Asinine, Doom Generation
« Aujourd’hui c’est doomsday. » Il n’est pas question du prochain Avengers mais d’un maxi 3 titres surprise, ainsi teasé le jour de sa sortie par Asinine. À nouveau orchestré par son acolyte Briac Severe, ici rejoint par Lil Chick et Léo Bouloumié, Doom sonne l’heure d’une apocalypse marseillaise.
Loin du noir et blanc des précédentes sorties, la pochette verte met en scène la vingtième arcane du tarot : un ange soufflant dans la trompette du jugement dernier. Cette référence aux cartes rappelle le visuel d’un autre 3 titres de la rappeuse, XIII, qui représentait La Mort brodée sur un tissu. Et avec Doom, il s’agit bien de métaphore filée. Après La Jetée (sorti en 2025), conte gothique introspectif, cet EP est une nouvelle percée dans l’intime, en témoigne la triste phase « c’que j’fais j’aime pas vraiment, ça m’ressemble trop. »
Sur le premier titre, « La bête », Asinine fait face à ses propres démons sur fond de synthés électro qui sonnent comme des cors dissonants. Puis la nostalgie revient au galop sur la prod jersey de « Solange » dont les drums résonnent avec l’esthétique du désastre. L’apothéose vient avec le dernier son qu’Asinine a interprété en exclusivité sur la scène de la Cigale pour la fin de la tournée de La Jetée. « Que du vent » a des accents de ballade médiévale moderne où la tristesse est toujours poétique : « J’ai peur qu’mes rêves, ils commencent à me pourrir sous les ongles. »
Si la carte du jugement appelle à se regarder soi-même, Doom dresse ainsi le bilan de ses premières années de carrière. Les fans de la première heure reconnaîtront une nuée d’auto-références glissées dans ces trois titres. Asinine nous rappelle le poids de cette « foutue colère » (celle qui ne change jamais d’adresse de « Ballades »), au point de « brûl(er) la maison » (comme sur l’EP éponyme de 2024), le tout sur des nappes électros à en faire « crier le Moog. » Mais les non-initié·es ne resteront pour autant pas à la marge, Doom étant un bon moyen de rencontrer l’artiste. Car si l’EP s’inscrit dans une continuité, ce dernier est également annonciateur d’une nouvelle ère. Le jugement étant (aussi) l’arcane du renouveau ou de la renaissance, ce 3 titres donne envie de continuer à suivre les réinventions sonores d’Asinine. – Orane Gibier