Jmdee-Beat, poisse, son et passion
Interview

Jmdee-Beat, poisse, son et passion

Producteur singulier et prometteur aux côtés de Disiz à ses débuts, Jmdee est retourné dans l’ombre après une série de déconvenues. Un parcours cabossé qui ne l’a pas éloigné du son.

Photographie : zo.

C’est une pochette de disque qui montre un détail rare pour l’époque. Premier plan : un verre à pied dans lequel flotte un carassin doré, au milieu d’une pièce en piteux état. Deuxième plan : un jeune homme, vêtu de rouge et d’une paire de New Balance noire, tient au-dessus du bocal de fortune une chaîne au bout de laquelle balance un pendentif en forme de micro. Troisième plan : un homme appuyé contre un fenêtre tient dans ses mains une SP-1200. Soit, pour la grande majorité des quelques 200.000 personnes qui ont eu l’album entre les mains (sans compter les copies qui en seront faites en pleine époque des graveurs et de Nero Burning ROM), probablement une interrogation du style « c’est quoi cette caisse enregistreuse noire ? » Cet homme qui tient la machine mythique, c’est Jmdee-Beat, dont le nom a parfois été orthographié JMDee. Son nom n’est pas indiqué sur les quelques mots posés sur cette photo – « Disiz La Peste – Le Poisson rouge » – mais il est régulièrement cité par l’interprète d’un album sur lequel JM a composé la grande majorité des vingt titres. Notamment sur « Un scratch, un beat, un rap », détaillant leur complicité artistique. « On est comme un groupe, mais pas d’split comme Oasis », affirme même, naïvement, le jeune Disiz.

Car séparation, il y aura. Dès le deuxième album de La Peste, JM n’apparait que sur quatre titres. La mésentente est devenue artistique puis humaine. Et malgré sa volonté de se relancer, Jean-Marc Denizault de son vrai nom va connaitre une redoutable loi des séries professionnelle et personnelle qui va l’éloigner de l’écosystème du rap. Mais pas du son : le virus a été attrapé bien trop tôt, à une époque où le rap était encore une musique d’initiés et de passionnés. Alors il s’est reconverti en passeur de passion, en professeur.

La discographie de Jmdee tient donc sur quelques sorties, du premier album signature de Disiz à des disques confidentiels sortis avant et après cet album, notamment sur son audacieux label Gazdemall. Pourtant, JM a montré en une poignée de productions un son particulier à une époque où le rap français se standardisait sur un schéma beat épuré + boucle quasi-intacte. La patte Jmdee ? Un découpage d’échantillons hérité de Premier, un jeu sur des micro-samples et un groove qui rappellent le style d’Erick Sermon, et, un peu en avance sur ses collègues producteurs de l’époque, des sonorités synthétiques inspirées de diverses tendances américaines, des expérimentations rythmiques et parfois des accidents créatifs. À l’image de cette boucle de « J’pète les plombs » presque mal agencée, qui n’a pas empêché au morceau de devenir un énorme tube en 2000, bastonné sur la FM et dans Le Boulevard des clips sur M6.

Pour revenir sur son parcours, Jmdee nous a accueilli dans son studio, planqué dans le sous-sol d’un immeuble à Pantin, en Seine-Saint-Denis. Un lieu discret mais bien équipé. À l’image du maître des lieux, éloigné d’un rap français qui l’a connu il y a une éternité à l’échelle du temps de ce genre musical qui va (trop) vite, mais s’avère être un puits de science à la curiosité toujours intacte pour cette musique qu’il aime.


« Un scratch, un beat, un rap »

Je suis né à Bagneux, en 1973. J’ai grandi dans le 13e arrondissement de Paris, pour une bonne partie de mon enfance jusqu’à mon adolescence, puis j’ai bougé dans le 19e arrondissement. Je ne suis pas issu d’une famille musicale. Il n’y avait pas un gros niveau culturel dans ma famille. J’ai simplement eu un goût pour la musique très jeune, je ne sais pas pourquoi. Je fais partie de ce que j’appellerais la « seconde génération » du hip-hop, à partir de 1983-1984. L’époque où le rap était encore du funk parlé. Un mec de mon quartier, Christophe, me dit « il y a un nouveau truc, c’est le smurf », et deux ou trois mois après est arrivée l’émission H.I.P.H.O.P. de Sidney. Je l’ai su plus tard, mais dans le 13e, il y avait DJ Chabin, historique dans le hip-hop français, et je crois que Christophe m’avait ramené chez Chabin. J’avais dix ans, donc je ne pigeais rien. [rires] Mais il nous faisait écouter du In Deep, des trucs comme ça, et je voyais des Technics. Je crois que j’étais déjà geek, cette curiosité de comprendre comment les choses se font. Ça m’a marqué, et depuis ça ne m’a pas lâché.

