« Dans la tourmente », Le Bavar et les Cafards
« Je connais tes cauchemars » (second couplet), « 365 cicatrices », « Le silence de ma rue », « Nature Morte », « Tellement à faire », « Luttes intestines », « Ma routine », « Capharnaüm »… Depuis « Champs de canne à Paname » en 1999, Le Bavar a laissé des marques indélébiles dans les cervelles nourries au rap français. Le style est noir, sans échappatoire, voire sans avenir. Le champ lexical est fait de cordes pendues, de frigidaires vides et de douleurs vieilles de quatre cents ans. Son rap est frontal, aiguisé, serti de punchlines qui n’en sont plus car celles-ci servent un dessein plus important que la phrase-choc elle-même. Elles sont une lutte, un combat, une rancune envers « les griffes du pouvoir exécutif » et un constat aussi froid que le cadavre de « P’tite Laura ». Avec « Dans la tourmente », le rappeur d’Elancourt donne dans un exercice boom bap sur une production de Kool Kasko fortement influencée par « New York State Of Mind ». Scratchs de DJ Monark à l’appui, le côté poissard inhérent au style de Philippe (qu’on a plus la coutume d’entendre sur les productions atmosphériques au bpm plus lent de La Rumeur) est toujours là. Deuxième extrait de la compilation Cafards Sensibles à l’initiative de Franck « Da Cockroach » Dureau et du beatmaker Ringo, il est la dix-huitième piste d’un disque autour d’un concept post-apocalyptique déjà abordé lors de son second livre We Can’t Be Stopped. Côté mic : Dany Dan, Faf Larage, Ol’Kainry, Kohndo mais aussi Hemo, VII, Doc X, LTA ou Furax Barbarossa se retrouvent entre autres au tracklisting d’un album crasseux mais non dénué d’espoir, fidèle à une esthétique boom bap et – c’est assez rare pour le souligner – sans aucune distribution digitale.