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Pete Rock & C.L. Smooth – « Mecca and the Soul Brother »
Pete Rock : [Il sourit en entendant les premières notes…] Ce morceau reste un de mes préférés. C’était notre premier EP. Tu sais à l’époque je me disais qu’il fallait vraiment sortir quelque chose pour la rue, un truc énorme et différent. On s’était vraiment bien marrés en faisant ce titre. C’était en 1992, le début de notre carrière en tant que groupe. C’était vraiment facile à l’époque, quand tu t’entends si bien et que les choses fonctionnent bien comme ça. Vraiment une époque très cool, pleine de bons souvenirs.
Termanology – « We Killin’ Ourselves »
P : Le seul truc dont je me souviens à vrai dire c’est que j’étais seul dans le studio le jour où j’ai mixé ce morceau. J’avais fait le mix chez Premier, au studio Headqcourterz. Term’ n’était pas là ce jour-là. Je lui avais donné la production et il avait enregistré ses prises de voix dans son coin. On s’était rencontré il y a un moment de ça avec Term’, il m’avait dit qu’il voulait bosser avec moi. Je connaissais déjà sa musique, donc je lui ai filé un beat. On a fait un premier morceau ensemble – « Hold that » – et ensuite, on a fait celui-là.
Fresh Prince & Jazzy Jeff – « Code Red »
P: [Surpris] Wahou, c’est Will Smith ! Ce morceau date de 1991. J’étais vraiment super content de travailler avec lui et Jazzy Jeff. Déjà parce que j’étais fan de leur musique. Je me suis tout de suite très bien entendu avec Jeff, peut-être parce qu’on est tous les deux DJs. J’adorais la façon dont il mixait et scratchait. J’étais vraiment flatté qu’ils fassent appel à moi et me donnent la chance de bosser avec eux et de prouver que j’avais quelque chose. Je me rappelle des moments passés dans l’appartement de Will Smith. Il y avait une vue incroyable sur tout New York. Tu pouvais voir tout Central Park de la fenêtre. C’était magnifique. Je me souviens avoir enregistré ce morceau dans le studio Battery. Ce studio était à New York, dans les locaux de Jive. Au septième étage si ma mémoire est bonne [NDLR : il se marre].
J’ai toujours été plus en contact avec Jeff qu’avec Will. Will c’est quelque chose aujourd’hui ! [rires] Mais si on se recroise un jour, je suis certain qu’il serait toujours prêt à y aller de son couplet. Bon, maintenant c’est pas évident pour lui, il ne peut plus sortir sans ses gardes du corps.
Das EFX – « Real Hip-Hop (Remix) »
P : Je me souviens avoir fait ce remix dans un studio qui était plus ou moins devenu ma maison. Ce studio c’était Green Street, il est à New York. C’est là-bas que Bomb Squad enregistrait les albums de Public Enemy, là-bas également que le Amerrikkka’s most wanted d’Ice Cube a été enregistré. Quand Das EFX a commencé à se faire connaitre, j’ai fait quelques remixes pour eux. Ce morceau fait partie de ces remixes. Je l’ai bouclé en une journée, production et mix compris.
J’ai de bons souvenirs de cette époque où je faisais pas mal de remixes. Dans une certaine mesure, ça a contribué à définir mon identité sonore et quel type de producteur je pouvais être. J’ai pris pas mal de plaisir à faire ces remixes mais je me suis aussi rendu compte que les remixes ne comptent pas dans le game. Tu ne gagnes pas d’argent jusqu’à la fin de tes jours en faisant juste des remixes. Tu prends un billet et voilà. A partir de là, j’ai arrêté de sortir des remixes et j’ai commencé à vendre des productions à pas mal de monde. C’était bien plus malin comme approche. C’était une étape pour m’affirmer et me faire connaître.
Pete Rock & C.L. Smooth – « They Reminisce Over You »
P : [NDLR: Pete affiche un grand sourire]. Franchement, ce morceau, je ne sais même pas comment j’ai pu sortir une prod’ comme ça. Mais comment est-ce que j’ai pu sortir un truc aussi dépressif ? Bon, un très bon ami venait de rendre l’âme…. on était tous vraiment très tristes, et ça pendant un bon moment. En écoutant le disque que j’ai samplé pour faire ce morceau, quelque chose s’est passé, quelque chose m’a touché au plus profond de moi. J’ai écouté le sample et j’ai écouté Black Sheep [NDLR: Black Sheep a samplé le même morceau]. Ils avaient pris juste un riff de guitare au tout début du morceau. Je me suis posé et j’ai écouté le morceau en entier, puis l’ensemble de l’album. Et je me suis remis encore et encore ce même titre. Je me souviens avoir entendu des trucs dans ma tête, et voilà… le morceau est devenu ce qu’il est.
