Tatyana Jane et Kay The Prodigy, brutal flow
En l’espace de quelques années, Tatyana Jane a coché un nombre incalculable de cases dans la checklist de n’importe quel musicien électronique : adoubée par Skrillex, invitée à mixer à la cérémonie de clôture des JO de Paris 2024, chevalière des arts et des lettres, et aujourd’hui signée sur Ed Banger Records, la productrice et DJ franco-camerounaise pourrait donner l’impression d’avoir réussi à finir le jeu sans forcer. Derrière cette succession d’accomplissements se cache pourtant un travail de fond à coups d’EPs, de DJ sets et de prestations à travers le monde, qui lui auront permis de mettre en lumière ses talents pour hybrider les genres, tout en développant sa propre sonorité.
Une passion avérée pour les musique club (notamment techno, EDM, et bass music) qui ne doit pas faire oublier un autre genre, aussi présent dans l’ADN musicale de Tatyana Jane : le rap. Si les sets de la productrice sont riches en percussions et en basses, il n’est ainsi pas rare d’y entendre une 808 et des hi-hat d’Atlanta faire leur incursion au milieu de deux morceaux club, souvent dans des versions revisitées. Un pont qu’elle affirmait encore plus en octobre dernier en conviant une invitée assez surprenante au Centre Pompidou lors de la soirée Because Beaubourg, en la personne de Kay The Prodigy. Présente à ses côtés aux platines, la jeune rappeuse interprétait alors un morceau inédit, qui ne laissait pas beaucoup de mystère sur la personne à la composition derrière.
Officiellement dévoilé fin mars, « Brutal » voit ainsi les structures électroniques froides et puissantes de Tatyana Jane se mélanger au flow arrogant et laidback de Kay The Prodigy. Un morceau plus électronique que rap (qui montre à nouveau la capacité de la rappeuse à poser sur n’importe quel genre) dans lequel les basses et les percussions semblent être au service du discours plein de confiance de Kay, avant d’utiliser sa voix comme matière sonore. Sur les derniers instants de « Brutal », la productrice reprend en effet les phrases énoncées par la rappeuse jusque-là, pour les intégrer encore plus à sa musique dans un déluge de rythmiques qui donnent une conclusion bien en accord avec le titre du morceau. Si il n’y avait pas de doutes quant à l’intérêt de Tatyana Jane pour le rap, “Brutal” et sa rencontre avec Kay The Prodigy viennent finalement officialiser ce mélange des univers, qui devait bien un jour s’opérer dans sa musique. Entre froideur des basses, ardeur du kick, et chaleur des flows.