TOERA, de haut en bas

Le titre ZENITH & NADIR, dernier EP de TOERA, est une vraie trouvaille. À la fois symbole d’ascension et de chute, il est particulièrement représentatif de ce que la jeune rappeuse inspire.  En à peine trois courts projets, la Lyonnaise a brûlé les étapes méthodiquement, pour obtenir un brasier qui s’élève à présent surprenamment haut. 

D’abord chanteuse aux influences punk, TOERA se passionne pour le rap lors du confinement à travers les figures du rap parisien de la dernière décennie comme elle l’expliquait au média Conscienxious. Fixpen Sill, Népal et Alpha Wann lui donnent ses bases et en 2024 son EP PETITE CONNE est à leur image : abusivement scolaire, elle distille pourtant déjà des éléments intrigants pour les plus avertis. À la fin de la même année, le niveau grimpe brutalement. PETITE CONNE vol.2 est plus pesant, la rappeuse y est encore plus crue et use de multisyllabiques fluides avec un flow en ligne de tension. L’année 2025 continue dans cette lignée avec un EP et deux singles variant les sonorités. Les intonations démonstratives de rappeuse de battle laissent place à une interprétation mieux affirmée et plus musicale d’une jeune MC sur une mission. L’aboutissement arrive en mars 2026 quand sort ZENITH & NADIR.

Les trois titres de l’EP sont nerveux rythmiquement mais profondément mélancoliques dans leurs sonorités, leurs interprétations et dans ce qu’ils racontent. La Lyonnaise use d’effets vocaux et de mélodies pour intensifier l’émotion mais reste strictement rap dans son approche. L’aspect ludique des précédentes sorties persiste légèrement dans des rimes bien trouvées ou des tournures de phrases plus cyniques que sombres. Exceptés ces moments qui arrachent des sourires amusés à l’écoute, TOERA rappe « cet éternel pincement qui comprime tes poumons lorsqu’on t’arrache les ailes » comme le disait Mac Kregor. Les trois titres sont une chute graduelle vers le plus sombre. Particulièrement le morceau « LE ROI DU SILENCE » décrivant une relation passée dans un morceau fleuve où chaque détail émotionnel et sensation corporelle découvre une plaie,  (« La haine c’est le premier gosse que tu m’as fait/Il reste au coin du feu quand je brûle à l’intérieur/Je l’aime pas mais j’ai pris soin du petit ange/Il mange il prend des forces/Je sais qu’il deviendra teigneux. ») L’EP achève sa descente dans des abîmes douces, en polyharmonie rappées entre TOERA et le rappeur de lyon Masguel accompagnant les notes de pianos et le synthé saturé.

TOERA propose, au-delà du tour de force de sa formation accélérée, un rap enrichi aux influences alternatives (« j’ai connu les gueules de schlague le zbeul des squats/ancienne droguée future jeune reusta ») en restant résolument une kickeuse. C’est par le médium rap qu’elle exprime le mieux son rapport aux autres, aux sexes, à ses engagements ou à ses oppositions. Une démarche sincère, intense, et pleine d’une hargne à lui faire grimper les parois du gouffre avec les ongles. Faisant fi de ses ailes perdues dans le clip de « LE ROI DU SILENCE » et retournant au Zénith.