Zinée sous la surface
Interview

Zinée sous la surface

Avec bil, sorti cette année, la Toulousaine Zinée continue de tracer son chemin. De titre en titre, elle développe sa singularité, au croisement de multiples influences et de ses expériences personnelles. Pour l’Abcdr, elle revient sur son histoire avec générosité.

Photographies : Eliott De Sousa pour l’Abcdr du Son

Entre la sortie de Futée, en 2020, et aujourd’hui, Zinée a bâti et perfectionné un univers à la fois fantastique et profondément ancré dans le réel. Cette ambivalence dans sa musique ne découle pas d’une volonté de fuir ou de romantiser la souffrance qu’elle raconte, mais plutôt d’un choix de narration qui laisse la place à la fantaisie. Une manière de nourrir ses nombreuses obsessions – comme les couleurs, l’eau ou le cinéma. Une manière de réserver son propos aux rêveur.ses, à celleux qui plongent sous la surface.

Gamine, Zinée était déjà passionnée et déterminée. Sans franchement savoir quoi en faire, ni où aller. Sa trajectoire a bifurqué et bifurqué encore, parfois même malgré elle. Désormais, la jeune femme est là où elle a envie d’être. C’est ce que bil raconte : la patience, la compréhension et l’amour. De ce qu’elle fait, de celleux avec qui elle le fait et de tout ce qu’elle peut encore faire. À mi-chemin entre acoustique et touches électroniques, entre une voix pure et plus ou moins vocodée, l’EP de sept titres est un tableau en camaïeu de ce que la rappeuse a de plus précieux. Un iceberg que la Toulousaine décortique dans un long entretien avec l’Abcdr du Son.


PASSION

Je n’étais pas bonne à l’école. Même au sport, je n’arrivais à rien. Au collège, on a demandé à ma mère de me faire passer des tests de QI, parce que j’avais envie d’apprendre mais que je n’y arrivais pas. À 13 ans, on m’a proposé un CAP blanchisserie. Je n’ai rien contre ça. J’ai des potes qui ont des délires avec le bois qui sont devenus ébénistes. J’ai une pote à moi – sa mère tient une blanchisserie – la matrice du linge, ça la fait triper, ça la passionne. Il faut être animé par le truc. On m’a proposé ça pour les mauvaises raisons. Après les tests, on s’est rendu compte que j’étais dysharmonique [évolution déséquilibrée des fonctions cognitives chez l’enfant, ndlr]. J’ai des items très hauts et d’autres à la moyenne basse. Ce décalage fait que je m’exprime très bien à l’oral, mais que je n’arrive pas à retranscrire ce que j’essaie de dire à l’écrit. Une tâche simple peut aussi me prendre deux heures. Depuis que j’ai 17 ans, je ne tiens pas un taf plus de six mois parce que je me fais toujours virer, même dans des tafs pas compliqués. J’ai été femme de ménage, j’ai travaillé en pâtisserie, en cuisine ou en tant que vendeuse. Il n’y avait aucun domaine dans lequel je me sentais valorisée. J’avais besoin de sentir que j’étais utile où que j’arrivais à faire quelque chose. Avec le temps, j’ai effacé tout ce qu’on avait prédit pour moi.

Mon premier amour, c’est le cinéma. Je ne pensais pas faire de la musique ma vie. Je ne pensais pas non plus faire du cinéma ma vie, parce qu’on t’apprend que ce n’est pas possible. Pendant un temps, j’ai vécu l’illusion de me dire que je pourrais travailler dans les décors. J’aurais adoré faire de la déco, du costume ou être étalonneuse – je suis matrixée par les couleurs. Mais en fait, je suis très mauvaise technicienne. J’ai de la culture et j’ai appris beaucoup de choses en cours, mais je me suis rendu compte plus tard que ce n’était qu’une passion. Ça faisait presque une dizaine d’années que je me butais à tout. J’étais hyper sûre de moi et dans ma tête, si tu étais passionnée, tu pouvais t’en sortir. À l’époque, grâce au frère d’une amie, j’avais pu rencontrer un réalisateur pour lui montrer mes clichés en vue d’un éventuel stage. J’avais 22 ans. J’arrive là-bas, je suis sûre de mon karaté, il regarde et me dit : « ah ouais, c’est pas ouf ». Selon lui, il n’y a rien. Ce jour-là, il m’a rendu le meilleur service de ma vie. J’avais appelé mes proches en disant : « vous allez voir, je vais monter à Paris et ce mec va me prendre en stage parce qu’il va déceler en moi que j’ai la mental’ pour y arriver ». Je me souviens que je sors de l’immeuble et qu’il se met à pleuvoir. J’étais à Père Lachaise avec mon dossier sous le bras, et tout le monde m’attendait. Maintenant que je rencontre des gens dans l’image, très talentueux, des try-harders, je me rends compte qu’il y a autre chose en plus de la passion. Quand tu es animé par quelque chose, tu fais vite des raccourcis.

