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Le 26 octobre 2022, le rap français découvre un jeune rappeur aux rimes aguerris, dans un style presque anachronique pour la période : en dévoilant le morceau « LA COURSE », NeS est directement entré dans la case des rimeurs techniques à suivre, à la faveur d’un titre de seulement 1 minute 32. Immédiatement, l’engouement s’est alors répandu, au point de le voir remplir successivement la Boule Noire puis la Cigale à Paris en quelques minutes. Logiquement, l’ère du streaming, des buzz éphémères, et des trends, aurait pu pousser NeS à très vite enchaîner pour rapidement livrer ce qui constitue aujourd’hui le marqueur clé d’un début de carrière actuel : un premier vrai album.
Lorsque l’Abcdr du Son rencontre NeS pour la première fois en 2023, le jeune artiste du 94 va pourtant balayer cette idée : « En vrai, je pense que je suis tellement attaché au format album que si j’en fais un, je veux que ça soit quelque chose. Je suis quelqu’un qui fait les choses étapes par étapes, je n’ai pas envie d’aller trop vite. Donc je pense que je vais rester un peu dans les formats courts, histoire de développer encore la vision de ce que je veux faire, avoir plus de gens qui me suivent. Et à un moment, il y aura un long format ». Ces trois dernières années, le rappeur a en effet décidé de faire quelque chose de rare dans le milieu : prendre son temps. D’abord en sortant deux autres EPs tout en enchaînant les dates de concerts. Et ensuite en se laissant une année et demie pour livrer – finalement – son premier vrai long format.
Le résultat est à la hauteur de ce qui avait été dit trois ans auparavant : pensé et réfléchi depuis plusieurs années, maturé musicalement avec son producteur de toujours Lil Chick, Des pieds et des mains vient raconter le début de parcours de NeS dans le monde de la musique, tout en évoquant aussi des sujets plus personnels (le désordre familial, les relations sentimentales). Une sortie de 13 titres qui réussit aussi à développer le son à la fois rap et organique, bâti avec Lil Chick et ses autres compositeurs depuis le début des années 2020. Si cette quête d’identité artistique a pris un peu de temps, elle permet pourtant à NeS d’être là où il veut être aujourd’hui : plus prêt de ses envies, et un peu plus loin des enjeux marketing. À l’image de l’expression qui traverse cette heure d’entretien : faire la « musique du cœur ». Et se laisser toujours guider par la passion. Comme une priorité, dans une ère parfois trop obnubilée par les chiffres.
Abcdr du Son : La première fois que l’on t’a rencontré en 2023, tu parlais déjà de ton premier album et de ce qu’il allait représenter pour toi. C’est quelque chose auquel tu pensais depuis longtemps ?
NeS : Oui c’est vrai qu’il y a une preuve écrite de ça au final. J’y pense depuis longtemps mais je ne me suis jamais mis la pression, je voulais que ce soit quelque chose de naturel pour moi. En termes de thématiques, j’avais des idées de ce dont je voulais parler depuis longtemps, donc au moment de me lancer ça a été assez facile de délivrer tout ça. Parce que j’avais pu tout faire maturer dans ma tête. Mais j’ai eu de la chance parce que j’ai trouvé le titre Des pieds et des mains assez tôt dans le processus. Je pensais depuis pas mal de temps à cette idée d’équilibre, de choses opposées qui se complètent.
A : Il y a trois ans, tu sacralisais beaucoup ton premier album. Tu as dû prendre du recul là-dessus avec le temps ?
N : Oui, il fallait que je m’enlève une forme de pression. En fait, le premier album, ça ne doit pas être un classique ou un flop. Ça doit juste être… moi. Représenter le son singulier que j’essaie d’avoir avec mon équipe, et aller dans le parti-pris à fond, en se laissant toutes les libertés possibles. Et ça passe par le fait de mettre mon égo de rappeur de côté, me laisser faire challenger par les compositeurs, et trouver un équilibre là-dedans…
« Les EPs m’ont permis de m’assumer un peu plus, et de moins me brider. J’ai l’impression de m’être un peu distancié de l’étiquette assez scolaire d’étudiant de la rime que j’avais. »
A : Et juste être fier du résultat à la fin ?
N : Être fier du truc et se dire que je commence à raconter mon histoire à partir de maintenant. Les EPs m’ont permis de m’assumer un peu plus, et de moins me brider. Aujourd’hui, j’ai l’impression de m’être un peu distancié de l’étiquette assez scolaire d’étudiant de la rime que j’avais au début. Je peux aller vers des morceaux sans forcément qu’ils aient des schémas de rimes compliqués. Sur cet album, j’ai par exemple quasiment tout écrit sur place en studio plutôt qu’à l’avance. Je pense que ça a cassé le côté scolaire qu’il pouvait y avoir avant dans ma musique, et ça m’a permis de me laisser porter par les ambiances des moments que je vivais, des endroits où j’étais. En fait, je n’avais pas envie de faire un album marketé, où tu dois avoir tel artiste en feat, ma gueule en grand sur la pochette, le nom du disque écrit en grand dessus… Ce n’était vraiment pas du tout l’idée, et je me suis vraiment écouté là-dessus.
