Chronique

Deakxn
One-8Hunnid-Crank

Negative Mindz - 2026

Alors que la scène DMV maintient son rythme effréné de sortie en 2026, le producteur et nouvellement rappeur Deakxn a récemment sorti son premier EP, One-8Hunnid-Crank. À la fois très poussé dans sa proposition et limité par le contexte de début de carrière, le disque en dit autant sur son auteur que sur la scène dont il fait partie.

Photo à la une : Chrisshotem

La scène DMV est toujours particulièrement productive en 2026. Le gâteau de la « Free Car Music » se partage à présent entre deux entités musicales, à savoir le collectif TMS pour Too Many Strikers et DPM pour Deep & Powerful Music. Les deux équipes se complètent presque harmonieusement. La première, à l’image de son nom, se nourrit d’influences rage et drill particulièrement brutales. La seconde, sans se départir du côté cardiaque du son de la zone, explore des sonorités plus ambient et atmosphériques. Les plus passionnants comme Slimegetem (ex-membre de TMS) et Xang (membre de DPM) ont déjà livré de belles pièces et attiré la lumière sur l’une des régions des États-Unis les plus frappées par le manque d’emploi et la répression de l’ICE. Ce duopole dissimulerait presque la richesse du son régional. Dans l’underground de l’underground, certains nouveaux arrivants en font les frais.

Sur son EP nommé One-8Hunnid-Crank, Deakxn n’est pas tout à fait en marge mais pas tout à fait aligné sur ce que les TMS et les DPM proposent. Indéniablement dans le registre crank rap, nerveux et minimaliste, le fils de Chucky Thompson (ancien beatmaker du label Bad Boy) souhaite proposer un son plus holistique que celui qui a pu nourrir les sonorités de Washington DC. Des nappes plus Memphis parsèment son dernier EP sur lequel on retrouve d’ailleurs Duke Deuce, héros local de la cité de Juicy J et DJ Paul. Un autre invité, ICYTWAT, est réputé pour sa trap très ouvragée et enrichie autant aux textures de samples niches que du son Screwed & Chopped houstonien. Base de Free Car Music sur laquelle est greffée une pluralité d’héritage de la précédente décennie, cette hybridation contenue dans un 7 titres offre un paradoxe assez fascinant. Les percussions crank semblent s’engluer dans les samples et basses lugubres faisant varier l’auditeur entre l’amorphie de DJ Screw et la tension paniquée des voleurs de voitures de Washington DC. Deakxn rappe sur cet amas sonore avec des patterns trap bien moins hachés que ses confrères du DMV, rendant le tout judicieusement plus lisible. Plus limité aussi.

Le choix d’alléger le rap est cohérent et sûrement explicable par la dimension de novice de Deakxn, jusque-là plus identifié en tant que producteur et ingénieur du son que comme MC. À l’image d’un MexikoDro, lui aussi récemment passé de l’autre côté du micro, il est tout à fait compréhensible que la construction des morceaux et leurs productions soient, à ses yeux (et oreilles), prioritaires en comparaison de la performance rap. Le fait est que Deakxn ressort assez peu de son propre premier EP. Cela est d’autant plus criant sur le morceau avec Duke Deuce dans lequel Deakxn livre une performance pleine d’arrogance assez attendue, se comparant à Gucci Mane. Hommage sans doute honnête mais aujourd’hui très convenu. Puis il laisse place à un Duke Deuce plein d’attitude et d’aisance reprenant la phrase de comparaison avec Gucci Mane. Mais Deuce, lui, détourne la phase pour se comparer à Kingpin Skinny Pimp et dérouler argot, jeux de mots et assonances. L’écart est criant. Le jeune rappeur producteur trouve pourtant tout le long du disque plusieurs refrains accrocheurs. Parfois certaines images font mouche, comme dans le refrain de « The Same » dans lequel il se décrit conduisant sous la pluie entouré de femmes qu’il ne différencie plus. Mais l’EP déjà très court manque de couplets, certains titres n’en comportant qu’un unique, pour que l’aspirant MC attise la moindre curiosité sur son rap.

Un disque d’une grande qualité d’exécution, un écrin superbe et très riche dont le protagoniste ne semble pas certain de ce qu’il est censé en faire. Une sorte de démo de jeu vidéo dans laquelle les contrôles, les graphismes et les ébauches de game design sont tous plus réjouissants les uns que les autres sans qu’il n’y ait encore aucun moyen de savoir ce que tous ces éléments peuvent bien raconter. Regrettable pour un sous-genre de rap ayant mis en avant parmi les personnalités les plus passionnantes de la scène US actuelle (de Nino Paid à ST6 Jodyboof). Deakxn rappelle SpaceGhostPurrp dans ce paradoxe musical fascinant et décevant à la fois. Une ambiance unique de par la maîtrise de codes très modernes et contemporains, parsemée d’hommages appuyés aux sonorités plus anciennes. Mais qui, finalement, ne sert qu’à rester en surface du reflet des VVS sur les cambrures de femmes sans visages. Sans le sourire lubrique en coin d’un 2 Chainz ou l’urgence d’un Rio Da Yung OG.

Le EP n’en reste pas moins une vraie proposition à part et maîtrisée, une belle promesse et un pas de côté intéressant pour les fans boulimiques de la scène, qui en veulent toujours plus. Il y a de quoi intriguer les plus néophytes. De là à faire de Deakxn une future figure de proue du DMV, c’est à voir. Le street rap de la zone semble exiger des rappeurs plus cathartiques que ce que le jeune perfectionniste peut pour l’instant incarner.

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