« Je fais de la musique authentique, dans ma chambre, dans mon intimité, avec des gens que j’aime et qui me veulent du bien. »

PLACE

Toulouse, c’est toute ma vie. C’est chez moi, c’est le seul endroit où je me sens vraiment bien. Pour l’instant, en tout cas. J’ai habité Bruxelles et Paris et je ne me sentais pas du tout chez moi. Il n’y a pas de soleil. C’est trop… [elle réfléchit] trop stressant. Paris m’a rendue anxieuse. Je n’aurais pas pu y passer dix ans – déjà quatre, c’était trop long… Donc je construis mon rapport à la musique à Toulouse, avec mes parents et mon grand frère. Mes parents dansaient hyper bien, étaient très artistes mais étaient tous les deux éducateurs. Le rêve chez nous n’était même pas pensé. Iels étaient de gros consommateur.ices de musique sous toutes les formes : mon père était passionné de cinéma, ma mère est passionnée de cinéma, mon frère est passionné de jeux vidéo. Il n’y a pas que la radio et les CD : on bouffe de la musique tout le temps en nous renseignant sur chaque BO [bande originale, ndlr]

Je découvre très tard que j’ai une voix. Au collège, ma professeure de musique me convoque pour me faire chanter seule. Plus tard, je chante avec des copains à la guitare « Wonderwall » de Oasis – comme 95% des jeunes de mon époque – et ils me disent que j’ai un petit truc fluet. Petit à petit, dans ma vie, on me le dit. À la fac de ciné, je m’inscris en chorale gospel car je n’ai pas d’activité et que je déprime, sans me dire que j’ai les capacités de faire plus. Puis je me rends compte que je ne vais pas bien dans ma tête et je pars à Bruxelles pour faire l’école Agnès Varda. C’est un prétexte : ce que je veux, c’est partir pour travailler et me faire de l’argent. C’est une école publique avec une grosse sélection à l’entrée, mais je passe l’examen avec succès. Je trouve un taf et me rends compte que les deux emplois du temps sont incompatibles et que ma mère n’a pas les moyens de me payer quoi que ce soit. Je choisis de travailler en tant que vendeuse, et plus tard, je rencontre quelqu’un qui me parle d’un poste à Paris. C’est l’occasion pour moi d’y muter. Je ne pensais toujours pas à faire de la musique : je pensais à trouver une solution. Je n’avais pas du tout conscience que j’étais malade à l’époque [endométriose aggravée, cf. suite de l’interview, ndlr] et que la vente n’allait pas être possible sur le long terme.

Quand j’arrive à Paris, je travaille quarante heures par semaine et j’habite en face d’un label. Je sympathise avec un mec signé là-bas. On boit souvent des cafés en bas. À l’époque, je fais de la musique avec une pote et je m’enregistre sur Snap, mais ce n’est pas sérieux [rires]. Je finis par en parler à ce mec. Son label veut signer des gens et me propose de passer, « on ne sait jamais ». Je passe, et ils me signent. Ma mère m’a toujours dit qu’un jour, les choses allaient s’aligner pour moi. Et en moins d’un an, je vis de la musique. Le soir, je vais en studio avec Sheldon, on fait des morceaux, on les sort, et le label se rend compte assez vite que je ne peux pas faire deux choses en même temps. Je n’ai jamais cru en ce que je faisais, et des gens y ont cru pour moi. Je pensais que ça ne fonctionnerait jamais, mais que ce serait une super expérience.