A : Sur “Post-It” tu dis d’ailleurs : « Fais la musique du coeur, c’est Chick qui l’a dit » [Lil Chick, producteur et réalisateur de l’album, ndlr]
N : Oui, j’ai écrit ce texte au début de l’album. On avait eu une discussion là-dessus et Chick avait fini par me dire : « Ecoute toi, ne pense pas forcément aux autres. » J’ai toujours été sincère dans ce que je fais mais j’avais envie de moins me brider en évitant de rentrer dans des schémas de rap, de formulation, pour plutôt sortir les choses comme elles sortent. C’est ça la musique du cœur au final. Je me suis même demandé si je ne devais pas appeler mon premier album comme ça à un moment. Mais l’idée de musique du cœur, c’est plus une mentalité qu’on a eu durant tout le processus d’enregistrement du disque.
A : Est-ce que le challenge pour toi était d’arriver à un peu te détacher de la technique pour raconter des choses ?
N : Complètement, ça a été un vrai défi. Même dans l’interprétation, je trouve que j’ai plus trouvé ma voix, au sens littéral du terme. Ça s’entend beaucoup sur « Le bruit et le silence », j’avais l’air beaucoup plus timide sur la première maquette du morceau, on a beaucoup travaillé ça. L’interprétation devait se fondre musicalement dans le morceau, et j’ai dû donner beaucoup plus de moi dans les paroles. Comme tu le disais, j’ai essayé de simplifier un peu la forme pour que le fond remonte, que ça soit plus équilibré. Et vu que j’ai grandi et que j’ai vécu plus de choses, je pense que ça sonne naturel. Mais il y a encore des choses dont j’aimerais parler que je n’ai pas encore racontées sur cet album. Je le ferai plus tard.
A : Pourquoi est-ce que tu as eu envie d’autant parler de la famille et de l’amitié sur ce premier album ?
N : Je pense que c’est dans mes valeurs, c’est quelque chose de très important pour moi. Mon entourage, mes amis, c’est ce qui me porte depuis le début de ma toute petite carrière, ça me paraissait naturel de leur rendre hommage. Et pour ma famille, vu qu’on est dans un cercle assez restreint, on est forcément soudés. Et je l’utilise comme une force. Ça me fait plaisir quand ils voient mes clips, quand je leur fais lire les interviews, les magazines. Et puis ils ne m’ont jamais bridé, ils m’ont toujours fait confiance, c’est quelque chose d’incroyable. Ma mère a voulu que j’ai mon diplôme mais sinon elle m’a toujours soutenu. Et mes grands-parents aussi. Je me souviens de ma mère qui me dit : « Profite, vis ton rêve. » Ça peut paraître bateau mais ça donne énormément de force. Je connais plein de gens qui sont dans la musique et qui se sentent un peu exclus, parce que leurs proches leur disent que ce n’est pas un vrai métier.
© Fabio Rabarot pour l’Abcdr du Son
A : Sur tes précédents EPs, tu te racontais par touches dans ton écriture, sans jamais totalement tout dire. Sur cet album, tu vas beaucoup plus loin, que ça soit sur ta relation avec ta mère, tes histoires sentimentales, tes doutes… Tu t’es forcé à aller vers ça dans ton écriture ?
N : Ça s’est fait spontanément, et je pense que ça vient du fait que je m’assume beaucoup plus. Je me sens bien dans l’environnement dans lequel je suis et j’ai du temps pour faire de la musique, c’est un vrai privilège. J’ai pris beaucoup de distance avec les critiques, le public, je ne suis plus dans cette recherche d’approbation de la part des gens, j’ai dépassé ça. J’ai mon équipe, mon entourage, des gens sur qui je peux compter, j’ai l’essentiel, et je me sens libre de parler de choses que je n’avais pas évoquées jusque-là.
A : Tu te sentais de parler vraiment d’amour ? C’est un thème plus présent que sur tes EPs.
N : Je le faisais quand même avant mais c’est vrai que c’était plus bref. Vu que j’ai vécu des expériences amoureuses en parallèle de la musique, ça m’a nourri. Mais il faut toujours trouver le bon prisme pour parler de ça, parce que le thème de l’amour, ça peut vite être chiant. Il faut que chaque mot soit en accord avec qui tu es quand tu parles de ce sujet. Sur « Boomerang », ça a été un vrai challenge de trouver les bonnes phrases, les bonnes formulations. On a beaucoup bossé là-dessus avec Chick.
A : La pochette de ton album a l’air d’être quelque chose d’important pour toi. Elle est présente un peu partout, dans ton teaser d’annonce, tes photos promos, tu l’as même encadrée…
N : C’est important parce que c’est ce qui fait résonner le titre de l’album, et c’est un peu le « drapeau » du projet. En tout cas, je le vois comme ça. Elle a été faite par un artiste américain, Nick Dallen, que j’ai contacté. Je voulais que la pochette n’ait pas forcément de rappels visuels liés au rap, que tu ne saches pas quel genre musical je fais en la voyant. J’avais fait quelque chose d’assez hip-hop avec celle de POUR 2 VRAI avant, avec ma tête en noir et blanc, et je sentais que c’était un peu la fin d’un cycle pour moi. J’ai été très inspiré par la scène new-yorkaise actuelle, notamment MIKE, qui fait des pochettes qui ressemblent à des œuvres d’art. The Alchemist aussi, toutes ses pochettes, c’est quelque chose. C’était vraiment les inspirations que j’avais, et je suis content parce que je trouve que la pochette et le titre de cet album vont parfaitement ensemble. Quand tu penses au nom tu as l’image en tête. C’est ça pour moi une bonne pochette.
