Yung Lean, Future, Metro Boomin : le soleil se couche sur GTA VI
Été 2013. A peine âgé de 17 ans, le natif de Stockholm Jonatan Håstad sort sa première mixtape Unknown Death 2002, portée par les productions de Yung Gud et White Armor. Le disque présente une version blanche et européenne du rap américain codéiné des années 2010, divise la critique et installe durablement le nom de Yung Lean dans les esprits. Quelques semaines plus tard, le cinquième épisode de la série de jeu vidéo Grand Theft Auto voit le jour sur Playstation 3 et Xbox 360. Plébiscite critique et public sans précédent, l’œuvre du studio écossais Rockstar devient le second plus gros succès de l’histoire du médium, avec 225 millions de jeux vendus. 13 ans plus tard, la sortie de GTA VI est attendue avec une fébrilité dévorante par le public occidental. Outre la liste impressionnante de classiques déjà confirmés, Rockstar mise sur le gratin de la pop mondiale pour une série de titres exclusifs aux playlists de son jeu : PinkPantheress, Morgan Wallen, Keith Richards. Et bien sûr, Yung Lean, en duo avec Future sur un beat de Metro Boomin.
« That’s It » est ainsi le retour du suédois à un rap plus franc, après quelques détours stylistiques ces dernières années. Le titre du morceau, qu’on pourrait traduire par « c’est tout » ou « c’est fini » renvoie autant à l’idée d’accomplissement qu’à une forme de fatalité, en miroir de la nature de ce morceau hautement symbolique : jeune admirateur lointain des stars américaines de la trap, Yung Lean est désormais l’égal de Future. Par un retournement du destin qui parait absurde, mais que les auditeurs de rap ont pourtant observé en direct pendant plus d’une décennie. Aucun ego-trip ou célébration pour le Sad Boy, ici à un souffle de la crise d’angoisse, écrasé par le poids du succès. Fidèle à lui-même, Future dépeint l’autre versant de cette malédiction de la fame, qui pousse à déshumaniser son prochain autant que soi-même.
En accord avec l’univers du jeu, qui prend place dans une version fantasmée de Miami, Metro Boomin convoque les synthés et les guitares 80s qu’on associe aux représentations cinématographiques de la ville. Avec des accords mineurs dépressifs et une ambiance crépusculaire, presque de fin du monde, qui joue avec les clichés liés au décor de Scarface. La série GTA est connue pour exposer à sa manière le flan dégoutant de l’Amérique. Ce morceau à la tristesse froide, porté par une star qui semble n’avoir trouvé aucun bonheur à réaliser son rêve américain, est un peu à l’image des espoirs fous placés dans GTA VI : un dernier shoot avant que le Soleil se couche, sur un monde qui n’existe déjà plus.