La musique est le seul domaine qui me valorise, le seul endroit où j’arrive à passer au-delà de l’empêchement que j’ai et de mes insécurités. Parfois, je mets des mois à faire un morceau et je sais qu’à la fin, je n’en serai pas fière à 100% – mais je sais aussi qu’il peut toucher des gens et qu’il matérialise un ressenti, une épreuve que je traverse, un message. Pendant très longtemps, je n’ai pas été en paix avec moi-même. J’ai tout reboot dans ma tête quand j’ai eu mes gros problèmes de santé et j’ai réalisé que c’était ça : je fais de la musique authentique, dans ma chambre, dans mon intimité, avec des gens que j’aime et qui me veulent du bien. Ce n’est fait que dans l’amour et je sais que pour l’instant, c’est ce que je dois faire. Peut-être que je ne le fais pas comme tout le monde, qu’il me faut plus de temps que quelqu’un qui a des facilités à l’écrit – mais quand je pose une phrase et que je décide qu’elle reste, je sais qu’elle a sa place dans ce que je raconte. Je lutte pour ne pas écrire comme je parle, et c’est une gymnastique. Dans le rap, on dit qu’on écrit comme on parle mais ce n’est pas vrai. Il y a quelque chose de plus romancé, une mise en forme, ce n’est pas aussi brut. J’ai maintenant des automatismes qui font que ça va plus vite, mais ça me demande un effort. J’adore me casser le crâne pour ça. J’en parle souvent avec Oxmo, parce que sa manière d’écrire est hallucinante à mes yeux. Il aime beaucoup la mienne et je trouve ça fou, car il écrit à une vitesse impressionnante. Il comprend que ça prend du temps pour moi car j’ai envie que ça ait du sens.

« J’avais 11 ans quand mon père est parti. Il ne m’a jamais entendue chanter. »

OXMO PUCCINO

[Elle montre son bras] Quand j’avais 19 ans, je me suis fait tatouer Opéra Puccino. L’album est sorti un an après ma naissance et mon père était fanatique de rap. Oxmo était son idole, donc je suis allée le voir plein de fois en concert avec lui. Quand tu perds quelqu’un, les choses que cette personne aimait deviennent tes petites amulettes. Mon amour pour Oxmo est une de ces amulettes. J’ai eu la chance de le rencontrer parce qu’il m’a invitée sur l’émission « Bâtiment B », et on ne s’est pas lâchés depuis. On s’appelle souvent, on se voit souvent, c’est devenu un copain. Il est vraiment la personne que je pensais qu’il était, et ça fait un bien fou. Il a une humanité rare, une simplicité… Tu peux lui parler de tout sans faux-semblant.

Lui et Chilly Gonzales, ce sont deux rencontres qui m’ont fait énormément de bien à un moment où j’étais au plus bas. Ça me prouve qu’on peut être un grand et être quelqu’un de bien. Ce sont des gens qui ne créent pas dans la souffrance, toujours dans la valorisation. Tout est dit avec bienveillance, sans ego. Je ne veux plus que ça dans ma vie : des gens simples et qui ne sont pas anxiogènes. Un jour, Oxmo m’a dit : « Lisa, il y a trop de gens talentueux sur terre pour travailler avec des cons ». Je trouve ça assez vrai. Il a rencontré l’équipe que je kiffe, Epektase, Kronomuzik, qui sont des gens adorables. Ça fait sept ans que je les connais et je ne les ai jamais entendus parler mal de quelqu’un. On a fait le projet à quatre avec Chilly, Freaky Joe et Empty7. Ce ne sont des mecs talentueux, bienveillants et on s’est éclatés à faire ce projet. On est les 4 fantastiques ! Que ce soit ma productrice, mon management, mon attachée de presse, ça n’a été fait que dans l’amour et la bienveillance. Tout le monde a pris du plaisir, même si on a sué !

ENFANCE

J’habite dans ma maison de famille, avec ma mère. Elle ne me loupe pas sur le texte. Parfois, je lui fais écouter et elle me dit que ça ne veut rien dire, alors je repars de zéro. La maquette de « miraculée » était planquée dans mon ordinateur. Empty savait que je faisais du son tous les jours mais que je n’envoyais pas tout. Il a récupéré toutes mes maquettes avant de me faire une feuille indiquant ce que je devais absolument garder. Sur cette maquette, il n’y avait que cette phrase : « Je chante pour quelqu’un qui ne peut même pas m’entendre / Des fois j’aurais préféré qu’on m’enterre avec ». Il m’a dit qu’elle était trop forte, et je me suis dit : « je vais vraiment faire écouter ça à ma mère ? ». C’est comme « j’ai grandi sans père, j’suis même pas sûre qu’ils comprennent, j’ai pas l’toit d’ma maison ». Il ne faut pas que ce soit tabou.

