Le Dé, beau geste dans les arrêts de jeu
En 2016, Le Dé Markson apporte, depuis Liège, sa contribution à l’envolée de la scène belge portée par les Hamza, Damso et consorts. Il dévoile Delta Plane, EP dans lequel les samples de jazz et de chanson jamaïcaine côtoient des textes joviaux interprétés avec fougue. En 2017, Le Belge revient avec Napalm, EP dans la même veine que le précédent mais dont le titre reflète une volonté d’accélérer. Comme il le résume alors pour le média culturel local Quatremille, le rappeur a « lâché la bombe de napalm depuis le ciel pour tout niquer ».
Puis tout devient calme. Plus aucun disque publié, hormis des singles balancés ci et là au gré des années. Le napalm, plutôt que de dynamiser la carrière du MC, semble lui avoir brûlé les ailes. Neuf ans plus tard, ce 17 avril, la disette prend fin. Le Dé Markson – désormais simplement appelé Le Dé – revient aux affaires en présentant son EP VLM. Cinq morceaux durant lesquels les fast-flows et acrobaties lyricales s’effacent au profit d’une prose méticuleuse et aérienne.
Lucide sur son parcours, Le Dé traîne son blues, s’amusant par exemple de sa « fan base colossale » qui ne l’empêche pas de finir « à l’usine ». Mais pas question de se résoudre à une quelconque fatalité. Après tout, « la vie ça dure longtemps, ça se jouera aux pénos », nuance-t-il dans « Nouveau Job ». Adepte notoire de la métaphore footballistique, Le Dé se compare à Roberto Baggio, footballeur de génie pourtant peu habitué à la gagne, ou à l’AS Roma, valeureux outsider de Serie A, afin de s’ériger en virtuose au destin contrasté.
Partisan du beau jeu, l’artiste pose sur des productions variées (qu’il cocompose aux côtés d’Immanuel Seyi, Chidi Sax, Numa Markson ou Les Magnifiques). Si le MC est moins friand de dribbles que par le passé, il se révèle ainsi capable de jouer à plusieurs postes : on le retrouve à rapper délicatement sur des rythmiques nerveuses aux influences afro-caraïbéennes comme sur de la trap, ou à pousser la chansonnette… Avec une influence jazz toujours perceptible. Éclectique, Le Dé prouve qu’il reste un digne représentant de la East Coast du plat pays, quoiqu’en dise le poids silencieux des années.