J’en suis très fier. Il est parfois joué lors d’enterrements, de mariages…. si tu as eu le malheur de perdre un proche ou quelqu’un de ta famille, ce titre te parle forcément. Beaucoup de gens m’ont témoigné un profond respect suite à ce morceau. Il traite vraiment de l’amour qu’on peut porter à ceux qui ne sont plus là et combien on pense toujours à eux.
Run DMC – « Down With the King (remix) »
P : [A la première note, il réagit] C’est Run DMC ça ! Ce morceau, ça représentait vraiment quelque chose pour moi. J’étais fan de Run DMC depuis mes onze-douze ans. Quand j’ai commencé à faire de la musique, jamais je ne pensais que ça allait m’amener à bosser avec Run DMC. Le jour où on a commencé à taffer ensemble, j’étais en transe. J’ai collaboré de façon très étroite avec Jam Master Jay, on est devenus très bons potes. C’est vraiment lui qui a poussé pour que ce titre sorte. DMC aussi a pas mal aidé à ce que ça se fasse. DMC était vraiment content qu’on fasse un morceau tous ensemble. En fait, il fallait juste convaincre Rusell Simmons que ce morceau c’était un hit. Au début, il ne l’aimait pas trop. Il a fallu le travailler au corps pour le convaincre. J’avais Jam Master Jay à mes côtés, ainsi que DMC. Run a été sceptique un moment mais au final on a réussi à le faire changer d’avis.
Nas – « The World is Yours »
P : Un grand classique ce titre ! Nas est un des meilleurs MCs avec lesquels j’ai pu bosser. Le meilleur à vrai dire. Pendant des années j’ai voulu faire un titre avec Jay-Z… et c’est arrivé aujourd’hui. J’ai placé un morceau sur Watch the throne. J’en suis très fier, aussi parce que Jay-Z et moi on est de la même génération. On est sortis au même moment. On s’est ratés pendant des années mais en 2011, enfin, on a sorti un truc ensemble. Je considère toujours que Nas est le meilleur MC. Large Professor me l’avait présenté à l’époque. On avait pas mal échangé et assez rapidement on avait sorti ce morceau. C’est lui qui avait trouvé le concept du morceau et lui également qui avait voulu ce refrain chanté. Et le morceau est devenu ce que vous connaissez.
INI – « Fakin’ Jax »
P : « Fakin’ Jax » est le premier extrait du LP Center of attention. L’album devait sortir via Elektra. Ça ne s’est pas fait, ils ont juste sorti ce morceau ainsi qu’un autre – « Props » en face B. C’est à ce moment-là que Sylvia Rhone a été embauchée par Elektra. Elle est arrivée et elle a annulé mon projet. J’étais vraiment dégoûté par sa décision. Tout était prêt pour que ça sorte, mais son arrivée a tout remis en question. Bob Krasnow, l’ancien CEO, adorait ce projet. Il avait tout préparé pour que ça sorte, et dans de bonnes conditions. Au final, l’album a été bootleggé, ce qui a tendu un peu plus mes relations avec Elektra. J’ai pu quitter Elektra pour signer chez Loud. C’était en 1998 et j’étais vraiment content de rejoindre Loud.
Common – « The Bitch in Yoo »
P : Un jour, Common m’a passé un coup de fil. Il me disait qu’Ice Cube lui avait manqué de respect. Il voulait lui répondre. Il a débarqué à New York et on a passé du temps ensemble. Il est passé dans mon quartier et on a fini à la maison d’un pote. Mon pote avait quelques disques et de quoi faire un morceau chez lui. J’ai fait la production là-bas, très vite, sans même réaliser qu’il l’aimerait. Quand je l’ai bouclée, Common était du genre « c’est cet instru là qu’il me faut ! Je veux le faire là-dessus ! » Le lendemain, il enregistrait. Et il a tout niqué.