Quand tu perds un parent et que tu fais une chanson, même si les gens te disent qu’elle est belle ou qu’elle marche bien, tu sais que la personne que t’as perdue ne l’écoutera jamais. Elle ne sait peut-être même pas ce que tu fais. J’avais 11 ans quand mon père est parti. Il ne m’a jamais entendue chanter. Je chiale à chaque sortie parce qu’il est l’une des raisons pour lesquelles je fais ça et que lui-même n’est pas au courant. Je trouvais ça important de démarrer avec ça. Je parle très peu de mon père et je le fais davantage sur ce projet. Ça me fait beaucoup de bien. Perdre un parent durant l’enfance te donne l’impression d’avoir la pluie sur la gueule toute la journée. Ça te donne l’impression que tu ne seras jamais vraiment chez toi, que la maison ne sera jamais vraiment finie, que quelque chose manque. Je pense sincèrement que beaucoup de gens sont concernés par cette phrase d’une façon ou d’une autre. Et quand je fais une phrase comme ça, je pèse toujours le pour et le contre : est-ce que c’est glauque juste pour être glauque ? Est-ce que ça raconte quelque chose ? Est-ce que ça me fait du bien ? Est-ce que les gens vont s’en souvenir ? Il y a quelque chose de très libérateur.

« Je parle beaucoup de l’enfance parce que je regrette ce qui m’est arrivé, ce que j’ai vécu et que j’ai besoin d’en parler. Est-ce qu’on guérit vraiment de son enfance ? »

Bil est une déesse nordique mais n’a aucune représentation. On ne sait pas trop si c’est une gentille ou une méchante du game, et ça m’arrange de casser ce truc enfantin, un peu lisse, un peu « femme-enfant ». Ça n’est pas trop moi. Le but était de tuer la naïveté, car j’ai 28 ans et que je ne suis pas que mon enfance.  Quand tu es petit, tu n’as pas d’autre modèle familial que le tien – donc il y a une normalité qui n’est pas normale. Je parle de l’enfance parce que ça me rappelle une illusion, quelque chose que j’essaie de conserver, une pensée qui me dit que les choses ont déjà été légères. J’ai la sensation que j’ai eu un moment, une vie – un papa et une maman, un frère, un chien – que j’étais contente d’aller à l’école et qu’il y avait un semblant d’équilibre. Beaucoup de choses se jouent à ce moment-là et font de toi l’adulte que tu es, et il faut traiter certaines d’entre elles. Quand on est enfant, on n’a pas les outils, mais on peut revenir sur son enfance en tant qu’adulte. Je parle beaucoup de l’enfance parce que je regrette ce qui m’est arrivé, ce que j’ai vécu et que j’ai besoin d’en parler. Est-ce qu’on guérit vraiment de son enfance ? Je ne sais pas.

Je suis très protectrice avec les enfants. Il faut les protéger, les écouter, essayer d’être à la hauteur. Un enfant traumatisé, ça ne devrait pas exister. Quand ma meilleure pote ramenait sa petite sœur à la maison, même quand j’étais très malade, je ne voulais pas qu’elle me voit souffrir. Je sacralise cette période parce qu’après, c’est tellement la merde ! Il faut préserver les gamins. Si j’ai un enfant un jour, j’adopterai, et ce sera mûrement réfléchi. Ça voudra dire que j’ai réglé tout ce que j’ai dans la tête et que je suis au max financièrement. Je pense que je le ferai seule, parce que je n’ai pas assez confiance en les gens pour m’engager là-dedans avec quelqu’un. J’ai très peur de transmettre mes angoisses à un enfant, et qu’il soit tarpin stressé [rires]. Je m’en voudrais trop d’être une mère overprotective. Et puis la maladie a changé beaucoup de choses dans ma vie. Aujourd’hui, je suis contente d’avoir ma famille, mes copains, de pouvoir me déplacer et faire de la musique, mais ça s’arrête là. Ça remplit mon cœur d’amour.

MALADIE

Ce qui est bien avec ce métier, c’est qu’il est assez adapté à ma condition physique parce que 98% du temps, je travaille de chez moi. Il faut juste trouver des gens qui comprennent ta matrice. Les tourneurs sont au courant, ils ont pris une assurance en cas de crise. C’est une organisation pour les trajets, pour que je puisse me lever, que ma jambe ne bloque pas. Du moment que ces conditions sont respectées, j’ai une vie assez… [Elle reprend] Non, je n’ai pas une vie normale. Mais après avoir traversé tout ce que j’ai traversé, je ne pensais pas pouvoir de nouveau faire tout ce que je fais aujourd’hui, et je me sens très reconnaissante. Rien que de pouvoir partir trois jours, reprendre le train, me faire tatouer, voir mes copains, mes copines, pouvoir dormir sans me tordre de douleur toute la nuit… Ce sont des choses que je ne pensais plus possibles, et maintenant je m’extasie de rien. Ça nécessite des médicaments, une alimentation particulière, des routines, mais on s’adapte. De toute manière, c’est là et je ne peux pas faire autrement.