J’ai commencé à m’investir, au-delà de faire des cassettes pour les potes dans le quartier, quand j’en ai eu les moyens. Vers 16 ans, en 1989, j’ai eu mes premières platines. Le phénomène des bandes et du tag a maintenu l’existence du mouvement hip-hop au milieu des années 1980 à Paris. C’étaient les b-boys, les zulus, mais aussi les homeboys, qui étaient plutôt les dépouilleurs. C’était hard à l’époque. Moi, j’étais un b-boy, j’aurais pu être plutôt un mec qui se faisait dépouiller. [rires] J’étais un mec qui fournissait le son, parce que j’étais passionné. Je choppais toutes les émissions que je pouvais écouter, tous les disques qui sortaient : Heavy D. & The Boyz, BDP, Run DMC, Eric B. & Rakim… Tout ce que passait Dee Nasty sur Radio 7 puis Radio Nova.

J’ai eu une scolarité désastreuse. J’ai arrêté l’école à 14 ans. C’est une culture qui m’a donné une direction de vie, moi qui étais destiné à être manutentionnaire sans diplôme. Le puzzle s’est assemblé à USA Music, un magasin vers Temple tenu par deux gars, Aldo et Romain. Aldo m’a fait écouter un Ultimate Breaks and Beats [NDLR : série de compilations sur lesquelles étaient réunis des morceaux contenant des breaks de batterie], on était en 1987. J’entends des trucs comme « Funky Drummer », il m’explique que les mecs reprennent des vieux morceaux. J’avais acheté un ¾ survêtement Ewing à l’époque, que j’assumais pas trop, parce que c’était chaud quand tu te baladais tout seul. J’allais pas à Châtelet avec. [sourire] Je l’ai revendu environ 3000 francs, et je m’achète les dix-huit volumes des UBB que je vais écouter chez moi. Et là, je comprends l’ADN de la musique que j’adore. Je m’achète un petit quatre pistes quelques mois plus tard, je bidouille pour comprendre le concept des boucles. Je découvre la soul, James Brown, les Meters. Vers 1989, je me dis que j’aimerais bien faire du son.

Ma génération a eu une relation compliquée avec l’idée de faire du rap en français. De ma part en tout cas, comme j’aimais les trucs authentiques, j’avais ce côté un peu snob. Mais pendant longtemps en en faisant, je me disais « je fais ça parce que j’habite là. » C’est con de se dire ça, mais j’ai eu cette relation ambivalente. Akhenaton m’avait dit ça aussi, à l’époque de Taxi, surtout que lui l’a vécu de près en vivant à New York. J’ai eu ce complexe, que d’autres ont dû connaître dans le rock et dans le funk. Je l’ai bien moins maintenant : à un moment, tu assumes ce que tu fais.

« Disiz, c’est une éponge et un mec doué. Et il avait faim, c’est ce qui a fait la différence. »

« Trajectoire »

Comme j’étais déscolarisé, mon reup et mon grand frère m’ont dit : « tu bosses. » Tout ce que je gagnais passait dans les skeuds. Mes premières connexions ont été avec un groupe qui s’appelait Système D, qui est après devenu La Brigade. J’ai rencontré John Deido d’abord, quand je taffais au McDo de République. Il m’a présenté tous ses gars, dont les futurs membres de La Brigade. On se retrouvait aussi chez Zico, on s’est connecté avec Daddy Lord C avant La Cliqua. Je commençais à me mettre à la production grâce au DJ Sound de Coup d’État Phonique, le groupe d’Egosyst et Kohndo. C’est lui qui m’a montré le séquençage, alors qu’avant je faisais tout à la main ! Il m’a débloqué un truc. C’est au même moment que j’ai connecté avec les futurs Rimeurs à Gages. J’étais sur le Minitel, et sur un forum j’ai vu un gars qui parlait de rap et qui était de la Fouilleuse, à Suresnes. Il était DJ et bossait avec un groupe qui s’appelait les Africa Power Gang. [sourire] C’était plus ou moins l’ancêtre des Rimeurs à Gages. On a enregistré notre premier morceau chez DJ Sound, à Nanterre.

Dans Rimeurs à Gages, il y avait au début Mossy, Fdy, Fouta Barge et moi. Mossy, c’était le plus cainri de tous. C’est lui qui introduit le freestyle des Rimeurs à Gages sur la mixtape 25 de DJ Poska. On l’entendait aussi sur le morceau qu’on a placé sur la première compilation Nouvelle Donne, « Trajectoire » : c’est lui le premier couplet. [NDLR : morceau produit par JMDee] Disiz, je l’ai rencontré via un pote, un mec qui était dans la house. Il nous a dit « je connais un petit qui a faim » : c’était Disiz. À côté de Rimeurs à Gages, dans mon 19e, je faisais connaissance de gars de Sevran, dont un qui a emménagé aux 4 Chemins, à Pantin. C’était DJ Bomb, qui a ensuite fait partie de 3e Oeil. D’ailleurs, c’est moi qui ai produit le premier morceau de 3e Oeil ! C’était sur la compilation Indépendant 91-93-13, produite par celui qui deviendra plus tard notre manager à Disiz et moi, Lolo Boss. C’est surtout Bomb au début qui travaille avec Disiz. Le morceau « Plukemoi » de Disiz sur cette compilation, c’était produit par Bomb. Ce disque nous a permis de dire « on est là » : on a fait quelques concerts, jusqu’en Suisse. Mais c’est devenu sérieux pour 3e Oeil, Bomb s’est barré à Marseille. Et du coup je me suis retrouvé avec Disiz et les Rimeurs à Gages ! J’ai dit à Disiz « rentre dans les Rimeurs à Gages, comme ça on est tous ensemble ! » Disiz faisait le voyage d’Évry à 4 Chemins pratiquement tous les jours. Disiz, c’est une éponge et un mec doué. Et il avait faim, c’est ce qui a fait la différence.

