme on se faisait appeler Les Chiens du Reservoir. Moi c’était Mr. Brown, il y avait Mr. Blue, Mr. White, Mr Green… Ça a commencé avec la mixtape Viagra en 1999, sur laquelle on retrouvait Blue et Green pour le premier morceau de Paintball. Moi, ma première apparition a eu lieu sur une mixtape qui s’appelait Casino, enregistrée en 2000 mais qui je crois n’est sortie qu’en 2004. Mais le déclic a vraiment été la tape G.T.A (Geneva Terrorist Attack)

A : Avec