Dessins de Zinée, transmis par elle-même à l’Abcdr du Son.

J’ai arrêté de travailler avec des gens avec qui je devais me justifier. Si la personne râle, se moque ou me juge, ça dégage. Dans mon entourage actuel, personne ne va me faire me sentir mal parce que je dois rentrer ou que je ne peux pas me rendre quelque part. C’est une promesse que je me suis faite à moi-même. Sur la tournée, je n’ai pas plus de deux dates consécutives par semaine. J’ai un moment où je peux me poser à l’hôtel l’après-midi, où je peux me doucher à l’eau chaude pour la circulation. Je m’en sors. Parce que je vais mieux, tout simplement.

Les douleurs chroniques, ça change tout dans une vie. Tu as l’impression que plus rien n’est grave. Tu souffres tellement, sans savoir si ça ira mieux un jour, que tu ne réfléchis pas de la même manière. Je me prenais tarpin la tête avant, je me demandais si je devais parler ou non de certaines choses, de l’endométriose – je ne voulais pas qu’on me voit comme quelqu’un de malade. Finalement, je n’ai pas eu le choix, déjà parce que je ne supportais pas l’idée qu’on pense que je ne faisais rien alors que j’étais en train de me bagarrer pour guérir. C’est pour ça que j’ai pris la parole. J’ai reçu tarpin de témoignages et lié des amitiés avec des gens souffrant de maladies chroniques. J’ai tellement vrillé que j’ai voulu demander l’euthanasie. On en est là dans le schéma de douleur. J’ai eu l’impression que mon corps était contre moi, qu’il voulait ma mort. J’ai donc décidé d’activer le mode « rien à foutre ». Je fais ce que j’ai envie de faire.

« Je vais me lancer sur Twitch car ma deuxième passion, ce sont les jeux vidéo.  »

Je ne peux pas avoir traversé ça pour que ça ne serve à rien. C’est tabou pour rien, parce que ça concerne plus d’une femme sur cinq (et encore, c’est beaucoup plus que ça). S’il y avait eu plus de sensibilisation, j’aurais été prise en charge bien plus tôt. Si des gens sur des plateaux m’avaient dit que je pouvais mourir de l’endométriose, que c’était grave, que je devais mettre un traitement en place et que ça pouvait monter jusque dans mon cerveau… Ce n’est pas ce qu’on m’a dit. Donc je le fais, parce que c’est trop important pour moi. Avant, je parlais peu et je gardais une certaine distance. Ce truc a sauté, parce que je me dois de le faire. Parce que je suis sûre qu’il y a des meufs qui se flinguent à cause de ce truc. On n’aura jamais de statistiques, mais c’est sûr et certain. Et même si elles ne se foutent pas une balle, elles se laissent mourir dans leurs lits, avec leurs sondes et ne font rien de leurs lifes. J’ai eu la possibilité de m’en sortir et j’ai une obligation. Je suis autre chose que l’endométriose, mais tu ne vas nulle part sans la santé.

IMAGE

Il y a aussi des gens qui souffrent d’autres façons. Qu’est-ce que ça coûte de prendre la parole, de relayer des trucs, mis à part trois minutes dans la journée ? Ça ne coûte rien. La vérité, c’est qu’il y en a qui ne veulent pas se mouiller parce qu’ils ont chaud de perdre du public de droite. Après, j’ai aussi des potes qui sont tarpin timides et n’arrivent pas à parler aux médias. C’est comme pour les artistes qui ont des sauces et dont les gens ne se désolidarisent pas. Moi, ne veux pas faire de feat avec quelqu’un que je ne connais pas personnellement. C’est ma règle numéro 1. Je ne suis pas à l’abri que mon voisin ou quelqu’un de ma famille soit un gros fou, mais j’essaie de prendre mes précautions par rapport à ça.