A : Tu parlais de POUR 2 VRAI. Lorsqu’on t’avait vu pour cet EP, tu nous avais dit que tu commençais à trouver ton son, à la fois rap et organique, avec des vrais instruments. C’est encore plus le cas sur ton premier album. Tu voulais aller encore plus loin dans ces sonorités ?
N : Exactement, on voulait que ça soit organique et moderne à la fois avec Chick, pour ne pas non plus tomber dans quelque chose de trop intello non plus. Parce que je n’écoute pas que… enfin, je veux dire, j’aime autant le côté exigeant et rap de la musique de Kendrick que celui plus pop de Drake. Donc l’album a plusieurs couleurs, mais il a quand même une ADN propre, étant donné que Lil Chick est à la réalisation. Et une fois qu’on avait tout fini, on a fait des arrangements sur tout le disque : on s’est dit « peut être qu’un bassiste peut venir enregistrer pour tel ou tel morceau », pareil pour un batteur… On ne s’est pas dit qu’on voulait que tout l’album soit avec un groupe, on l’a juste utilisé à bon escient et on a dosé. Je pense que c’est pour ça que ça sonne à la fois moderne et organique.
© Fabio Rabarot pour l’Abcdr du Son
« Même si on fait de la musique et que c’est professionnel, on essaie de se prendre le moins possible au sérieux. Sinon ça casse l’essence même de pourquoi on fait ça. »
A : Tu parles beaucoup de voyages sur Des pieds et des mains, que ce soit Zurich, Toronto, l’Italie… Ça t’a apporté quelque chose musicalement ?
N : Je pense que c’est ce qui a créé un peu d’intensité et de relief dans le projet. C’est comme si tu me suivais un peu dans tous ces endroits où on est allés. Voyager, c’est ce que je préfère, et on a eu la chance de pouvoir partir à plusieurs pour ce disque. Ça crée des souvenirs et tu te retrouves aussi à faire un morceau que tu n’aurais pas pu faire dans un contexte en studio chez toi. Parce qu’il y a la magie de faire tel morceau à tel moment, à tel endroit. Le son avec Muddy Monk, on l’a par exemple fait à Zurich et ça retranscrit parfaitement la vibe du moment en Suisse. Et quand il est venu lui à Paris on a enregistré « Hautes Herbes » qui a une couleur totalement différente. Si tu prends du plaisir et tu arrives à attraper des moments de vie dans différents endroits, les gens vont le ressentir je pense.
A : C’est pour ça que tu as voulu avoir l’interlude « Hurluberlu Sessions » ?
N : Oui, c’est vraiment le meilleur exemple. Il n’y a qu’un seul feat sur l’album [le chanteur Muddy Monk, ndlr] mais tous mes gars ont été là pendant toutes les sessions d’enregistrement de l’album. Donc je voulais un morceau où on les entend tous, qu’on comprenne l’ambiance de nos moments ensemble, rendre la chose un peu plus humaine. Parce que même si on fait de la musique et que c’est professionnel, on essaie de se prendre le moins possible au sérieux quand on en fait. Sinon ça casse ce truc de naïveté, d’essence même, de pourquoi on fait ça. D’ailleurs, si tu vas voir dans les crédits du morceau, il y a tous les noms de mes potes qu’on entend parler sur le titre. Je trouvais ça marrant de faire ça.
A : Est-ce que tu as eu des moments de doute pendant l’enregistrement de l’album ? Sur « DMX », tu dis notamment que tu es perdu, que tu as envie d’arrêter le rap tous les trois mois.
N : C’était à l’été 2025, juste après être rentré de sessions d’enregistrement à Montréal. Pendant un mois j’ai fait Montréal – New York avec mes amis, je vivais mon rêve, c’était exactement ce que j’avais prévu. Et quand je rentre l’album n’est pas fini. Il faut encore travailler, enregistrer des morceaux. J’étais dans une période de down à ce moment-là. Le fait d’aller à Zurich et de voir Muddy Monk ça m’a re-boosté. Mais j’ai eu des gros moments de questionnement oui : parfois je me disais « C’est absurde, pourquoi tu rappes au final ? ». Je me disais parfois que ça n’avait pas d’importance. Il y a tellement des trucs de oufs qui se passent dans le monde, que quand tu conscientises trop, ça peut paraître parfois assez étrange de faire ça.
A : Sur le dernier morceau de l’album, on entend quelqu’un parler au début du titre. Tu peux nous dire qui c’est ?
N : C’est mon grand-père que j’ai enregistré en 2023 en Italie. On avait beaucoup discuté et je lui avais posé une question à propos de la passion, et il m’avait répondu que c’était important d’en avoir une dans la vie. D’être animé par quelque chose, quelle que soit la forme. Il est de plus en plus malade et il me disait qu’il avait bien vécu qu’il fallait profiter jusqu’au bout, en gros. C’était vraiment un message positif dans l’ensemble et quand je l’ai enregistré je me suis dit : « Il faut que ça soit sur l’album. » J’avais déjà noté des idées pour l’album en 2023 autour de la passion, la place que ça a, et comme le morceau parle de l’année où je voulais tout arrêter, je trouvais ça cool d’apporter ce contraste avec ce vocal au début. Vu que je parle de mes grands parents dans l’intro, ça bouclait aussi la boucle.