Qu’on l’idolâtre ou qu’on l’exècre, Kanye West continue d’être au centre de l’attention du monde du rap (et de la musique) à chacune de ses nouvelles sorties – artistiques ou autres. Sur son travail en tant que producteur, tout aura été écrit : de son talent à donner un nouveau souffle à la soul du passé à son audace dans ses directions musicales, Kanye a prouvé que ses ambitions étaient aussi grandes que l’estime qu’il tient de lui-même.
Dans sa volonté de « mêler ses fondamentaux de producteur rap aux recettes de la pop music » (©JB, 2004), West est parvenu à un petit tour de force. A une époque où la majorité des producteurs se font leurs propres banques de kits de batterie travaillés et retravaillés, les deux premiers singles (« Power » et « Runaway ») du prochain album du chicagoan, My Beautiful Dark Twisted Fantasy, sont portés par de bons vieux breakbeats poussiéreux. Même si la posture peut surprendre à l’époque des beats synthétiques et électroniques, cela n’a en fait rien de nouveau chez Ye : depuis des années, il passe de la composition pure à la simple reprise de séquences de batterie.
Dans la longue liste des breaks réutilisés par le chicagoan, on peut citer l’illustre « Ode to Billy Joe » de Lou Donaldson devenu marche martiale sur « Jesus Walks » ; celui de « What It Is » des Temptations et de « 50 Ways to Leave Your Lover » de Paul Simon pour « The Corner » et « Forever Begins » de Common ; le massif « Action » d’Orange Krush ralenti pour « We Major » ; ou encore celui du « Candy Maker » de Tommy James and The Shondells et son étrange effet d’écho pour « Heard’ Em Say ». Mais certains breaks tiennent une place un peu à part dans la discographie du producteur, par leur récurrence ou leur provenance. Les voici.
Love – « Doggone » (Out There, 1969)
Love « Doggone »
Le Bomb Squad a eu son « Funky Drummer ». Kanye West a son « Doggone ». Appuyé par un groove incroyable, ce break, joué par le batteur du groupe de prog-rock Love, a donné son squelette rythmique et son énergie à de nombreuses productions de West : « Get By » pour Kweli, « Used to Love U » pour John Legend, « Throw Your Hands » pour Mobb Deep ou, plus discrètement, « Last Call » pour lui-même. Cette boucle de batterie, chérie dans les années 90 par des artistes abstract comme DJ Krush ou Greyboy, a eu la côte cette dernière décennie : elle a également été reprise par les CunninLynguists, C.H.I. pour un inédit de Naledge, ou encore récemment par Joe Budden et Nottz.
Talib Kweli - « Get By » (2002)
Kanye West - « Last Call » (2004)
John Legend - « Used to Love U » (2004)
Mobb Deep - « Throw Your Hands (In The Air) » (2004)
Cold Grits – « It’s Your Thing » (It’s Your Thing (12″), 1969)
Cold Grits « It’s Your Thing »
Lancer « Power » comme premier single de My Beautiful Dark Twisted Fantasy est un parfait contre-pied de ce qu’on pouvait imaginer de la part de Kanye après 808’s et Blueprint 3. D’abord parce que l’alliage des samples de Continent Number 6 et de King Crimson fonctionne impeccablement bien. Mais aussi parce que le beat repose sur un bon vieux break de funk, « It’s Your Thing » de Cold Grits (repris des Isley Brothers). Kanye avait déjà été le piocher à deux reprises : en 2005 sur son puissant « Crack Music », et en 2006 pour le survolté « Everything I Love » de Diddy.
Kanye West ft. The Game - « Crack Music » (2005)
Diddy ft. Cee-Lo & Nas - « Everything I Love » (2006)
Kanye West ft. Dwele - « Power » (2010)
Clarence Reid – « Living Together Is Keeping Us Apart » (Running Water, 1973)
Clarence Reid « Living Together Is Keeping Us Apart »
Immortalisé en 1992 par Dre avec « Deeez Nutz », la batterie du « Living Together Is Keeping Us Apart » de Blowfly a.k.a. Clarence Reid est un bonheur de précision rythmique. Déjà repris par Kanye en 2005 pour son laidback « Drive Slow », il lui refait appel sur le classieux « Christian Dior Denim Flow », en seconde partie du morceau.
