Tag Archives: grems

Disons le : le Pays Basque n’a jamais vraiment été une immense terre de rap français. À l’exception de quelques noms comme VII ou plus récemment Baby Neelou ou ØDEI, la Côte Basque n’a, dans son histoire, pas forcément su prendre la vague nationale du rap en France. Manque de synergie locale, soutien faible de la part des acteurs culturels de la région, prédominance d’autres musiques, tant de raisons qui ont sans doute alimenté un cercle vicieux n’ayant pas permis au genre de se faire une place localement. Un constat qui a probablement donné envie à Grems et Trankil Trankil de sortir BACKWASH : un EP dans lequel le duo tente d’inventer un véritable son et une identité au rap de la côte basque française. 

Si Grems n’a pas grandi sur le BAB (Biarritz-Anglet-Bayonne) il a pourtant été adopté par la région depuis plusieurs années. Déjà installé à ses débuts dans le rap et le graphisme à Bordeaux, le rappeur et graffeur inventeur du deepkho a en effet posé ses valises sur la Côte il y a treize ans maintenant (l’Abcdr l’avait d’ailleurs rencontré là-bas au bord de la plage en 2018). Avec le temps, l’auteur de “Chat con” a alors fait la rencontre de Trankil Trankil, un surfeur et rappeur du coin basé à Biarritz, réellement actif depuis 2019, qui revendique clairement son ancrage local. Ensemble, les collaborations vont alors s’accélérer, au point d’aujourd’hui déboucher sur un EP entier avec un objectif clair : revendiquer le Sud Ouest, et attester aussi du renouvellement constant de Grems depuis 25 ans. 

Nommé BACKWASH (en référence aux vagues à “contresens” qui viennent taper celles se dirigeant vers la côte), ce dix titres voit ainsi les deux rappeurs imaginer un “son” West Coast français, sans tomber dans les clichés habituels autour du Pays Basque. Loin des Reels qui veulent transformer la région en simple Californie française, ou en paradis pour Parisiens et Bordelais, l’EP des deux rappeurs laisse entendre une musique à la fois laidback et technique (en grande partie composée par Roland Jones mais aussi NxQuantize, Gasthem ou OffMike) reposant sur un équilibre entre sonorités rétros, et rythmiques plus modernes. Un mélange de samples funk, jazz ou phonk, sur des pulsations plus puissantes, qu’elles soient trap (“Backwash”, “Zoobida”) ou même drill à différents tempos (“Nine”, “Shauny”) qui appuie dans sa musicalité le côté ride au bord de l’océan de la région, tout en reconnaissant aussi sa part plus énervée, notamment dans son identité régionale locale.

Comme pour mieux montrer d’où viennent les auteurs de l’EP, tout BACKWASH est ainsi traversé dans ses textes par de nombreuses références aux revendications régionales, qu’elles soient identitaires (“Réduits à néant comme les vrais euskalduns”), anti-autorité (“fuck la flicaille en Clio”) ou en opposition à la gentrification (“Laisser les clés du Pays à des M.Burns, ça fait des Elliott, ça fait des Hugo Clément) tout en glissant quelques mots et expressions que seuls ceux qui vivent sur place auront (“kospei”). Un rap plein de références aux vagues et à la mer, mais aussi à la défense d’une culture locale, qui permet ainsi à BACKWASH de ne pas tomber dans le piège de la carte postale, tout en montrant ce qu’est vraiment le Pays Basque : une terre aussi détente qu’elle peut parfois être vener’. À l’image de cet EP, autant fait pour rider en été que pour survivre à la tempête en hiver. 

Durant son existence, l’Abcdr aura rencontré Grems à des moments très différents de sa carrière. La première fois fut en 2011 : un moment où le rappeur, déçu de l’industrie musicale et de ses rouages, avait de la bile à déverser sur un milieu qui ne lui convenait définitivement plus. La deuxième fut alors en 2019 : un autre moment où, cette fois-ci, l’apaisement commençait à pointer le bout de son nez au sein du parcours d’un artiste qui n’aura jamais souhaité être dans une case. C’est finalement tout ce qui fait le charme de la musique de Grems depuis le milieu des années 2000 : elle est totalement inclassable, bizarroïde, audacieuse, mais jamais prétentieuse. 

De quoi avoir envie d’inviter le rappeur, inventeur du deephko, ce genre musical mélangeant rap et house, à venir au micro de notre podcast Trajectoire, pour raconter son parcours à travers ses albums, sa créativité, son besoin constant de nouveauté, et son attachement à une valeur forte : l’indépendance. Sans totalement se marginaliser, Grems a depuis ses débuts toujours fait un pas de côté pour observer le rap français. Parfois pour le critiquer, et d’autres fois pour le modifier. C’est tout le propos de ce troisième épisode de Trajectoire. 

À retrouver dans ce podcast

  • 00:00 Générique et introduction
  • 01:09 Le rap par dessus tout
  • 23:07 Une  réinvention permanente
  • 50:01 Rester hors du système
  • 01:13:14 Générique et conclusion

Crédits

  • Un podcast animé par Brice Bossavie
  • Enregistré à FGO Barbara à Paris
  • Moyens techniques et réalisation : Shkyd
  • Générique : Shkyd
  • Visuel : Jérémy Métral
  • Photographie de Une : Malvina Colette 
  • Production : L’Abcdr du Son