La irish way de deathtoricky
La mainmise des puissances impériales sur les rêves du monde entier s’étiole peu à peu. Ce désamour du fait des crimes passés et présents commis en leurs noms s’accompagne d’une curiosité d’une partie du public mondial pour d’autres cultures, et notamment celle de l’Irlande. Pas vraiment au centre de la carte du rap mondial, la scène irlandaise a fait parler d’elle avec le succès de Reijje Snow et l’engagement du trio Kneecap.
Dans l’ombre de ces figures médiatiques, visages du rap irlandais au yeux du monde, se cache une nouvelle génération d’artistes dont fait partie deathtoricky. Le jeune rappeur originaire de Celbridge, petite ville à 20km de Dublin, est bien dans son époque. Ses morceaux sont courts, généralement autour de 2 minutes, fondamentalement raps tout en étant méthodiquement catchys. Si son interprétation s’inscrit dans la tendance actuelle très lisible et efficace du rap britannique de EsDeeKid ou Fakemink, on retrouve pourtant peu de traces de drill ou de UK Garage dans ses morceaux. deathtoricky va chercher l’inspiration aussi bien dans le passé proche, avec des nappes nuageuses réminiscences de Clams Casino ou FRIENDZONE, que dans la pop mondiale récente, de l’afro-pop à toutes les nuances de plugg music.
Une constellation d’influences encore trop bouillonnante pour délimiter les contours d’un véritable « son deathtoricky », mais qui rappelle dans son énergie boulimique les débuts de la scène suédoise du milieu des années 2010. À ceci près qu’une des caractéristiques notables du Drain Gang ou de Yung Lean résidait dans la fascination et l’appropriation par les artistes d’un certain idéal américain, dépeint comme un paradis codéiné abstrait. 12 ans après Gatorade, pas de purple drank ou d’électrolytes pour deathtoricky, mais de la liqueur de café kahlua, ingrédient indispensable à la Baby Guinness. De son accent à ses textes, fiers et nonchalants mais ancrés dans sa réalité quotidienne, le rappeur représente l’Irlande à sa manière. Connecté au monde et au sens de l’histoire, sans mentir ni forcer.