A : Il y a aussi une voix qui parle dans « Tout entendre », non ?
N : Oui, c’est ma mère. On avait eu une discussion à table en été, et j’étais retombé dessus quand j’avais fait « Mèrefils ». Je trouvais ça pertinent que ce morceau soit amené par sa voix juste avant. Mais j’aime bien enregistrer un peu ce qu’il se passe autour de moi. Ça me fait des bonnes tranches de vie, ou des archives.
© Fabio Rabarot pour l’Abcdr du Son
A : Je reviens sur l’outro de l’album, « 2019 ». Tu as vraiment voulu arrêter le rap en 2019 ?
N : C’était à la période où je faisais de la musique tout seul, j’étais nul, je n’avais pas d’équipe, pas de gens sur qui me reposer, et pas de reconnaissance. Je voulais vraiment arrêter et j’ai croisé Deemax sur mon chemin. On s’était perdus de vue, et on s’est retrouvés en se rendant compte qu’on habitait à côté l’un de l’autre. J’ai vraiment découvert ce que c’était de faire de la musique avec des gens, partager des idées, ça m’a vraiment permis de faire mes armes. C’est vraiment le destin qui a forcé les choses.
A : C’était important pour toi de parler de ce moment-là en conclusion de ton premier album ?
N : Oui, parce que l’intro est ambitieuse et épique en parlant des gens qui m’ont aidé. Et je voulais évoquer la contrepartie avec les moments où on se questionne beaucoup dans l’outro. Mais je ne voulais pas que ça sonne triste ou mélancolique, malgré ce que je dis dedans. Je voulais qu’elle soit un peu ensoleillée, et donne de l’espoir, d’où aussi mon grand père que l’on entend au début. C’était un peu un moyen de me dire : « Tu étais là en 2019, maintenant tu fais ton premier album ». Avec du recul, je trouve que ça boucle quelque chose.
« J’ai commencé à expérimenter des choses encore plus poussées sur cet album. C’est le début d’un nouveau cycle autant humainement que musicalement. »
A : En début d’interview, tu disais qu’avec ce premier album tu commençais à raconter ton histoire. Tu as l’impression d’ouvrir un nouveau chapitre avec ce disque ?
N : Totalement. J’ai terminé un cycle avec POUR 2 VRAI, et j’ai commencé à expérimenter des choses encore plus poussées sur l’album. C’est le début d’un nouveau cycle autant humainement que musicalement. Parce que ça devient vraiment mon métier, j’ai d’autres responsabilités, des concerts, plein de choses qui viennent avec. Mais je fais tout ça vraiment naturellement. Ce sont juste des photos de périodes de ma vie. J’ai l’impression qu’on a trouvé notre formule, notre patte et notre moyen de créer.
L’an dernier, NeS racontait longuement à l’Abcdr du Son au début de l’été son début de parcours. Tout au long de la discussion, le sens du collectif revenait alors particulièrement : si le jeune rappeur a commencé la musique seul dans son coin, la rencontre avec plusieurs autres artistes (Yvnnis, Deemax, Lyre) et producteurs (brianinthemind, Poivre Blanc, Planaway, Arthur Jenni, RestonsFlex…) a en effet compté dans la définition et l’évolution de son identité artistique.
Parmi cette bande – qui échange et collabore en studio ou au quotidien sur Instagram et Discord – se trouve un producteur particulièrement important : Lil Chick. Nouveau visage de la production rap française, il n’a fallu que deux années à ce jeune compositeur pour se faire une place dans les noms qui comptent dans le paysage des beatmakers hexagonaux. Une ascension express réalisée à la faveur de collaborations au long cours avec NeS mais aussi Yvnnis, ainsi que des placements aux États Unis sur des morceaux avec Westside Gunn ou Talib Kweli, en compagnie de personne d’autre que Madlib (Lil Chick explique cette collaboration plus loin dans cet entretien).
Deux artistes aux trajectoires rapides et forcément liées qui ont pris le temps de raconter le temps d’une heure leur histoire commune, leur vision de la musique, mais aussi leur sens du collectif. Parce que cette histoire, qui continue aujourd’hui avec la sortie de la mixtape POUR 2 VRAI de NeS, ne s’est jamais vraiment écrite seule. C’est sans doute même toute la force de cette bande.
Abcdr du Son : L’année dernière, NeS nous avait dit que vous vous étiez rencontrés sur les réseaux sociaux suite au clip du morceau « Wilson ». C’est comme ça que vous êtes rentrés en contact ?
Lil Chick : J’avais vu un extrait du morceau sur une story Instagram, et je l’ai contacté direct. On bossait avec Yvnnis sur notre premier projet PARHELIA et on cherchait un feat. Je suis tombé sur un de ses morceaux et je me suis dit : « C’est le mec parfait. » Il n’était pas connu, nous non plus, on avait le même nombre d’auditeurs par mois, je l’ai contacté et on a fait le morceau.
NeS : Morceau qu’on a d’ailleurs fait le soir-même.
