Wit., lumière noire

« Vive la zic, Nique sa mère l’image, j’fais buguer l’imprimante » Animé à la fois par la science-fiction et une noirceur infinie, Wit. met un point d’honneur à préserver sa radicalité musicale. Depuis le lycée, le Montpelliérain travaille un style tout droit sorti des ténèbres, à la fois rappé, parfois chanté, tout en imaginant pour une grande partie de ses disques, un scénario sur mesure. Membre historique du collectif Digital Mundo aux côtés de Laylow, les deux rappeurs construisent, dans leur carrière solo et à travers leurs collaborations, une identité imprégnée par le numérique et la mélancolie. Après quatre années de silence, Wit. montrait déjà une belle maîtrise de sa formule en 2024 sur LE JOUR D’APRÈS et ses sonorités futuristes, rappelant l’univers post-apocalyptique du film éponyme. Dans Cultive La Lumière, sorti au début du mois de mai dernier, le rappeur développe une esthétique plus sombre et violente encore. Avec des productions truffées de bruitages et d’effets industriels, notamment signées par ELK et lui-même, le disque dégage un son brut, adouci par une voix qui frôle le murmure.

Une pièce obscure se dresse derrière Wit., alors qu’il tease les morceaux de sa nouvelle mixtape. Sur les réseaux sociaux, le rappeur a décidé de faire d’un hangar noir, où la fumée empêche d’y voir plus loin que sa silhouette et celles de son entourage, le cadre de son disque. Une ambiance sombre et brumeuse, à l’image de sa musique : sur des instrus distordues et presque rock dans les titres « OMW » et « CREUSE ENCORE », l’urgence de sortir des périodes de noirceur se fait sentir. La nécessité d’échapper à la précarité devient vitale : « J’fais tout ça pour quitter la cage, y a la haine, y a le bagage » (« CREUSE ENCORE »). Derrière cette mélancolie, la chaleur de la voix du rappeur et son flow mélodieux frappent comme un éclair. Le titre « OFF/ON » incarne symboliquement l’opposition entre l’obscurité qui émane de la mixtape, et la lumière que Wit. semble toucher du bout des doigts. Comme un espoir de construire une vie paisible dans le futur : « Le jour où j’vois les lights, j’m’empresse / Pour l’instant, j’fais mes bails en scred, khey (« SANS CESSE »).

Avec Cultive La Lumière, Wit. se livre au-delà de la mélancolie qu’il nourrit au fil des sorties. Le rappeur partage des fragments de son histoire personnelle, entre peurs, croyances et questionnements sur la notoriété. Sur son single « MAYBE », il propose même une interprétation touchante sur un instrumental acoustique, sublimée par une live session en guitare, basse et voix, où il apparaît tout du long à contre-jour, presque comme une ombre. Et si l’obscurité permettait à Wit. d’épouser la liberté artistique à laquelle il aspire depuis ses débuts ? Les mondes noirs et post-apocalyptiques qu’il convoque ne seraient finalement pas synonymes d’un mal-être incurable, mais le signe d’un futur prometteur, baigné de lumière.