91-93-13 Indépendant - Face B du maxi sorti en 1995

À mes débuts, mes intentions musicales – je dis ça avec du recul, et avec une forme de critique – étaient d’être un bon élève. Au milieu des années 90, j’étais très influencé par Pete Rock et DJ Premier, consciemment. J’ai toujours été dans le son de New York, le Bomb Squad, Larry Smith, Marley Marl, Paul C. Le « boom bap » – T-La Rock en parlait déjà en 1983. C’était un mot plus confidentiel, de connaisseurs – maintenant on dit « ha c’est un ancien »[sourire] Mais très vite, pendant cette période de sampling, j’ai utilisé un expander, acheté un synthé, en plus de mon sampleur Akai S950 et Cubase sur Atari ST. Donc ma couleur, c’était que je voulais sonner comme New York. Sur le titre de 3e Oeil, j’utilise un putain de sample d’Idris Muhammad.

Pourtant, ma première apparition discographique, c’est un remix de drum & bass pour DJ Cam. [rires] Un de mes potes m’a présenté DJ Djam, qui fait partie des gens qui ont ramené la drum & bass en France. Djamel fréquentait beaucoup Caramel, une boutique tenu par Betino, gros importateur de disques en France depuis la fin des années 1980. C’est là-bas que Djam a rencontré Cam. Là, ce n’est plus le même milieu social : c’est le 7e arrondissement, alors que Djamel et moi, on était de Paris Nord. Cam a une grosse culture musicale, en rap, en soul, en jazz. Pour moi, c’est lui qui a ramené le trip-hop en France. Lui a kiffé là-dessus, alors que c’était un OVNI pour moi à l’époque, trop mou du genou. Cam a vu que j’étais un mec qui travaillait derrière les machines. Il m’a demandé de faire un remix d’un de ses morceaux, alors que Djamel commençait à me faire écouter de la jungle. Cam, c’est le genre de mecs qui disent « ça, je sens que ça peut prendre. » Et donc on a fait ce remix. Il vaut ce qu’il vaut, mais je pense que c’est le premier skeud de jungle français ! Ou alors Gilbert de Nova, quelques mois plus tard.

C’est apparu sur un disque de la Mighty Bop. [NDLR : un des projets créés par le DJ Bob Sinclar] J’ai halluciné après quand j’ai appris qui sont tous ces gars-là, les Sinclair, Boom Bass, etc.. Alors que mon remix a été fait à l’arrache aux 4 Chemins : ça sortait du cul du 950, avec une basse reggae à moitié fausse. [sourire] Et puis après Cam m’a fait participer à son album qui est sorti en 1998, [NDLR : The Beats Assassinated] qui a cartonné, et sur lequel j’ai des interludes qui sont pas terribles… Pareil, c’est fait chez moi ! J’enregistrais ça sur ADAT et je lui filais. Pour moi, c’était inabouti. Mais lui aimait ça. J’ai fait pas mal de trucs avec Cam après.

Eloquence - « Trajectoire » feat. Rimeurs à Gages

Et donc parallèlement, j’ai continué avec Rimeurs à Gages. C’était vraiment une question d’affinités. Il y avait évidemment une question d’opportunité, mais on écoutait le même rap. On se faisait connaître dans le hip-hop français, mais toujours par la petite porte – inconsciemment, mais je pense qu’on est comme ça. Très peu de réseau. On décrochait des concerts, des mixtapes, des radios – c’était l’époque où Générations 88.2 était à l’hôpital d’Ivry. DJ Bomb, qui du coup était à Marseille, m’a dit qu’il produisait l’album de 3e Oeil, et m’a demandé de l’aider pour la réalisation. On a alors réalisé la première cassette promo du 3e Oeil, sur laquelle j’ai placé un morceau des Rimeurs à Gages. Akhenaton est tombé dessus, nous a invité à Suresnes pendant l’enregistrement de L’École du micro d’argent ! Et pourtant, je peux le dire maintenant : j’ai cassé le groupe. Fouta Barge avait un gros ego, moi aussi. Ça a clashé entre nous alors qu’on devait faire la première partie de Lord Finesse en Belgique, vers 97 ou 98. Il m’a pété les couilles pendant la répétition et je lui ai dit que j’arrêtais. Réaction d’un môme de 20 piges. Mais pour tout dire, en vérité, je sentais que ça ne menait nulle part. Alors que Fdy est resté avec Fouta, Disiz est resté avec moi – ainsi que Lolo, le mec qui a financé Indépendant 91-93-13, et qui nous a managés. On était en 1998 et je ne travaillais plus qu’avec Disiz.