Lil Chick : Oui exact. J’ai envoyé la prod’ à NeS, il a posé son texte de son côté, Yvnnis et lui se sont ensuite rendus compte qu’ils étaient tous les deux du 94, donc ils ont appelé le morceau « 94 Connexion », et Yvnnis l’a mixé.
A : La rencontre avec Yvnnis et Chick t’as permis de sentir que tu étais moins seul à faire ta musique dans ton coin, NeS ?
N : Oui parce qu’avant ça je n’avais pas vraiment d’équipe. Même les prods, je faisais quasiment tout. Et j’ai vu Yvnnis arriver, qui était ultra fort, avec les mêmes références que moi. Ça s’est vraiment structuré très rapidement, de manière hyper fluide, naturelle.
A : Tu nous avait dit l’an dernier que vous aviez ouvert un groupe Instagram.
LC : C’est ça, qui est toujours d’actualité.
N : Oui on l’a depuis deux ans et demi, avec le noyau dur de notre équipe. J’ai ramené le producteur Brianinthemind, on s’était rencontrés via Instagram. Le producteur Poivre Blanc est arrivé via Deemax, parce que c’est son meilleur ami. Et on a aussi un groupe Discord aujourd’hui. Pour Arthur Jenny [producteur, ndlr] je crois que c’est toi qui l’a ramené Chick.
LC : Dis toi que même pas. J’étais connecté à NeS et Yvnnis, et ils avaient créé ce groupe avec des petits compositeurs qui voulaient faire des trucs ensemble. Et un jour Yvnnis a proposé de me rajouter, et presque tout le monde était déjà là. Il y avait les producteurs que tu as cités, Arthur, Lyre… Tout s’est fait en quelques semaines.
« On n’est pas vraiment un collectif en soi, mais plus un groupe de potes. Les gens savent qu’on est tout le temps ensemble »
NeS et Lil Chick
A : Vous n’avez pas donné de nom à ce collectif. Pourquoi ?
LC : Ce n’est pas vraiment un collectif en soi, c’est plus un groupe de potes.
N : Je pense qu’en ne mettant pas de nom, on a voulu s’enlever une pression.
LC : C’est ça, exactement. On n’officialise pas une espèce de collectif avec une image de marque, on est vraiment en mode groupe de potes. Mais les gens savent qu’on est tout le temps ensemble, qu’on est affiliés.
N : Quand je ne suis pas sur le projet de Yvnnis, je pense que les gens savent que j’ai déjà écouté son projet, et inversement.
A : Chick, tu as commencé par te faire connaître en tant que producteur en faisant des type beats. Comment ça s’est fait ?
LC : Je viens d’une petite ville près de Reims, et j’ai commencé à faire de la musique à 15 ans sur mon téléphone sur Garageband. J’avais un pote qui rappait et j’ai d’abord fait des prods pour lui. Au lycée, je me suis concentré à fond là-dessus, et j’ai commencé à poster des types beats sur YouTube en janvier 2022. Je suis ensuite allé à la fac à Strasbourg et je me suis mis à faire une prod’ par jour. Ça m’a permis de quitter la fac et de vivre ma passion.
A : Tu faisais quel genre de type beats exactement ?
LC : Au tout début Laylow, Hamza, Josman. Puis La Fève et toute la nouvelle génération sont arrivés et personne ne faisait des type beats de leur musique. Je me suis mis à en faire en 2022 et j’étais un peu le premier à proposer ça autour du son de La Fève, Khali, Rounhaa. J’ai pris ce créneau et ça a vraiment explosé. Je mets aujourd’hui mes prods en écoute sur YouTube et en vente sur Beatstars, et les gens peuvent se servir et les acheter à bas prix. Ça me permet de m’entrainer et de pratiquer à fond. Et j’aime bien aussi l’idée de pouvoir « donner à manger » à des plus petits rappeurs, pour pas trop cher.
A : Les type beats, ça a été un bon entraînement pour toi ?
LC : Oui bien sûr. Et je le remarque encore aujourd’hui quand je fais des sessions avec des rappeurs. Quand ils cherchent un style, je suis beaucoup plus efficace et rapide pour savoir quel type de sonorité ou de morceaux ils veulent.
A : Et donc Yvnnis a été la première personne avec qui tu as vraiment travaillé ?
LC : Oui, c’est le premier artiste avec qui ça a vraiment matché. Il avait posé sur une de mes prods via les type beats et j’avais trop kiffé. Donc on s’est contactés et on s’est dit « Viens on bosse un truc ensemble. » Ça a donné PARHELIA début 2022, et c’est comme ça que tout a commencé.
A : Tu as ensuite produit les 3/4 de l’EP LA COURSE de NeS. Comment est-ce que vous vous êtes retrouvés à autant travailler ensemble ?
N : Ça s’est fait assez naturellement, il y a eu un alignement de trucs. Toi tu avais envie…
LC : Oui, on avait les mêmes idées, les mêmes références. Et comme j’étais aussi l’un des premiers de notre groupe à pouvoir vivre de ma passion et être à 100% dispo, j’étais apte à l’accompagner au maximum sur le projet.
N : Ça s’est fait très naturellement, on ne s’est pas dit « On fait un projet où tu vas avoir 8 prods sur 9. » C’était plus qu’on bossait ensemble et ça s’est fait comme ça.
