ezcodylee réveille son punk
Difficile de dire à quel point le punk rock mélodique qui explose depuis l’Amérique du Nord à la fin des années 1990 est une contre-offensive ou un symptôme grossier du nihilisme rampant de son époque. Pour un Green Day critique de l’Amérique de Bush, des dizaines voire des centaines de groupes se drapent dans une rébellion farcesque, plus proche d’une crise d’ado passagère que d’une vraie radicalité subversive. Né en 2004, le rappeur de Los Angeles ezcodylee n’a pas vécu cette domination du punk rock sur la culture pop américaine. Pourtant pas loin de 30 ans plus tard, il fait un procès en authenticité similaire aux nouvelles stars de la scène rage dans son morceau « FAMILY FIRST ! » : « I put love in the bass, don’t come to me talking about Che […] They said I’m a clone? LOL, lil’ bitch, I ain’t Raining ». Par l’ironie des cycles musico-industriels, le rap mainstream américain a pour beaucoup remplacé le pop-punk comme symbole du statut quo et de la provocation en carton. Cet état de fait encourage peut-être ezcodylee a s’ouvrir de plus en plus au punk, son album STUNT 4 LIFE se trouvant à la croisée du rap post-Playboi Carti, et du punk rock californien historique de Good Riddance ou Pennywise.
Interviewé par Joshua Minsoo Kim pour son média Tone Glow, l’artiste refuse d’être réduit à une chapelle, conscient des barrières symboliques d’un côté et de l’autre du spectre musical : « Je n’ai jamais voulu être considéré comme un « punk » ou comme un « rappeur », parce que je pense que ces étiquettes nous retirent de ce que nous sommes en tant que personnes […] Je dois faire attention à ne pas devoir justifier de si je fais partie ou non de tel genre ou de telle culture ». En dépit des piques plus ou moins directes adressées à ses contemporains, l’album échappe au nihilisme ambiant en revendiquant une forme de joie, de sincérité cathartique dans l’expression : « Raw as it motherfuckin’ get, I ain’t making this shit for the top charts / I got up each time I was knocked hard, n**** can’t say I don’t got heart » (« SHUT UP ! »). Fait relativement rare dans l’écosystème actuel, ezcodylee s’empare de la politique avec une simplicité toute punk, conjuguant la fureur du moshpit à des cris de ralliement rassembleurs : « Free gang, free all my partners, free Palestine, free Gaza » (« DIEHARD ! ») ou « Like presidents, most when they dead, could never fuck with Donald Trump. » (« MOSHPIT ! ») Brut et accessible dans sa forme, STUNT 4 LIFE témoigne d’une compréhension précise des forces et des faiblesses des genres qu’il invoque, dans une tentative d’en restituer une essence commune.