« Si je faisais un instru pour quelqu’un, il devait être chez oim. Je n’étais pas un prestataire de service. »

« Le Challenger »

Avec Disiz, on a maquetté et fait le parcours normal : Lolo allait voir les maisons de disques. On rencontrait les DA, qui disaient qu’on avait un truc mais qu’on n’allait pas signer tout de suite. Pour l’histoire, Stephane Kaczorowski [NDLR : à l’époque directeur artistique chez Universal] était vraiment derrière nous, mais il était sur les X, qui étaient bien plus avancés que nous. Alors avec Disiz, on a fait des tremplins pour se faire connaître. C’est Disiz qui a eu l’idée de faire ça, parce que moi, j’étais dans mon côté geek du son, tout en étant coursier, à côté. Akhenaton, qui avait accroché sur Disiz à l’époque des Rimeurs, nous a proposé un contrat qu’on a refusé poliment parce qu’on ne le trouvait pas intéressant. Mais il a ensuite proposé à Disiz de participer à la B.O. de Taxi 2.

Parallèlement, on a posé le morceau de Disiz et Fdy sur la compilation de la marque Homecore, produite par Funky Maestro [NDLR : label composé de DJ Poska, du producteur Tecnik et de l’animateur radio Francky Montana], avec qui on a accroché tout de suite, ce sont des mecs en or. Mais les gars de Homecore aimaient tellement Disiz qu’ils ont pris aussi le morceau « Disiz Versus La Peste » en morceau caché sur le CD, que j’ai produit. Ils nous ont proposé un contrat qui nous intéressait au début, mais finalement ça ne s’est pas fait. Et en même temps, Éloquence, que Disiz connaissait du 91, nous a invités pour son morceau sur la compilation Nouvelle Donne. Et là, j’ai senti que Kodjo, le patron de Nouvelle Donne, a accroché direct sur Disiz. Et on a finalement signé avec eux pendant l’enregistrement de Taxi 2, dans la chambre d’hôtel à Marseille. On a signé en tant que groupe : Disiz La Peste, c’est 50-50 entre lui et moi. Quand Disiz disait dans le premier album qu’on ne séparerait pas comme Oasis c’était naïf, mais c’était hyper sincère ! Pour lui, j’étais alors comme un grand frère, il me l’a dit.

Disiz La Peste - « Disiz Versus La Peste »

De mon côté, des mecs venaient me voir pour que je fasse des placements. Mais Lolo ne faisait pas du tout ça avec moi : on n’était pas dans le biz. Je ne travaillais pas comme ça : si je faisais un instru pour quelqu’un, il devait être chez oim. Je n’étais pas un prestataire de service – et je suis encore comme ça maintenant. Je comprends ceux qui font ça, c’est un vrai boulot, mais c’est pas comme ça que je me vois. Pour la petite histoire, l’instru de « J’pète les plombs » a failli être pour Rohff. Tintin est un grand pote, et avec Lolo, on était là pendant la réalisation du premier album de Rohff. C’était dans un grand studio à Champs-sur-Marne. [NDLR : en Seine-et-Marne] Tintin m’a demandé des instrus, mais j’étais sur le développement de Disiz ! Un jour, Bomb m’a ramené un skeud avec un putain de truc que j’ai samplé – qui n’a jamais été grillé d’ailleurs alors qu’il a été samplé près de vingt ans plus tard, sur un truc de Jay Dee. [sourire] Tintin est passé à la maison et m’a dit « c’est un truc de ouf ! C’est pour Rohff ! » Mais finalement, je ne sais pas pourquoi, ça ne s’est pas fait. Il y a eu un morceau que j’ai fait pour Rohff et qui n’est jamais sorti : Rohff, Rudlion, Expression Direkt sur le même morceau. Ça parlait de Busta Flex. Mémorable.

À cette époque, je touchais mon chômage et je faisais des instrus avec un sampleur S950 et une SP-1200 qu’on avait achetée avec Bomb à New York – et que j’ai revendue bien plus tard à Para One. J’habitais à Stains, chez Laurent. Je produisais alors une mixtape : la Illégale Mix, que Cam m’a aidé à sortir. Il m’a présenté le graphiste et a mis les sous pour presser la cassette. J’ai invité Tintin, Tepa… pas mal de personnes. Et j’y faisais plein de remixes de morceaux américains. J’étais alors le seul à faire ça – plein de gars me disaient « garde tes beats ! » Mais j’en faisais tous les jours ! D’ailleurs, dessus, il y avait l’instru du futur « C’que les gens veulent entendre (Bête de bomb) », sur lequel posaient des mecs de Stains, du Clos Saint-Lazare. Disiz passait à la maison, on bossait, on s’amusait, on enregistrait. Je lui proposais, on discutait, il disposait.