A : NeS, c’est différent pour toi de bosser avec Chick, vu que vous vous connaissez bien ?
N : Totalement, parce qu’on a des automatismes que je n’ai pas forcément avec d’autres producteurs. On en parlait il y a pas longtemps, je lui donne un peu ma voix comme si c’était un instrument parmi ses autres pistes. Je lui fais confiance, je lui donne juste peut-être un BPM, une intention, et il va tout assembler. C’est un peu comme si c’était l’architecte de ce que je fais, je lui donne le squelette et il construit tout autour.
A : Sur vos morceaux ensemble, Chick n’est souvent pas seul. On retrouve les autres producteurs de la bande comme Brianinthemind, Planaway, Poivre Blanc, ou Arthur Jenni. Qu’est-ce qu’ils apportent chacun selon vous ?
N : Arthur pour moi c’est la théorie musicale. Il est très fort au clavier et aux synthétiseurs.
LC : Oui c’est quelqu’un qui ne vient pas du rap à la base, il est plus issu de la pop. Il est Suisse, et ce qu’il fait s’approche un peu du son de quelqu’un comme Muddy Monk, il y a vraiment quelque chose dans ses compos qui est très fort.
N : Poivre Blanc, c’est différent. Il vient de l’électro/dubstep, et son son est reconnaissable aussi. Dans les samples qu’il trouve, ses choix de drums, il est très atypique.
LC : Et il a aussi une originalité dans les mixes.
N : Brianinthemind est vraiment hyper fort dans l’exercice du boombap. Quand il faut un sample un peu old school, il est vraiment bon.
LC : Ses snares, comment elle sont choisies, comment elles tapent, il a un groove spécial. Et pour Planaway, c’est un mec qui arrive à s’adapter à tous les styles.
N : Oui il fait vraiment tout. C’est pour ça que sur le projet il est à la fois sur les morceaux avec Mairo et Prince Waly, qui sont des artistes assez différents. Il fait une prod’ spécifiquement pour l’un et de l’autre côté il va faire une espèce de semi boom bap avec Waly.
LC : Et à côté de ça, il va sortir en solo un projet beaucoup plus électronique, presque ambient. Il est vraiment polyvalent.
A : Chick, l’an dernier NeS nous disait que tu étais le producteur qui le challengeait le plus.
N : Oui, de fou.
LC : Je suis très pointilleux sur plein de détails, notamment le texte. Si NeS écrit par exemple un texte et qu’il y a une phrase que je trouve moins bien formulée, je vais lui dire. J’essaie d’être le plus transparent et honnête, tout en étant respectueux.
N : C’est un des rares gars à faire ça, il se soucie aussi du texte. Souvent quand tu fais écouter ta musique à des producteurs, ils n’écoutent pas ce que tu dis, mais plutôt les flows. Après, c’est vrai que si tu ne connais pas le gars…
LC : Oui il y a aussi ça, je peux me le permettre parce qu’on est amis maintenant. Je sais qu’il ne va pas le prendre mal et parce que c’est pour le bien de sa musique. Et c’est pareil avec Yvnnis.
« Quand je bosse avec quelqu’un, je préfère connaître la personne pour m’adapter au mieux à sa musique. Je privilégie vraiment l’aspect humain »
Lil Chick
A : D’ailleurs, tu as l’air de préférer les collaborations au long cours. On te voit assez peu faire des placements ponctuels.
LC : Je privilégie vraiment l’aspect humain. Quand je bosse avec quelqu’un, je préfère vraiment connaître la personne pour ensuite m’adapter au mieux à sa musique. Ça m’arrive aussi de faire des sessions avec des gens que je connais moins, mais j’avoue que je fais un peu moins de promo là-dessus, parce que la musique dont je suis le plus fier, c’est celle où j’ai passé vraiment du temps avec l’artiste. C’est intéressant de développer quelque chose, avoir une évolution à deux. C’est ce que je préfère faire je pense.
N : C’est pareil pour moi d’ailleurs, je reste beaucoup avec les producteurs proches de moi. On est forcément plus à l’aise avec les gens qu’on connaît mieux, c’est humain. Et je trouve que ça me ressemble vraiment quand je fais de la musique avec eux parce qu’il n’y a pas de distance qui pourrait un peu… je ne sais pas comment dire, mais moins élever le projet.
A : NeS, tu arriverais à décrire le son de Chick ?
N : Il a un grain très spécial je trouve, dans les samples ou ses compositions. Et ça tape pile où il faut, comme il faut. Ses choix de percussions, les patterns qu’il utilise… Sur « CHEVALIER CITADIN », il utilise des patterns que je trouve hyper différents de ce que tu pourrais entendre.
A : En écoutant ta musique Chick, j’ai l’impression que tu essayes de faire du moderne avec de l’ancien. Il y a souvent des samples ou des pianos, et tu vas mettre derrière une drum très actuelle. C’est cet équilibre-là que tu cherches ?
LC : Oui complètement. Je me bute vraiment à d’autres musiques que le rap, que ce soit la folk, la pop, le rock, la musique « organique » c’est ce qui me parle le plus. Donc j’essaie de ramener ça dans mes prods, tout en restant rap, avec des drums modernes. J’aime bien sampler des choses qui ne sont pas samplées d’habitude, et qui ne sonnent pas rap, comme du rock progressif, pour apporter quelque chose d’un peu nouveau. C’est vraiment ce que je préfère : ramener des sonorités vintages mais avec un côté plus moderne.
