Sidekicks

D.R.A.M. est toujours dans les bons coups. Au printemps dernier, il proposait l’entraînant « Broccoli », collaboration 5 étoiles très fructueuse avec Lil Yachty. Cette comptine est devenue un tube estival interplanétaire grâce à son visuel loufoque de piano ambulant accompagné de jolies danses de derrière. Depuis, le rappeur / chanteur de Virginie a lancé « Cash Machine », le troisième extrait de son album, Big Baby D.R.A.M., prévu pour la fin du mois. Toujours le piano simple et hypnotique, toujours le sens de la formule mélodiqueCombattant toute morosité, D.R.A.M. y apparaît encore une fois rayonnant avec le plus grand sourire du jeu, éclatant à tous les niveaux.

Armé de son pistolet à billets, tout de rose vêtu et chevauchant son tricycle bleu, D.R.A.M. sillonne une tranquille banlieue pour l’arroser de sa monnaie bariolée. L’ambiance est toujours cartoon, dans la veine des meilleures idées fraîches de Busta Rhymes, du piano géant dessiné à la craie sur le trottoir au pichet de limonade vidé cul sec devant les deux jeunes entrepreneuses médusées. La bonne humeur est communicative et place Big Baby D.R.A.M. parmi les albums les plus attendus de cette fin d’année. Le tracklist ne nous fait pas mentir avec comme seuls featurings annoncés : Lil Yachty donc, mais aussi Young Thug et…. Erykah Badu ! Un autre bon point, la pochette a d’ores et déjà remporté notre récompense de meilleure de l’année 2016. Vous pouvez donc parier que nous reparlerons rapidement de D.R.A.M. dans nos colonnes. Pour prendre soin de notre petite santé.

Il y a tout juste une semaine, nous vous annoncions en douceur un projet fou que nous menons depuis des mois : aller chercher des inédits qui dorment dans les disques durs d’artistes que nous apprécions et en faire une compilation gratuite. Après la combinaison de feu entre Nikkfurie de La Caution et Young Zee d’Outsidaz lâchée sur Mouv’ par les Cautionneurs, le second extrait sera diffusé ce soir en exclusivité sur OKLM dans #LaSauce bien cuisinée de notre célèbre Mehdi Maizi. Un nouvel inédit signé cette fois par le duo qui a marqué l’année 2015 avec son No Name : Joe Lucazz au micro, Pandemik Muzik aux machines. Et puisque les choses sont bien faîtes, Monsieur Jo€ sera justement dans l’émission du soir en compagnie du groupe TripleGo. Ça se passe de 20h à 22h, sois au rendez-vous, on a « le truc qu’ils n’ont pas, mimile ».

La Scred Connexion a toujours bien porté son nom, mais dans la discrétion, l’un de ses membres excelle encore plus que les autres : Haroun. En un an, l’insaisissable MC a distillé à peine deux (excellents) freestyles sur sa chaîne Youtube, l’un clippé à Séville, l’autre à l’occasion d’un nerveux duo avec Aketo. Et comme Haroun a – et a priori aura pour toujours – ce flow qui fait kiffer les scarlas et les petites zoulettes, et que rareté est souvent synonyme de qualité, chacune de ses apparitions se savoure, même 9 ans après la sortie de son seul et unique album solo. Alors pour ceux qui veulent leur dose, il y a depuis quelques jours le bien-nommé « Antidote. » Cet inédit de 2009 vient d’être mis en ligne et Haroun y rappe l’indépendance, « l’honnêteté radicale » et ce chemin qui est le sien, loin des compromis autant que de la productivité ambiante (c’est le moins que l’on puisse dire). Et une minute cinquante après avoir enclenché sa profession de foi, le rappeur de la Scred clame, sûr de lui : « j’entends déjà des : « oh le bâtard il a tout niqué ! » » Le titre a beau avoir été écrit et enregistré sept ans plus tôt, on confirme : « j’arrive à fond comme une baffe dans ta gueule » comme dirait Mourad. Rap rétroactif.

 

L’apparition et le développement du rap à Paris ou à Marseille ont été largement documentés mais peu d’écrits existent sur l’évolution des scènes de moindre envergure. Egotrip collectif, 25 ans de rap à Mulhouse de Sylvain Freyburger et Christophe Schmitt apparait donc comme une initiative remarquable. Le duo laisse la parole, sur les 180 pages du livre, aux principaux acteurs du mouvement pour retracer son histoire. On passe donc de l’historique Jesers (La Vieille École) aux vingtenaires de Sphère Primaire, en passant par Say C, Asskar (en couverture) ou D-BangerZ.

