Cavalier, nostalgie de vert pâturages

Comment donner suite à son magnum opus ? Comment, après avoir atteint le momentum tant désiré lors duquel s’alignent exposition, reconnaissance et aboutissement artistique, continue-t-on de faire de la musique sans le goût amer du meilleur derrière soi ? Cet enjeu a hanté bien des rappeurs, notablement des New Yorkais se devant de continuer dans l’ombre de leur Illmatic, de leur Only Built 4 Cuban Linx ou de leur It’s Dark And Hell Is Hot.

Cavalier, en 2026, a dû se confronter à cet enjeu. Le très réputé New Yorkais, qui a aujourd’hui laissé la Grosse Pomme pour la Louisiane, reprend pour la première fois du service après son passage en 2024 chez Backwoodz Studioz, label de Billy Woods. Cette collaboration label-artiste avait donné deux disques : le massif Different Type Times, ambitieux et chargé, et le plus ramassé CINE entièrement produit par un des beatmakers maison de Backwoodz Studioz, Child Actor. Une bonne presse avait suivi la sortie de Different Type Times, abordé brièvement dans nos propres colonnes. De même, Picthfork livrait une chronique élogieuse et le note 8/10. Même Rolling Stone, magazine plus généraliste, l’avait inclut dans son top 100 des meilleurs albums de 2024. L’album était une profession de foi adressée à un rap de la côte Est qui évolue à son rythme comme le dit le titre. Il perpétuait le long héritage de label comme Rawkus, Stones Throw ou plus récemment Mellow Music Group dont Cavalier a été proche. La teinte du disque et le rap aéré mais bourré de rimes de Cavalier faisaient penser à une version modernisée de One Day It’ll All Make Sense de Common avec Quelle Chris en guise de No. I.D. . Un disque conscient d’être l’œuvre majeure de son auteur après des années à rôder dans l’underground New Yorkais.

Comment revenir à la scène après une telle pièce ? Cavalier paraît à peine se poser la question. Plus respecté que jamais, le trentenaire retourne sereinement à son label historique, Old Soul Music, pour le 10 titres Bring Back Weed Spots. Plus intime, moins magistral et grandiloquent que le diptyque antérieur, le disque sorti le 14 août 2026 est entièrement produit (à l’exception de l’outro) par Ahwlee du duo B. Cool Aid. Le beatmaker amène sa patte jazz enveloppante et, pour l’occasion, enfumée. Il offre ainsi à Cavalier un cocon pour son thug rap, qui décrit avec ironie la nostalgie d’une époque où la défonce était communautaire et le coin de rue une bulle réconfortante d’odeurs, de froissements de feuilles et de ricanements béats. Laissant la gravité et la démonstration auparavant exigée par le contexte, Cavalier profite de la plus grande intimité de ce format court, du thème et du retour aux vieilles habitudes. Il y montre une virtuosité plus sereine, plus aboutie que ses anciens projets mais aussi moins tendue que sur son fameux « grand disque ». Du rap de stoner par un rappeur à sac à dos en pleine possession de ses moyens, résolvant presque par négligence le pesant défi qu’est la suite d’un album acclamé. Plus adapté encore à son style de rap et à sa personnalité, Bring Back Weed Spots en devient peut-être même son chef-d’œuvre. Le temps nous le dira, peut-être dans 10 ans, peut-être en 2026. Il s’écoule différemment pour cette école de rap.