N : Il y a les accords que tu choisis aussi.
LC : Oui, depuis un an j’essaie vraiment de trouver des accords qui sonnent différent de ce que l’on entend d’habitude, avec les accords « magiques » du rap.
A : On parlait du sample. C’est important pour vous dans votre musique ?
LC : Je pense que si le sample n’existait pas, je n’aurais jamais fait de prod’. C’est la nature même du rap. Ça permet de découvrir tellement de nouveaux aspects de ta musique, de faire des combinaisons que tu n’aurais jamais eu l’idée de faire… Je pense que je continuerai toute ma vie à sampler.
N : Je suis comme Chick, tout part du sample. J’ai été élevé à ça, autant hip hop que French Touch. Mon père écoutait beaucoup de trucs qu’on peut sampler, la French Touch, la pop, le rock, la new wave anglaise, donc ça me parle de base. Et quand j’ai commencé à faire des prods, j’ai toujours samplé aussi. Il y a beaucoup de samples dans les morceaux qu’on fait ensemble, parce que c’est ce vers quoi on va, sans vraiment s’en rendre compte.
A : Quand tu samples Chick, tu gardes souvent le sample de base par contre. Tu ne le tords pas trop.
LC : Oui j’essaie de ne pas trop le faire parce que si je sample, c’est qu’il y a une essence ou un mood que j’aime bien, et que j’ai envie de garder. « CHEVALIER CITADIN » est un bon exemple. C’est un sample de Adam Feeney [producteur anciennement connu sous le nom de Frank Dukes pour Frank Ocean, Rosalía, Camila Cabello, ndlr] et normalement, sur ce genre d’échantillon, on en garde 10 secondes. Le sample entier durait une minute, avec un changement au bout de 30 secondes et je l’ai gardé entièrement, en mettant au début du morceau les 30 premières secondes en boucle. Je voulais vraiment apporter un truc progressif dans le morceau qui allait vraiment avec le sample. C’est comme ça que j’ai réfléchi à ce morceau.
A : D’ailleurs, un peu à la surprise générale, tu t’es retrouvé à co-signer deux productions avec Madlib pour Westside Gunn et Talib Kweli via ton travail de samples en 2022 et 2023. Comment est-ce que ça s’est fait ?
LC : [Sourire]. Je composais des loops il y a trois ou quatre ans quand j’étais encore en terminale, et je les sortais sous forme de packs. Mais on appelait ça des samples, parce que c’est le but final pour les producteurs qui les prennent. Un jour, un collectif qui s’appelle The Rucker Collective me contacte. C’est une des plus grosses banques de samples aux États Unis, et ils m’ont dit : « Envoie nous ton dernier pack, si ça nous plait, on te recontacte. » Je leur envoie, ils le téléchargent, et cinq minutes après ils m’envoient un message. « On a un contrat à te proposer. » Donc j’ai signé avec eux pour deux ans, et je sortais tous mes packs de samples avec eux. Et aux Etats Unis, ils sont en contact avec toute l’industrie. Ce qui veut dire que quand tu sors un pack, tu peux être sûr qu’il va se retrouver dans les ordinateurs de Timbaland ou Madlib. Au bout d’un an et demi, je me réveille un matin et le boss de Rucker me contacte et me dit : « L’album de Westside Gunn est sorti aujourd’hui, tu as une prod’ dessus. » Et il me rajoute : « C’est une coprod avec Madlib. » Et un an plus tard, ça a été la même, on me dit que je suis aussi sur le nouvel album de Talib Kweli avec Madlib. Mais ce qui est encore plus fou sur celui-là, c’est qu’il y a Roy Ayers, légende du jazz, qui a joué du vibraphone sur le morceau. Donc c’est vraiment le flex ultime. Quand j’ai dit ça à mon père, il était choqué. J’ai récupéré le vinyle il n’y a pas longtemps il y a bien marqué « Roy Ayers, Madlib, Lil Chick. » Enfin bref, incroyable.
A : Pour finir, je voulais parler de POUR 2 VRAI. NeS, comment est-ce que tu as abordé cet EP après ÇA VA ALLER ? Dans « N°5 – interlude » lorsqu’on t’entend discuter, on a l’impression que vous avez pas mal réfléchi.
N : Oui, je me suis laissé le temps, et surtout je n’ai pas fait de compromis, ni de concession pour personne. Quand je suis sorti de LA COURSE, je me suis dit qu’il fallait que je plaise aux gens. Là je me suis dit que je m’en battais les couilles. [sourire] Donc j’ai commencé à faire des sons tout en essayant d’avoir une cohérence globale, et en me faisant kiffer surtout. Je l’ai abordé différemment dans le sens où je me suis écouté au maximum, tout en m’assumant aussi au maximum. Pas parce que je ne le faisais pas avant, mais j’ai essayé d’encore plus pousser ça.
A : Qu’est-ce que tu avais envie de faire sur cet EP par rapport à ÇA VA ALLER ?
