Tiakola, 93 dans le sang

Depuis Melo (2022), les nombreux actes fédérateurs de Tiakola, avec le climax de la mixtape BDLM Vol. 1, illustrent une euphorie que même la parenthèse plus sombre de l’EP surprise X n’a pas entamée. L’an dernier, l’EP commun avec Genezio puis surtout le M3LO World Tour à travers l’Europe, l’Afrique, et l’Amérique du Nord, ont définitivement confirmé son statut et son lien avec un public grandissant. Quatre années ont passé depuis son premier album solo, et Tiakola revient avec le clip de « Savage », réalisé par Bishop Nast.

Capuché, il marche à travers sa cité pendant que des enfants terminent un caprisun, jouent à des comptines à mains ou au vélo. Des pigeons prennent leur envol. « En roue libre, plus de love it », le refrain commence, réécrivant une topline du r&b suave et synthétique de J. Holiday sur « Bed ». Quelques notes éthérées, des accords de guitares solaires, et l’euphorie s’installe déjà. Les symboles banlieusards s’enchaînent (foot, motocross, Staffordshire, épicerie, BAC et barre d’immeubles) pour s’affiner progressivement : un tee-shirt 93 Mentalité, une plaque d’immatriculation 4K-EUS-93 (référence au 4Keus, dont une topline du classique « O’KCLH » sera aussi reprise plus loin), des dominos formant un 9 et un 3, et un grand drapeau tricolore remanié, le blanc central devenant une grande étoile. Revanche sur la polémique raciste essuyée après le clip de « Ronnie Kray », déjà réalisé par Bishop Nast.

En parallèle, des acolytes du rappeur manigancent dans un garage, et débutent un atelier bricolage lunettes de protection sur le nez. Le chien aboie, le cross se lève. Représentant  « les tranchées », Tiakola réaffirme ses fondamentaux pendant que l’ambiance du clip se durcit et que le dos du tee-shirt 93 dévoile le crédo qu’Alpha 5.20 fît résonner dans tout le département  : « L’argent c’est rien, le respect c’est tout ». Passés quelques états d’âmes et souvenirs mélancoliques, le rappeur annonce revenir  « deux fois, trois fois, quatre fois plus savage », les appuis « plus solides », avant d’avertir avec des choeurs : « Ils ont réveillé la bête (oh, oh), pensant qu’le mood était bad (oh, oh) ». Pendant ce temps, les acolytes du garage finissent leur bricolage. Le résultat, qui sera exhibé par un enfant devant la mairie de la Courneuve, est une réappropriation du panneau d’entrée de ville avec un « K » graffé en rouge remplaçant le C. L’horizon de la musique de Tiakola, à l’image de son public, s’élargit constamment. Pourtant, malgré des collaborations avec Dave, Asake, Wizkid ou MC Cebezinho, son identité opère ici un recentrement sur ses racines. La Courneuve d’abord, avec son quartier des 4000 et ses héritages complexes (drapeau, panneau municipal…), mais aussi la RDC. C’est de Kinshasa qu’il annonçait fin mai son second album solo, prévu le 25 septembre, en y déployant une grande affiche publicitaire deux semaines après la sortie de « Savage ». En outro du clip, Tiakola conclut d’ailleurs sur un sample de L’Or Mbongo, chantre congolaise. Après les crédits de fin, un court extrait inédit mélange encore les louanges gospel-rumba et le rap-chanté du Kourneuvien : « C’est qui, c’est qui ? C’est moi ». Autant de gestes réappropriateurs qui renforcent la résilience d’un artiste dont la dimension transnationale est, en fin de compte, intrinsèque.