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Immortal Technique MC
« J’avais vu Immortal Technique en concert avant qu’il sorte son premier disque, et j’ai immédiatement accroché à son énergie. C’était agressif, et en même temps il y avait une vérité dans le contenu qui m’a donné envie d’en écouter plus. Immortal a apporté l’énergie dont ce disque avait besoin. D’autres rappeurs décident leurs featurings en fonction de la popularité des artistes. Pas moi. Que ce soit lui ou Styles P, Royce et Jean Grae, je voulais qu’ils occupent chacun une place particulière sur l’album, une place qui aie du sens. Immortal Technique participe au morceau « W.A.R. » et sa voix, comme son intention, collent complètement au titre. »
Mr Porter Producteur
« Il me semble que l’on s’est rencontré dans les bureaux de Shady Records, à l’époque où j’enregistrais l’album Desire. Un éditeur a organisé une rencontre entre nous deux. En écoutant ses instrus, je me suis dit « C’est le type qu’il me faut. » Sa musique me touche. Pour lui présenter le projet, je n’ai pas eu besoin d’en parler, simplement de lui montrer les choses. Je suis allé à Detroit, je lui ai fait écouter le squelette de quelques morceaux. Je lui ai expliqué le sentiment qu’il y avait derrière ce disque : l’honnêteté, la vérité. Bien sûr, je voulais que ça sonne bien, mais je voulais surtout que ce soit une affaire de sensation. C’était davantage une question d’harmonies, d’accord, de funk. Ça ne m’intéressait pas de chercher la perfection sonore ou le son à la mode. »
Idris Elba Comédien
« Pour l’intro de l’album, j’ai écrit un script que je voulais vraiment morbide et sombre. Ça parle d’un soldat, dans le futur, qui découvre une technologie nouvelle. Il découvre des informations sur une guerre qui se déroule alors et grâce à cette technologie, il peut renvoyer les informations dans le présent, à notre époque, pour avertir les gens de ce qui se prépare. J’avais besoin d’un acteur capable de porter ça car le ton est dramatique. Je ne voulais pas laisser un ami s’en charger, il me fallait un professionnel qui assure. J’avais rencontré Idris il y a quelques années. Il kiffait déjà ma musique, un ami commun nous avait présenté avant même qu’il joue dans The Wire. Je me suis dit « Pourquoi pas l’approcher ? » Après tout, ce projet a aussi pour thème l’entraide. Je l’ai donc contacté, il m’a dit « Envoie-moi le morceau et le script, je vais voir ce que je peux faire. » Il est anglais, mais il a enregistré l’intro en faisant quatre accents différents. Il ne s’est pas contenté de faire le truc en une prise. Avant même The Wire, je savais que c’était un comédien brillant. Je ne l’ai pas choisi pour son succès, mais pour son talent d’acteur. »
Dr Cornel West Auteur, philosophe et activiste
« Il n’apparaît pas sur l’album mais je voulais simplement lui parler et échanger des idées avec lui. J’espérais qu’il puisse m’apporter un peu de sa sagesse. Je lui ai notamment posé des questions à propos des messagers comme Jesus, Moïse, Mahomet, Martin Luther King, Gandhi… Grâce à eux, les gens ont pu accéder à un niveau supérieur de conscience, une meilleure connaissance du bien commun. Mais on dirait que ce message tombe parfois dans l’oreille de sourds. Sur le plan business comme sur le plan humain, ma question pour le Dr Cornell West, c’était « Est-ce que je fais une erreur ? Est-ce que je fais cet album pour rien ? » Parce que pour l’essentiel, je veux faire la même chose que ces messagers : parler à la conscience de chacun. Je voulais avoir son avis là-dessus pour savoir si je perdais mon temps. Nous avons enregistré quelque chose ensemble, et j’avais prévu de l’utiliser sur l’album. Mais je ne voulais pas l’utiliser juste pour dire que je l’avais sur le disque. Je voulais que ça ait du sens. On a toujours le morceau en stock, mais on ne sait pas sous quelle forme il sortira. »
Jill Scott Chanteuse
« Pendant ce projet, j’ai pu passer beaucoup de temps avec elle, à traîner et discuter. A l’époque Rawkus, je ne la connaissais pas vraiment. Quelle chance de travailler avec elle ! Son premier album m’a fait rire, pleurer, il m’a accompagné pendant des temps difficiles. Me retrouver à travailler avec cette artiste-là, c’est vraiment énorme. Il y a des gens pour qui la musique se résume à une industrie. Pour moi, la musique reste avant tout une émotion. Travailler avec Jill Scott, c’était important pour moi, car elle a touché des tas de gens avec ses mots et sa voix. C’est ce qu’on a essayé de faire avec notre titre en commun. Elle l’a fait, et elle a déchiré. J’étais vraiment honoré. »
DiamonD Producteur / MC
« DiamonD est une légende. Déjà, c’est l’un des meilleurs producteurs / MC’s que le rap a jamais connu. Il a un classique à son actif, et peu de gens peuvent en dire autant. C’est quelqu’un qui aime la musique, tout simplement, et je respecte ça. Sans même le connaître personnellement, je sentais qu’il est un amoureux du rythme, des vinyles, de plein de genres de musique différents. Je me sens proche des gens comme lui. Je le connais depuis un bail. Dans mon premier album solo, il avait produit « The Truth » et « The Light », deux des titres dont on me parle le plus souvent. Il a joué un rôle important pour ma carrière. J’ai repris contact avec lui pour ce projet, ça a mis un peu de temps mais il a fini par me proposer l’instrumental parfait pour l’histoire que je voulais raconter. Le son a un groove qui te fait bouger la tête, mais il y a aussi un sentiment dans l’instrumentation, même si elle est minimale, qui réussit à t’émouvoir. C’est exactement ce qu’il me fallait. »
Rappeur méconnu, resté dans l’ombre des projecteurs, Prince Po appartient à cette vaste liste de MCs répertoriés par les initiés mais souvent ignorés du grand public. Prince Po a payé le prix d’un malentendu tenace et d’un obstacle de poids. D’un côté, on l’a souvent confondu avec Prince Paul, à tel point qu’il est obligé de mettre les points sur les i au début du raté ‘Hold Dat’ — qui donne l’impression désagréable d’être à l’usine. Ensuite, il a été éclipsé, au sein de sa légendaire formation d’origine Organized Konfusion, par la présence envahissante de son compère Pharaohe Monch. Si le Prince complétait parfaitement le Pharaon, les performances de ce dernier (comme son couplet incroyable dans ‘Bring It On’ sur l’incontournable Stress : The Extinction Agenda) lui attribuaient un magnétisme plus immédiat. Preuve de ce décalage, le premier album de Pharoahe Monch, Internal Affairs (plutôt réussi, bien qu’inégal) est sorti il y a plus de cinq ans. La reformation du groupe fait partie de ces rumeurs qui traînent depuis quelques années. Les deux rappeurs avaient par exemple œuvré ensemble, mais sous leurs noms singuliers, sur ‘Frontline’, dans l’album Superrappin.