N : Faire des choses plus étonnantes. Là où ÇA VA ALLER était très électronique – et je suis très content de l’avoir fait parce que c’est aussi une des musiques qui me parle au maximum – je pense qu’on a voulu trouver un son plus organique, en gardant aussi le sample.
LC : Peut-être aussi que tu avais envie de te détacher de la connotation « nouvelle génération » qui est très électronique, aller vers quelque chose qui nous correspond plus à la base.
N : Surtout qu’on a des références en commun qui ne sont pas rap du tout. Et je me raconte beaucoup plus. Je parle de mes origines, de ce que je ressens encore plus. Et les feats m’ont aussi boosté. Parce que quand tu fais du son avec Mairo, Prince Waly et Bu$hi, si tu n’es pas au niveau, tu es une merde. [sourire] Sur les trois, je les ai abordés en mode « J’écris le meilleur texte que je puisse écrire. » Je suis vraiment content de ce projet en tout cas, il me ressemble au maximum, que ce soit dans les sonorités, les feats, l’aspect visuel avec la pochette. C’est mon premier vinyle, et je donne ma tête aux gens, littéralement. Je trouve que je passe un cap par rapport aux autres projets.
« La vision artistique que j’ai se précise de plus en plus. Dans les sonorités, dans ce que je vais raconter, les nouveaux flows, je vais encore plus m’assumer »
NeS
A : Il n’y a pas de chant sur cet EP, ou presque pas alors que ça avait été plutôt bien accueilli sur ton précédent sur « LES SAPES QUE JE VEUX ». Pourquoi ?
N : Je pense que j’avais envie de rapper de malade. Il y aura sûrement du chant à nouveau par la suite, mais ce n’était pas ce que j’avais envie sur cet EP. Rapper, c’est ce que je sais faire de mieux, et quand je le fais, je peux me concentrer plus sur l’écriture aussi. Donc j’ai essayé de trouver des nouveaux flows, de nouvelles intonations, plutôt que de chanter. Et je trouve que ça me correspond bien.
A : Sur le dernier morceau « DAVVERO », tu te confies beaucoup plus qu’avant, en parlant de ta mère, ton père. Ça a été compliqué à faire ?
N : Un peu, oui, ce n’est pas évident. Comme je te l’ai dit je ne me suis pas dit « Est-ce qu’il faut que je le fasse ? » Je l’ai fait direct. Mais je me suis plus demandé : « Est-ce que les gens vont capter ? Est-ce que je ne suis pas trop vulnérable ? » Et après je me suis dit « Je m’en bats les couilles. » [rires]
A : Chick en parlait un peu tout à l’heure, tu voulais te détacher aussi un peu de l’image de rappeur nouvelle génération qui pose sur de l’électro ?
N : Oui, c’est ça. Mais quand je l’ai fait, je ne me suis pas dit : « Je vais faire ça parce que c’est ce qui marche. » C’est juste que je kiffe l’électro. Mais avant ça sur LA COURSE, il n’y en avait quasiment pas, tu vois.
LC : De toute façon, je n’allais pas lui proposer des prods dans ce style-là. [rires]
N : Je ne me dis pas qu’il faut que je me détache, mais je pense que ça se fait comme ça.
LC : Oui, c’est naturel.
N : Et on fait des choix que d’autres ne font pas. Même dans les clips, je fais des choses plutôt sobres, sans effets spéciaux, alors qu’avant, il y avait des trucs plus conceptuels.
A : Est-ce que POUR 2 VRAI, c’est aujourd’hui le son NeS ? Ou tu peux aller vers autre chose par la suite ?
LC : Pour moi, c’est le projet qui te ressemble le plus dans ta musicalité et dans ce que tu veux faire. J’ai l’impression que tout ce qu’on a sorti-là, c’est ce qui te ressemble le plus.
N : C’est le bilan de quelque chose, et le début d’autre chose.
LC : Mais ça ne veut pas dire que sur la suite, il n’y aura pas de morceaux autres que le style de POUR 2 VRAI. Mais je pense qu’on va se diriger vers cette sonorité-là dans tous les cas. Ou de certains morceaux comme « VIVEMENT ». C’est sur qu’on va partir vers quelque chose dans ce délire-là, dans les structures, dans la musicalité…
N : Les choix d’instruments…
LC : Le grain, la texture, tout ça.
N : Oui, exactement.
A : Pour finir, qu’est-ce que vous avez envie de faire les deux maintenant musicalement ? Vous avez de nouvelles envies ?
LC : Continuer sur cette lancée, avec un son plus organique.
N : Plus organique, qui nous ressemble toujours. On va développer ça, j’ai l’impression. Là où sur LA COURSE on avait plusieurs pistes, notre vision se resserre encore maintenant.
LC : C’est exactement ça. On a fait plusieurs compositions, on a vu ce qui nous plaisait le plus, ce qui a aussi plû aux gens un peu, et je pense qu’on a trouvé un son qui nous ressemble vraiment.
A : Tu as l’impression d’être plus en phase avec la musique que tu fais aujourd’hui, NeS ?
N : Complètement. La vision artistique que j’ai se précise de plus en plus. Dans les sonorités, dans ce que je vais raconter, les nouveaux flows, je vais encore plus m’assumer. Je vais tenter de nouvelles choses, mais je pense que pour moi comme pour Chick, ce qu’on a envie de faire devient de plus en plus clair. Donc ça va le faire.