Des différents témoignages émerge tout d’abord le constat d’une scène rap dense et dynamique, ce qui n’est finalement guère étonnant dans une ville particulièrement jeune et populaire. L’attachement à la performance live paraît en revanche plus spécifique : à l’heure du tout-internet, la relève qu’incarnent Artcore State of Mind ou Sphère Primaire continue à mettre l’accent sur l’exercice scénique pour s’imposer hors d’Alsace.

En attendant que Siboy (ou un autre) vienne définitivement placer Mulhouse sur la carte du rap français, voici un ouvrage instructif et qui le sera encore davantage lorsque des travaux du même genre seront menés dans d’autres villes de France, pour disposer d’outils de comparaison. Espérons donc qu’Egotrip Collectif donnera des idées à travers tout l’hexagone.

Pour commander le livre, rendez-vous ici.

 

Apparu il y a deux ans dans un recoin sombre du rap, Siboy n’a pas mis longtemps à attirer la lumière sur sa cagoule, à coups de hurlements nerveux.  Le mulhousien brailleur et vigoureux a depuis rejoint l’écurie 92i, et s’apprête à sortir un premier projet dont un extrait est aujourd’hui dévoilé, « Eliminé ».  Il y canalise son énergie, et étouffe ses cris jusqu’à chuchoter un refrain étonnamment calme sur un beat de Za Producer. Pour ce qui est du clip, dû à l’équipe French Lab Agency, il met en scène un Siboy aussi fou qu’à l’accoutumée, dans une maison bourgeoise à la sérénité troublée par cette intrusion. L’avenir nous dira vite si le game se verra lui aussi secoué par un passage en force du rappeur qui se prédit lui-même un « destin royal ».

On ne l’a pas encore évoqué et ce n’est pourtant pas faute de l’écouter en haute rotation depuis sa sortie : 8tm a sorti Bankrupt EP chez Bromance Records fin septembre. Sur quatre titres, le producteur mélange ses claviers Funk atmosphériques avec des basses enveloppantes pour une rythmique crépitante comme des rice krispies. Bankrupt EP est la bande son rêvée pour voyager léger, en Corvette la nuit sans phare sur les routes sinueuses de la Colline à des Yeux, en direction de la mystérieuse Twin Peaks.

Pour rencontrer 8tm et son univers, rendez vous à la soirée de lancement de Bankrupt aux Nuits Fauves samedi 15 octobre avec aussi le canadien déjanté Tommy Kruise, l’inénarrable Orgasmic et le complice de toujours, Jacques Jaguar. De la musique de qualité toute la nuit, ça vaut le coup de supporter son producteur local !

Plus d’informations sur l’évènement.

A deux sur un jet-ski, Momo Spazz et Sanguee continuent leurs pérégrinations à travers les grandes eaux de Montreuil. Leur nouvelle douceur s’intitule « Yamaha », et le duo ne change pas sa recette, un peu nocturne, un peu triste : Spazz aux machines, Sanguee aux rimes, pour un morceau lent et prenant, quoique déstructuré. Après « Eau frais », c’est là le deuxième extrait de 2020, le prochain EP du groupe, à venir d’ici la fin d’année. Il faut plonger, les yeux fermés, le cœur ouvert, et laisser la petite sirène à son twerk.

Correy C est une nouvelle tête du paysage déjà foisonnant du rap angelin. On l’a découvert aux côtés de Cozz, chef de leur équipe The Comitee. En 2016, tout s’accélère pour Correy C avec « Grow » une collaboration très réussie avec Cozz sur Revenge of the Dreamers II, la dernière compilation de Dreamville, le label de J.Cole.

En effet, Cozz est la petite pépite signée par J.Cole. Il entre parfaitement dans la ligne directrice de Dreamville, un rap exigeant et sincère, très fort en écriture, bon mélange de classicisme new-yorkais époque G-Unit et de renouveau de Los Angeles à la TDE. Et cette patte lyricale marche de pair avec celle de son producteur attitré, Meez, qui propose une palette complète, entre tourbillons vertigineux et puits sans fond. Étrangement, alors que J.Cole est une comète indépendante suivie par des millions de fans acquis à la cause, son protégé Cozz ne récupère pas complètement cet aura, restant assez inconnu malgré une discographie déjà impressionnante. Cozz & Effect, son premier album sorti en 2014, était d’une maîtrise imparable et sa suite gratuite Nothing Personal ,sorti en début d’année, assurait une continuité dans son style rugueux et sans concession.