Je n’ai pas l’air très sympa de l’extérieur. J’ai l’air très fermée, je ne fais pas trop de photos de moi. C’est pour ça que je fais des petits selfies avec l’aide de la meuf de la com – parce qu’à la base, je suis une meuf tarpin drôle. C’est ma première qualité. Je vais d’ailleurs me lancer sur Twitch car ma deuxième passion, ce sont les jeux vidéo. Ça va casser ce truc de « meuf mystérieuse » [rires]. La première fois que j’ai rencontré Oxmo, il m’a dit qu’il était impressionné. What the fuck ? Je fais 1m60, je ne fais peur à personne. C’est aussi pour ça que je fais des interviews, que je fais des blagues sur scène – je veux que les gens captent quel genre d’humain il y a derrière. Par contre, je suis une giga chialeuse si ça crie trop fort ou si ça connaît trop les paroles. Je sais que je suis à l’aise sur scène, je n’attends que ça, alors que je pense être agoraphobe et que je ne sors jamais. Mais la scène, c’est tellement libérateur. Tu parles de tes émotions, tu es avec les gens, les gens sont avec toi. Enfin, c’est quand même trop stylé la musique. J’aime tous les aspects de ce taf, mis à part le côté business. L’oseille, les trucs comme ça. Souvent, t’es hypée d’avoir fait un truc artistique et on te parle de budget. Putain, je m’en fous du budget, je suis juste trop contente d’avoir fait ça. Évidemment, ça répond à une économie.

LE TOIT

« le toit » est un des morceaux qui fonctionne très bien sur scène. La vérité, quand on l’a enregistré, on faisait les cons. On se chauffait entre nous, on se bousculait. On a fait la première partie comme ça. Ensuite, je voulais qu’on la fasse en mode SCH. Je l’adore, je suis un peu fanatique de lui. Mon rêve, c’est d’être SCH. Je dis à Empty7 d’enregistrer une voix en italien – parce qu’il est italien – en disant que je les baise tous. Je me suis crue dans un film. Maintenant, j’ai compris que j’arrivais à faire des morceaux comme ça, donc ça m’a donné la confiance. La deuxième partie, j’étais en pétard. Je hurlais dans le micro, vraiment, c’était une scène… [rires] Au moment où ce passage en italien se termine, je sentais qu’il fallait que ce soit la guerre. Protégez-vous si vous ne voulez pas prendre d’éclats, mais ça va être la guerre. C’est un morceau que j’ai pris tarpin de plaisir à faire. Ça fait du bien, c’est libérateur. Il y a des choses que je ne sais pas faire. Il y a des choses que techniquement, je pourrais faire, mais qui ne m’intéressent pas. Mais « le toit » ? Je me suis vraiment éclatée. J’ai eu un acouphène pendant trois jours après, et j’ai pété mon casque pendant la première session, on a dû en racheter un.

« J’ai un truc avec le milieu et les créatures aquatiques. Peut-être que c’est parce que j’ai tarpin peur de l’eau, mais je trouve ça tellement beau.  »

BANDE ORIGINALE

Si je devais composer la bande originale d’un film, j’ai déjà mon scénario. Il y a un personnage que je ne fais que dessiner depuis deux ans. Un petit bonhomme du Moyen-Âge avec une cape ornée de sardines. C’est un peu alambiqué, les gens autour de moi en ont marre. En fait, c’est un mec qui, à la base, habitait à la surface. Il tombe dans l’eau par inadvertance et devient le roi des abysses. Non, je ne prends pas de drogue [rires]. L’histoire, c’est son acheminement pour revenir à la surface. Sauf que sous l’eau, c’est quelqu’un. Mais quand il est à la surface, il n’est personne. J’ai un truc avec le milieu et les créatures aquatiques. La vidéo d’animation de bil part de l’eau. Peut-être que c’est parce que j’ai tarpin peur de l’eau, mais je trouve ça tellement beau. Les poissons ont de belles couleurs, ça m’inspire. L’eau, c’est bleu, c’est vert en même temps, ce sont grave mes couleurs. Il y a un truc un peu mystique. Un petit étang par exemple, il y a une ambiance.

Dessins de Zinée, transmis par elle-même à l’Abcdr du Son

J’ai un autre scénario, mais celui-là, j’aimerais bien le tourner d’une façon plus fantastique. La version que j’ai est très brute. Il s’agirait d’un court-métrage sur la maladie chronique, mais dans un monde fantastique parce que j’ai envie que ça soit autre chose. Un jour, j’ai vu une pub qui m’a fait penser à ça. C’était le parcours d’une fille qui faisait sa journée, mais il pleuvait toujours sur sa tête, pour illustrer ce que c’est de vivre avec une maladie chronique. Ses feuilles sont trempées mais pour elle, c’est un lundi. J’aimerais bien faire un documentaire ou un petit court-métrage à ce propos.

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