Disiz La Peste - « C’que les gens veulent entendre (Bête de bomb) »

On a fait « Bête de bomb », qui crée un petit raz-de-marée dans le hip-hop. Joey Starr a halluciné, DJ Fab aussi. Taxi 2 a eu un énorme écho, notamment grâce au morceau « Lettre ouverte » de Disiz avec Jalane. Les maisons de disques commençaient à vouloir nous signer. J’avais toujours l’instru de « J’pète les plombs » en réserve. J’ai dit à Disiz : « t’as pas une histoire de braquage ? » Il venait de voir le film Chute libre, et le lendemain il a enregistré. On a fait écouter ça à Kodjo : il a pété un câble. Moi, je me disais qu’on avait fait un morceau sympa, mais je ne voyais pas l’impact. D’abord, Kodjo a sorti ça sur une mixtape [NDLR : Millésime 3000, sortie en 1999], et il a fait le tour des maisons de disques avec. On avait le soutien d’Akhenaton et de Joey Starr. Le maxi « J’pète les plombs » est sorti, et là, Barclay a voulu nous signer. En passant par cette signature de Disiz, Nouvelle Donne espérait pouvoir signer en licence chez Barclay, et avoir des gros budgets pour ses artistes. Mais il y avait des embrouilles de quartiers. Disiz, par une espèce de conflit de loyauté, s’est dit qu’il ne pouvait pas rester chez Nouvelle Donne, qui sont plus du Canal. [NDLR : quartier de Courcouronnes, ville limitrophe d’Évry] Du coup, on a signé directement chez Barclay qui nous ont dit « un contrat, ça se casse. » On se retrouvait alors dans la même maison de disques que La Brigade et Rocca. On était fin 1999 – début 2000, et on sentait que c’était notre tour.

« À l’époque je trouvais que j’étais trop bon élève, alors que d’autres me disaient que je m’affranchissais des codes. »

« Le 6e Sens »

Bien avant de bosser avec Disiz, je bossais avec un groupe qui s’appelait Sortis de l’ombre. Oumar, Fabrice, Farid, des purs Vitriots. Proches de la Mafia K’1 Fry, mais encore plus ingérables qu’eux. [sourire] Des gars qui entrent et sortent de prison. Mais je ne les ai jamais lâchés. Fabrice, c’est le Bricefa de Poisson rouge. C’est lui qui m’a connecté avec Tintin d’Expression Direkt. C’est le genre de gars qui peut te sortir des trucs durs à entendre, mais d’une manière que tu le prends bien. Donc pour moi, c’était un vrai réal : quand ça foire, il n’hésite pas à nous le dire. C’est moi qui l’ai fait venir sur Poisson rouge pour réaliser l’album.

Je ne sais pas trop quoi penser de mes productions sur Le Poisson rouge. J’entends les défauts. Aujourd’hui, je me dis que je vois ma patte qui se dessine. Mais à l’époque je trouvais que j’étais trop bon élève, alors que d’autres me disaient que je m’affranchissais des codes. C’est vrai que sur « Clash pas quand même », on a fait un putain de boulot, avec cette rythmique rentre-dedans. Un autre morceau dans le même genre dont j’étais content, c’était celui avec D.Abuz System. [NDLR : « Toute vérité n’est pas bonne à dire », sur Nouvelle Donne II] J’avais proposé un beat plus classique à Abuz qui était passé à la maison, et qui m’a dit « JM, je ne rappe pas sur ça ! » Pas de problème ! J’ai cassé la rythmique et fait une basse électro. Afrika Bambaataa, Arthur Baker, j’ai grandi avec ça !

Disiz & Abuz - « Toute vérité n’est pas bonne à dire »

Mouloud [NDLR : Achour], qui manageait La Caution à l’époque, m’avait fait remarquer ça : « t’es le seul qui fait de l’électro en France. » Et on ne parlait pas d’EDM à l’époque. Quand Busta Rhymes rappait sur des trucs comme ça, je me souviens d’avoir dit à Djamel : « je veux faire du peura comme ça. » Parce que ça compose. « Clash pas quand même », c’est des bouts de sample que je compose. « Le Challenger », pareil. « Plus l’temps », pareil. Il y a des samples, mais que j’utilise alors comme des instruments, et je joue avec sur mon sampleur. Sur « Un scratch, un beat, un rap », c’est un sample d’Isaac Hayes, mais avec ma manière de le retourner. Personne n’a jamais grillé les samples de Poisson rouge[sourire] Alors que ça regorge de samples ! Mais c’est surdécoupé.

Disiz - « Le Challenger »

On me disait un truc qui est à la fois un compliment et une critique : « tu sonnes cainri. » Le jour où Le Poisson rouge est sorti, plein de gens me disaient que je sonnais à la EPMD ! C’est un putain de compliment, mais ça devait être complètement inconscient, parce que je ne vois pas le rapport. Ça doit être mon héritage funk. Mais c’est totalement intuitif et pas maitrisé, parce que mon influence consciente, c’est DJ Premier – ça s’entend sur « C’que les gens veulent entendre (Bête de bomb) ». À ce moment-là, je fais ce que je peux musicalement, et je suis souvent frustré. Pour « J’pète les plombs », il y a un décalage rythmique à la fin des quatre mesures. C’est DJ Spank qui me l’a dit direct. Mais pour moi, il n’y a pas de problème ! « Oh, ça doit être mal bouclé. » [rires] C’étaient les limitations du matos, parfois. J’ai dû l’entendre comme ça, et je l’ai fait comme ça. Parfois quand c’était réussi, j’y étais pour rien. Parfois, ça sort comme ça, et ça tue.