De son côté, son pote Correy C a une touche plus légère, même si ces morceaux traitent de la même réalité, le style de vie si particulier de Los Angeles, entre violence, pauvreté et soleil. Bénéficiant de la propulsion Dreamville, il présente son premier EP, Salutations, avec Cozz en agent actif. Au départ, il y a l’incongru « Foreign Girl », un tube entêtant de crooner décomplexé, accompagné d’un clip limite fluo pendant l’été, loin de l’univers glacial de Cozz. De ce point de vue, Correy C se rapproche de la musique de D.R.A.M., une énergie sans étiquette, entre rap et chant caribéens autotunés d’une décontraction salvatrice. Le reste du EP est dans une veine moins insouciante, comme sur ce mélancolique « Heard That », mais tout aussi maîtrisé, du rap à la production. Meez est toujours à la baguette, assurant une cohérence soutenue et Cozz surprend avec d’autres facettes de son univers. Salutations EP de Correy C prouve qu’il faut compter sur l’équipe de Cozz à l’avenir. Avec ou sans J.Cole.

Écouter Salutations EP

Le 1er janvier 2014, l’Abcdr se lançait dans une nouvelle aventure : la vidéo. Après des années passées à griffonner des chroniques de disques obscurs et à enregistrer des conversations de plusieurs heures sur nos dictaphones, nous avions eu l’envie d’ajouter une corde à notre arc. Une envie provoquée d’abord par une opportunité. Dans le courant de l’année 2013, Dailymotion était venu nous voir avec un projet alléchant. La plateforme voulait elle aussi passer un cap et projetait de construire un studio afin de produire des contenus inédits. Quelques réunions et discussions plus tard, l’Abcdr lançait sa chaîne.

En près de trois ans, il y en a eu des vidéos et des artistes invités. De Cut Killer à Booba en passant par Tekilatex et Sch, des tables rondes de fin d’année aux contenus proposés par l’équipe Deeper Than Rap, les tâtonnements du début ont laissé place à l’expérimentation de plusieurs formats. Une aventure qui nous a permis de développer la marque Abcdr et d’explorer de nouveaux terrains.

Aujourd’hui, la situation est différente. Le studio construit par Dailymotion en 2013 a subi une explosion en avril dernier et ne sera plus utilisé. Malgré cela, nous avions entrepris des discussions pour continuer à travailler avec Dailymotion sans que cela n’aboutisse à quelque chose de concret. Il a été question de placer l’Abcdr en télé, d’investir un nouveau studio, de réfléchir à une nouvelle formule plus simple à produire… En vain. Loin de nous l’idée de tirer à boulets rouges sur Dailymotion qui, au contraire, a cru en nous et a investi dans l’Abcdr pendant deux ans et demi. Pendant ces deux années et demi, des gens au sein de leurs équipes ont mis tous les moyens possibles à notre disposition pour que nous puissions travailler dans d’excellentes conditions. Ces personnes ne sont, hélas, plus décisionnaires aujourd’hui.

Pour autant, l’Abcdr existait avant ce partenariat avec Dailymotion et continuera d’exister après. L’équipe continue de plancher sur de nombreux projets, y compris celui de prolonger la vidéo par nos propres moyens. Cela n’arrivera pas tout de suite cela dit, le temps pour nous d’y réfléchir et de nous mettre en ordre de bataille. En attendant, vous avez plein de vidéos à regarder.

 

Dimanche soir, dans leur traditionnel rendez-vous hebdomadaire sur l’antenne de Mouv’, Les Cautionneurs ont ouvert leur mix spécial rap français par une petite surprise : un morceau inédit de Nikkfurie et… Young Zee. Une simple collaboration extirpée d’un tiroir poussiéreux ? Pas exactement. « Back N Forth » est en fait le premier extrait de deux projets aussi alléchants l’un que l’autre. Tout d’abord, un avant-goût de l’EP commun entre le rappeur de La Caution et celui d’Outsidaz, prévu pour début 2017, mais aussi la pierre inaugurale de la prochaine compilation Abcdrduson. Son concept ? Dénicher des inédits qui dorment dans les disques durs d’artistes que nous apprécions : morceaux condamnés à l’oubli ou gardés au chaud pour de futurs albums, remixes aux destins avortés, maquettes orphelines et autres pépites cabossées seront de la partie. Le tout réuni sur une seule et même compilation disponible en téléchargement gratuit le mois prochain. Et si vous avez raté la dernière émission des Cautionneurs – c’est pas bien – pas de panique, le podcast est disponible. On ne vous dévoile pas de suite le casting officiel du Jukebox Abcdr mais vous n’aurez pas à attendre bien longtemps, le second extrait arrive très bientôt. Ne cherchez rien d’autre ailleurs.