Yakiyn, Dallas fuel
Malgré son statut de neuvième plus grande métropole des États-Unis, Dallas a toujours eu une scène rap très confidentielle. Exceptés des groupes comme 1 Gud Cide devenu mythique avec le temps chez les diggers ou des stars au succès éphémère comme Dorrough, la ville avait dû jusqu’ici se contenter d’étranges rappeurs underground comme Krum ou de gangsta rappeurs parfois talentueux mais plus identifiés pour leurs faits divers que pour leur musique, à l’image de Tay-K. Mais depuis 2025 la mouvance New Dallas fait du bruit. Une drill asphyxiante se mêle aux sonorités sudistes de la région. Les rappeurs y crachent un flow DMV allant du maîtrisé tirant sur celui d’Atlanta (Hustleman Quise) au plus chaotique et brutal ramenant au Chicago de 2014 (Rundown 4).
Parmi les représentants les plus intéressants de cette vague, Yakiyn passe par des chemins de traverse. Le jeune rappeur construit graduellement depuis 2022 un buzz solide, particulièrement à Los Angeles où il a emménagé. Arrivé là bas, il travaille avec son ami le producteur Kal Banx lui aussi originaire de Dallas et producteur pour TDE. En 2023, son morceau « Petty fait du bruit dans la Boiler Room : LA. Des rumeurs circulent même sur sa potentielle signature sur le label de Top Dawg. Surfant sur la curiosité qu’il suscite, Yakiyn enchaîne les singles variant drastiquement d’un style à l’autre et particulièrement sur son dernier en date : « GET THE LOOT ».
« GET THE LOOT » serait presque sobre sans Yakiyn. Produit par les beatmakers texans SADER et Condo, le titre est fait d’une boucle répétitive et de percus sèches au BPM élevé. Sa rythmique Bounce et ses sifflets stridents lui donnent un côté old-school Nouvelle-Orléans. Les éléments sonores sont rationalisés de sorte que le cœur du beat soit sa rythmique. C’est donc entièrement sur Yakiyn que repose l’intensité du morceau. C’est lui qui donne de l’importance à chaque intonation, changement de cadence et onomatopée. Le rappeur chérit les respirations le faisant retomber sur le premier temps de la mesure, même temps lors duquel les sifflets retentissent. Sa voix rocailleuse, granuleuse par moments quand il exagère son articulation, rappelle les hérauts de Bâton Rouge à la voix cassée par le fentanyl. Tout cela donne un titre efficace, presque répétitif avec son refrain asséné comme un mantra à la Playboy Carti mais impressionnant d’habileté au fur et à mesure des écoutes.
Yakiyn est un superbe exemple de la porosité de ces scènes locales autant nées d’internet que d’un environnement carnassier. Du duo Yung Nation à l’émulation New Dallas en passant par les gimmicks de Carti et la rigueur créative de TDE, le rappeur brouille les pistes entre rap d’instinct brut ou références surappuyées. Reste à voir si Yakiyn peut concrétiser en condensant sur un EP, une mixtape voire un album sa proposition pour l’instant très disparate d’un morceau à l’autre.