Chronique

DJ Krush
Zen

Columbia Records/ Sony Entertainment - 2001

Neuvième album pour le désormais quasi-quadragénaire DJ Krush. Hip-Hop abstrait ? Trip-Hop ? Dérivé de musique électronique plus ou moins élaborée ? Il serait bien difficile (et assez réducteur) de coller une étiquette à l’œuvre discographique du DJProducteur japonais. Et puis l’appellation importe finalement peu. Apprécions Krush pour ce qu’il est, un homme talentueux animé par le désir de repousser les limites d’un genre où il excelle.

On ne sera pas réellement étonné de retrouver une sélection d’invités particulièrement éclectique et internationale. Company Flow, Black Thought et ?uestlove pour la touche Hip-Hop d’outre-atlantique mais aussi la chanteuse coréenne Sunja Lee, le trompettiste japonais Kazufumi Kodama, son compatriote le rappeur Boss the MC, ou encore le percussionniste Nigérian Tunde Ayanyemi. Les collaborations sont surprenantes et variées, donnant à cet album une certaine diversité des plus agréables.

Avide de ne pas nous bercer dans un seul et même rythme pouvant sérieusement ennuyer l’auditeur (contrairement à ce qu’on pourrait croire), Krush prend bien soin d’apporter une certaine diversité au sein de son album. L’ensemble est globalement apaisant et emprunt d’une certaine mélancolie. Dans ce registre, on citera ‘Song 1’, qui comme son titre l’indique sert aussi d’introduction à cet album. Une jolie mélodie de flûte, un vibraphone servent entre autres à la composition d’un morceau entièrement acoustique. Tout en douceur, on se croirait suspendu au-dessus d’une fontaine rafraîchissante ou règne une profonde quiétude.

Difficile de ne pas tomber aussi sous le charme de la voix envoûtante des Zap Mama, sur ‘Danger of Love’. Sous une production apaisante et relativement minimaliste, les chanteuses Africaines aux accents Soul nous emmènent dans une autre dimension somptueuse et paisible. On s’est rarement senti aussi proche de l’orgasme musical .

Toujours dans cet atmosphère on peut se délecter de la quiétude qui transpire de ‘Day’s End’. Le trompettiste japonais Kazufumi Kodama nous emporte dans une mélancolie troublante. Soutenu par une guitare en fond, vous voilà comme hypnotisé (et ce sans avoir consommé la moindre substance chargée en THC.)

Malheureusement, le paysage musical de cet album vient parfois s’assombrir et offre quelques ratés. C’est le cas notamment de ‘Duck Chase’. Une fusion, aussi étrange que désagréable, de scratches et sons tirés de jeux vidéos (Duck Hunt notamment) alliée à une basse simpliste et des sons futuristes. On passe très vite à la suite. ‘Endless Railway’ avec Ahmir  »?uestlove » Thompson (The Roots) déçoit aussi. Ambiance obscure et oppressante pour ce morceau loin d’être transcendant.

Black Thought lui aussi membre du groupe The Roots fait mieux que son compère sur ‘Zen Approach’ (d’ailleurs ce même DJ Krush a produit quelques morceaux du premier album solo de Black Thought prévu pour la rentrée 2001). Rythmé et posé, le rappeur désormais soliste apporte sa touche personnelle à la mosaïque composée par Krush. Un morceau somme toute assez classique, sûrement représentatif de ce que devrait augurer le solo de Black Thought.

Parmi les heureuses surprises de cet album comment ne pas classer ‘Sonic Traveler’ à la première marche du podium. Le percussionniste Nigérian Tunde Ayanyemi y impose un rythme étouffant, accélérant et relançant constamment la flamme d’un morceau oppressant. Secondé par plusieurs boucles enchanteresses de Krush, on est complètement conquis. Assurément le meilleur morceau de cet opus. Autre registre mais autre grande réussite de Zen, le ‘Vision of Art’ de Company Flow. El-P , Big Juss et Mr Len créent une ambiance sombre et oppressante et terriblement enthousiasmante. Quand aux couplets de El-P et Big Juss, c’est du grand art. ‘Candle Chant’ mérite lui aussi une écoute soutenue. Le rappeur japonais Boss The MC vient poser dans sa langue natale quelques phases dont on ne doutera pas de la pertinence. Malgré l’obstacle de la langue Boss The MC réussit à nous convaincre.

Si « Zen » comporte quelques ratés, il offre suffisamment de diversité et de collaborations réussies pour enthousiasmer le plus grand nombre. Merci monsieur DJ Krush.

Fermer les commentaires

Pas de commentaire

Laisser un commentaire

* Champs obligatoire

*