Prince Po balance un LP plus homogène que celui de son ancien partenaire, mais aussi plus poussif. The Slickness décolle efficacement grâce à un ‘Hello’ ténébreux, sec comme un coup de trique, qui ramènerait presque dix ans en arrière. Malheureusement il atterrit en catastrophe avec l’affreux remix de ‘Hold Dat’, que même les dance-floors risquent de refuser à l’entrée. Entre les deux, on trouve à boire et à manger, et en fin de compte, on reste sur sa faim. La faute en revient essentiellement à des productions certainement pas honteuses, mais souvent moyennes ou anecdotiques, qui se laissent oublier. Elles sont en plus plombées par un mixage plutôt curieux, qui a tendance à étouffer ou à écraser un son qui manque de souffle.
Prince Po ayant signé chez Lex, l’album est principalement placé sous la tutelle de Danger Mouse, qui s’est notamment fait connaître par un Grey Album aujourd’hui clandestin tentant de marier Jay-Z et les Beatles. Mais la palette de producteurs est large. The Slickness mise dans l’ensemble sur des tempos rapides, sur lesquels Prince Po pose un flow nerveux. L’agilité qu’il place au fronton de son solo n’est plus à prouver, cependant aucune performance mémorable ne se distingue du lot : Prince Po ne surprend pas beaucoup. Cela donne des morceaux tout à fait audibles, comme ‘Too Much’, l’estival ‘Love Thang’, ou la combinaison avec Raekwon ‘Bump Bump’. Mais enfin, il n’y a pas de quoi se lever la nuit. Certains instrus (notamment chez un Madlib forcément inconstant, puisqu’il est partout) sentent même sensiblement le fond de tiroir, ou la répétition d’inspirations mieux exploitées ailleurs (‘The Slickness’, et son influence arts martiaux usée).
Plusieurs titres ont alors carrément du mal à convaincre, spécialement ‘It’s Goin’ Down’ et ‘Meet Me At Tha Bar’, tous deux réalisés par J-Zone. Amusants à la première écoute par leur construction décalée et leurs boucles dissonantes, ils finissent par lasser. Et puis, tout se passe comme si le syndrome de l’éclipse poursuivait Prince Po sans relâche, car on se surprend souvent à prêter davantage l’oreille à ses invités qu’à lui… Il faut ajouter une absence dramatique de scratch, qui prouve qu’une forme d’aseptisation plus sournoise que l’édulcoration « commerciale » menace des projets respectables. Les crissements de platine auraient pu permettre de relever une sauce qui prend, certes, mais dont le goût reste trop fade.
En certains endroits, dès qu’il est appuyé par un son malin et finement ciselé, on retrouve Prince Po au sommet de son art. D’où l’impeccable ‘Social Distortion’ et son ambiance souterraine parfaite de bout en bout, où MF Doom et son hôte rivalisent de maîtrise. Plus étonnant, Prince Po réalise parmi les meilleures productions de son propre album ; peut-être aurait-il dû passer plus de temps derrière ses machines. Dès que l’ambiance se réchauffe (‘Grown Ass Man’), et que Danger Mouse ajoute quelques cordes et des cuivres à son arc (‘Fall Back’), le résultat coule de source. Pour sa part, Prince Po signe ainsi l’intégralité du très réussi ‘Be Easy’, une petite perle qui développe brillamment une atmosphère intimiste.
Bancal, sans digression inutile mais du même coup un peu court, The Slickness est une déception (surtout à 21€, mais c’est un autre débat…). Le constat peut paraître un peu sévère, car au fond cet album est plutôt bon. Le verdict est simplement à la hauteur d’une mise de départ élevée, dont on s’attendait à ce qu’elle montre un très gros jeu. Il manque cruellement au premier long format solo de Prince Po le petit cachet nécessaire pour le classer parmi les réussites de l’année, et plus simplement, celui qui aurait donné envie de le mettre plus souvent sur sa platine.