Disiz - « J’pète les plombs »

J’aimais bien l’Abcdr du Son pour ça : il y avait une vraie critique, c’était pas du publi-rédactionnel. Aspeum [NDLR : ancien rédacteur émérite de l’Abcdr du Son, qui avait chroniqué l’album à sa sortie] avait du mal avec moi. [rires] Il reprochait à l’album qu’il partait un peu dans tous les sens. Disiz et moi, on était comme ça : il voulait taper partout, et moi, j’étais au service de ça. Et en même temps je trouvais ça créatif ! Je fréquentais des gars qui étaient dans la drum & bass, dans la house, donc j’avais aucun problème avec ça ! J’ai même proposé à Disiz de faire un morceau façon rap du début des années 1980. On a fait un autre morceau jamais sorti qui s’appelait « La Peste », avec un sample jazz un peu mystérieux.

Disiz - « Ghetto Sitcom »

« Il y a eu une scission : Disiz n’écoutait pas ce que je lui disais. »

« J’pète les plombs »

On a trouvé un tourneur qui bossait surtout du rock : Doudou. Il bossait avec Muse, par exemple. Mais il nous a sentis un peu différent. Je me souviendrai toujours de la première date qu’il nous a obtenue. J’étais au McDo des Champs-Élysées, j’ai reçu un coup de fil : « Outkast est bloqué à la frontière, vous faites la première partie d’Eminem. » J’y suis allé pour les balances, mais pas Serigne. Là, j’ai commencé à sentir le roussis. Mais en fait, on ne faisait que « J’pète les plombs », comme c’était très chronométré. Comme Le Poisson rouge a été super bien accueilli, Doudou nous a décroché tous les Zénith de France. C’était notre première tournée ! Mais en vérité, c’était trop pour Serigne. Trop gâté. Il ne voulait pas faire de répétitions. Truc de ouf. Mais on n’avait pas le même âge tous les deux : j’avais taffé avant, je ne vivais plus chez maman. Je peux comprendre : à vingt piges, il se retrouvait très exposé.

Notre tournée pour Poisson rouge ne s’est pas très bien passée. Professionnellement, parce que c’était nul. Tu ne veux pas répéter ? C’est de la merde ce que tu fais. Les Zénith : vides. On ne payait pas nos cachets, Serigne et moi, pour pouvoir payer les autres. Mais Doudou croyait toujours en nous. Il disait : « Il va comprendre le petit. Deuxième album, je serai encore là. » Et ça s’est mal passé humainement, ça se dégradait trop. Disiz ramenait des gars de son quartier et se faisait déborder, et moi je n’acceptais pas ça. Ses potes de quartier qui se foutaient de sa gueule au début quand il rappait, je les ai vu revenir quand il a commencé à marcher, et je lui disais « tu vois le truc venir ? » Il me disait « Tu peux pas comprendre JM, c’est des trucs de quartier. » Mais j’ai grandi là-dedans. C’est juste que je ne fais pas comme ça : je ne te dois rien. Il y a eu une scission : il n’écoutait pas ce que je lui disais. Ça a été dur pour moi, parce que je le vivais comme une trahison affective. Mais je le comprends aussi : il s’est pris le succès dans la gueule, alors que moi j’étais épargné, et je kiffais. J’avais le côté monétaire, je faisais ce que j’aimais, et on ne me faisait pas chier dans la rue.

Mais malgré tout, il avait besoin de moi. Après la tournée, j’allais chez lui pour faire le deuxième album. Il s’est marié et est devenu papa. Il courait après la vie, il avait besoin de ce truc-là. Mais quand on a commencé à maquetter, moi, je n’avais plus de jus, plus d’inspi. En plus on nous pressait comme des citrons pour faire ce deuxième album. J’ai dit à Disiz « viens on attend, on doit vivre des trucs. » Mais il ne comprenait pas. Donc je faisais de la « musique au mètre. » Je faisais des beats en appliquant des recettes. On a fait ce deuxième album, on est parti à New York pour le mixer. Il y avait des trucs intéressants, en plus. C’est à un moment de ma vie où j’ai rencontré une nana, alors qu’avant je ne vivais qu’à travers le hip-hop. Je pars en vacances avec elle, et là, mon manager m’a appelé : « Disiz refait tout le deuxième album. » Et là, je suis descendu de dix étages. On avait fait des écoutes presse, ça devait sortir.

Disiz - « La Peste » (produit par Jmdee) / « Not son tourne »

Je pense qu’il voulait s’affranchir de moi, parce que j’ai eu de l’influence musicale sur lui. On a avancé ensemble. Je suis rentré à Paris, mais je ne l’ai pas appelé, par fierté. Je suis allé chez Barclay, on a fermé la porte du bureau et on m’a parlé à voix basse : « Barclay vont faire comme s’il ne se passait rien pour toi. Ils s’en foutent et vont laisser pourrir la situation. Donc fait quelque chose, prend un avocat. » L’avocat m’a dit qu’ils faisaient de la merde avec moi. J’avais plus rien à perdre à part de la tune : alors on a attaqué. J’ai récupéré l’argent de ce qu’ils me devaient sur le deuxième et troisième albums pour lesquels j’avais signé. Mais je me suis pris ça dans la gueule. J’ai mis des années à le digérer. Serigne et moi, c’était une amitié. C’était juste avant le premier Urban Peace [NDLR : le 21 septembre 2002] pendant lequel je devais être DJ de Disiz. On ne s’est jamais reparlé depuis.

« Parfois je me retrouvais en studio avec une caisse claire qui n’allait pas, et je me demandais « pourquoi ? » »

« Mon seul souhait »

À l’époque de Disiz, j’avais monté mon petit label, Gazdemall, parce que je voulais sortir des trucs de mon côté. Et donc, il y a eu l’idée de faire Brutagaz, un groupe qui réunissait Weedy et Delta d’Expression Direkt, Bricefa et Disiz. J’en avais parlé à Serigne, je lui avais fait rencontrer les gars. Weedy était venu à la maison, avait choisi les instrus. Et donc on s’était retrouvé au studio Chauve-Souris, à Ivry, pour faire le morceau « Jet Set des caves ». Après la sortie du maxi, Joey Starr voulait nous recevoir dans B.O.S.S., il se demandait ce que c’était ce groupe improbable ! [rires] Mais il s’est passé deux choses. D’abord, Fabrice a disparu, je n’avais plus de nouvelles de lui. Il avait carotté pas mal de gens, et a disparu des radars. Et ensuite, Disiz n’assumait pas le côté caillera du morceau. Mais pour moi, c’était du rap sans concession, pas caillera ! Donc finalement c’est tombé à l’eau. Et c’est con : Weedy était chaudard, j’étais chaudard.

La Famille Brutagaz - « Jet-set des caves »

Je me suis retrouvé à bosser sur Gazdemall avec Maj Trafyk, que m’avait présenté Fdy. J’avais invité Maj sur ma mixtape Illégale mix en 1998. J’avais été sensible à son écriture, en plus de son flow, il avait une certaine aisance. Et puis j’aimais bien aussi son côté mystique, il parle souvent de magie. Son EP SymetrikMan a été la première sortie de Gazdemall. Lolo nous avait décroché un partenariat avec Générations 88.2, on était rentrés en playlist avant la sortie du EP avec un morceau qu’il avait refusé de remettre sur l’EP. Il voulait sortir des morceaux où il kickait, parce que je crois qu’il voulait montrer au hip-hop parisien qui il était. Il avait déjà un nom en Guadeloupe avec le collectif Redzone.

Maj Trafyk - « Symétrikman »

C’est à cette époque que je me suis inscrit dans une école de musique, vers 2003 ou 2004. Parce que je voulais faire plus que placer une boucle sur un beat. Je suis de cette culture-là, je me suis longtemps auto-persuadé que c’était ça. Mais à un moment, quand t’aimes la musique : fais-la, ta boucle. Tu ne sais pas ce qu’est une gamme. C’est comme si tu voulais parler un langage, mais que de manière intuitive. Parfois je me retrouvais en studio avec une caisse claire qui n’allait pas, et je me demandais « pourquoi ? » Et puis là revenait tout le truc social « t’es un incapable, t’es un usurpateur, t’as pas appris. » Ce complexe. Dès que j’ai travaillé avec des jazzmen que j’ai rencontré grâce à DJ Cam, comme Alexandre Tassel, j’ai vu comment les mecs vont vite ! Et comme eux m’ont parlé comme à un musicien, ça m’a donné confiance.

J’ai alors commencé à bosser sur une série de dix maxis, les 12e Round Gala, et je regrette de ne pas avoir été jusqu’au bout. On en a sorti trois. Le premier contenait un morceau de Maj Trafyk et un autre de Béton Armé, une groupe de Stains. En face B il y avait « You’re Right ! », un morceau avec des jazzmen, Tassel & Naturel. C’est celui-là qui a eu un putain d’accueil. Je trouvais que ce qu’on faisait alors avait dix ans de retard. Très Ninja Tune du début des années 1990. J’me disais qu’on faisait de la music lounge, ce qui n’est pas un compliment chez moi. [rires] Mais on a reçu un super bon accueil ! Sans promo, on a vendu 500 exemplaires – ce qui était beaucoup, pour des maxis. Notre distributeur m’a dit qu’il était prêt à faire un deal en avançant l’argent pour les suivants. Donc j’ai fait un deuxième maxi où j’ai invité Octobre Rouge en face A, et encore un morceau jazz en face B avec Tassel & Naturel. [NDLR : « Jazzical Healing »] Et là, putain d’accueil. On a même été mixé à Londres par Mr. Scruff. [NDLR : célèbre DJ et producteur anglais de musique électronique, connu notamment pour « Get A Move On »] Sur le troisième maxi, j’ai invité Amara, un mec que j’aimais bien. Sur les suivants, je voulais me faire plaisir et inviter Nakk et Casey, que des putains d’MCs.

Jmdee-Beat - « You’re right! » feat. Tassel & Naturel

Mais après la sortie du troisième maxi, je me suis fait cambrioler mon studio à Stains. On était au Clos Saint-Lazare, dans les vieux quartiers de Stains. C’était un local que m’a prêté la mairie – ils étaient fiers d’avoir un mec qui habitait Stains et avait produit un disque connu. Stains, c’est une des villes les plus pauvres de Seine-Saint-Denis. On a donc eu un local dans un immeuble abandonné. En vrai, je me demande comment j’ai pu accepter ça, mais c’est peut-être la valeur que je me donnais. C’était ma place. On s’est sûrement fait casser par des gens qu’on connaissait. Ils ne m’ont pas volé mes vinyles, mais tout mon matériel, dont l’album Légende urbaine de Maj Trafyk qu’on devait sortir. Et là, je me suis mis à l’écart. Je continuais ma musique, j’apprenais mes cours. Mais je n’ai plus cherché à placer. Je creusais mon sillon, je vivais de mes économies, en cité à Stains. J’ai rencontré les mecs de Lords of the Underground vers 2005, qui étaient sur Paris, via DJ Science, un mec proche de Djamel et qui a été DJ pour Big Red. Quand j’ai rencontré DoItAll des Lords, il a vu que j’avais une grosse culture, on a parlé de groupes du New Jersey des années 1980. Je lui ai fait écouter mes trucs jazz, il a kiffé et est passé poser à la maison. Il y a un morceau qui est sorti sur une compilation de DJ Cam.

« En prenant mes cours de jazz, certains savaient d’où je venais et me disaient « qu’est-ce que tu fous là ? » »

« En scred »

Ma fille est née en 2007, mais j’ai perdu mon père la même année et j’ai enchaîné avec un lymphome en 2008, dont j’ai guéri. Mentalement, c’était une période où j’étais paumé. Mais mon éducation est revenue. Tu fais rien ? Tu bosses, mec ! Tu ne restes pas à te branler les couilles. Lolo avait monté une boîte, j’y avais bossé comme préparateur de commandes pendant trois ou quatre ans. J’ai même distribué les 20 Minutes devant le métro le matin. Mais en prenant mes cours de jazz, certains savaient d’où je venais et me disaient « qu’est-ce que tu fous là ? » Mais, moi, j’apprenais. Je faisais des concerts dans des bars de jazz, des maisons de retraite. Pour moi, c’était pour m’améliorer. Mes profs de musique faisaient de la musique avec moi, j’ai appris l’art d’improviser.

Par contre, j’ai rencontré un gars qui travaillait pour la ville de Stains et qui m’a dit : « si tu galères pour des studios, je peux t’emmener dans un endroit qui s’appelle la SAE, c’est une école d’audiovisuel. » Je trainais toujours avec les mecs de Vitry, notamment Farid. Et vers 2009, Farid m’a fait rencontrer Zesau, avec qui j’ai enregistré à la SAE un album avec tous les mecs qui l’ont incité à rapper. Donc on a fait des morceaux avec MC Eiht, Oxmo, 113, Démocrates D, Daddy Lord C, Abuz… Et ce mec de la SAE a halluciné sur mon bagage. Du coup il m’a proposé d’être prof à la SAE. Ils ont une section beatmaking, et voilà comment je me retrouve prof il y a dix ans. D’abord en cours du soir, un peu par hasard, puis en CDI.

Et quand t’es prof, t’apprends plus que tes élèves. Je mets à vide tout ce que je connais mais de manière empirique. Je dois expliquer ce que je fais, et c’est une chance pour moi. Je dois expliquer ce que je fais, formaliser ce que j’ai dans la tête, donc comprendre ce que je fais. Surtout que vers 2014, j’ai fait une formation d’ingé-son de la SAE pour me perfectionner. Donc j’étais prof et élève en même temps pendant deux ans. [rires] La musique est devenue mon métier, mais à travers la transmission. Je fais autant de beats que j’en faisais à l’époque de l’Illégal mix. C’est en vue de mes cours, et en même temps ça me nourrit, je garde mon couteau affuté. Je rencontre des petits jeunes qui font ça par amateurisme, et ça me motive. Ça m’a remis encore plus dans la musique que quand j’étais en maison de disques. Parce qu’il n’y pas d’enjeu. Je ne supportais pas la pression de l’enjeu commercial. Et j’ai du respect pour les gens qui viennent de cette culture-là, comme MadIzm, et qui en ont fait leur métier, qui n’ont pas lâché.

On s’est remis à travailler avec Fdy. Après Rimeurs à gages, il a été signé chez Secteur Ä. On s’est jamais perdu de vue, notamment à travers Trafyk avec qui je suis resté proche. Et en fait, il y a trois ans, pendant une journée porte ouverte de mon école, un môme s’est approché de moi en me disant « c’est toi Jmdee de Rimeurs à Gages ? Je suis le fils de Fdy. » Truc de dingue ! Le soir même Fdy m’appelle, il vient plus tard au studio, et ça s’est fait naturellement. On a neuf morceaux, et je pense que c’est du costaud. Et c’est que du plaisir, comme beaucoup d’anciens qui refont du son juste pour le kif.

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