Kanye West ft. Paul Wall & GLC - « Drive Slow » (2005)
Kanye West ft. guests - « Christian Dior Denim Flow » (2010)
Joe Farrell – « Upon This Rock » (Upon This Rock, 1974)
Joe Farrell « Upon This Rock »
Oeuvre du jazzman Joe Farrell, « Upon This Rock » est un breakbeat méconnu (si on le compare à l’aura d’un « Impeach The President » ou d’un « It’s a New Day »). Sa rythmique hachée a pourtant été reprise de nombreuses fois, comme chez Black Sheep, Method Man & Redman, Erykah Badu ou encore même le Saïan Supa Crew. Kanye, lui l’a samplé deux fois : sur « Gone », excellente conclusion de Late Registration, et sur le « Chi-City » de Common. Pas de chance pour Ye et les autres : la fille du jazzman réclame depuis 2008 des royalties.
Common - « Chi-City » (2005)
Kanye West ft. Cam’ron & Consequence - « Gone » (2005)
Pete Rock & CL Smooth – « The Basement » (Mecca and The Soul Brother, 1992)
Pete Rock & CL Smooth « The Basement »
Sampler des vieux breaks de funk ou de rock ? Trop prévisible. En revanche, faire un morceau à l’attention clairement pop avec un vieux beat crasseux du début des nineties, c’est un peu plus couillu. Sur son mélo « Runaway », Ye mêle des notes de piano larmoyantes à la boucle composée par Pete Rock au tout début de « The Basement » avec son comparse CL Smooth.
Kanye West ft. Pusha T - « Runaway » (2010)
Difficile d’évoquer C.L. Smooth sans penser immédiatement à son compère Pete Rock. Le duo à l’origine d’une batterie de classiques avec notamment les deux albums Mecca and the Soul Brother et The Main Ingredient a indéniablement marqué de son empreinte les années 1990. Le Soul Brother Number One et le Mecca Don se sont progressivement imposés comme les symboles d’une époque en s’affirmant comme les dépositaires d’une certaine couleur musicale mêlant harmonieusement soul et jazz.
Partenaires en affaires avant de partager de vraies affinités, nos deux compères enchaînent les brouilles avant de se séparer officiellement en 1995. Pete Rock continue dès lors sa route seul pour s’imposer comme un producteur de référence ; le tout en multipliant les succès bien ficelés. Inutile de les énumérer, la liste est au moins aussi longue que celle des effets d’annonce en période électorale. De son coté, C.L. se noie dans… l’anonymat lâchant péniblement moins d’une dizaine de morceaux en dix ans. Difficile de se montrer plus discret.
Septembre 2006. Plus de dix années se sont écoulées depuis cette séparation tonitruante. Forcément, avec une carrière restée si longtemps en suspens, la sortie du premier album solo de Corey Penn laissait craindre une gueule de bois des plus sévères. Alors retour en grâce d’un ancien combattant ou simple cérémonie mortuaire de fin de carrière ?
C’est avec toutes ces précautions gravées dans le crâne, le regard obnubilé par cette pochette caricaturant à la fois le rêve américain et le mauvais goût, qu’on écoute American me. Un sacré projet casse gueule, avouons-le.
Entouré par un pool de producteurs composé de seconds couteaux pas franchement tranchants, C.L. se montre d’entrée pourtant très offensif. Prêt à déglinguer chacun des maillons de la chaine du marché musical. Mais en ressortant les grosses ficelles et des thèmes d’un effroyable classicisme, il a plutôt tendance à s’enliser. Mises au pilori des éternels wack MCs, réponses sanglantes aux pisse-froids qui avaient voulu l’enterrer précipitamment, portrait de la fracture sociale américaine et autres cultes de la première personne. Du déjà vu. En moins abouti.
Pas franchement aidé par des productions poussives, C.L. peut toujours se la raconter en sortant quelques phases bien envoyées. Une sérieuse impression de remplissage, voire d’ennui, demeure. Quelques semi-réussites (‘C.L. Smooth Unplugged’, ‘It’s a love thing’, ‘Heaven is watching you’) et une certaine nostalgie parviennent bien à éviter le naufrage complet. Difficile néanmoins de s’en contenter. Les historiens acharnés retiendront que Pete Rock aura tout de même apporté sa pierre à l’édifice en signant le meilleur morceau de cet album : ‘It’s a love thing’. Un titre qui, aussi réussi soit-il, n’est qu’une vulgaire resucée de la version déjà entendue sur Soul Survivor II.
Trop tard ? Oui, beaucoup pour trop tard pour laisser un souvenir impérissable. Loin de côtoyer les sommets, American Me ne marquera pas l’histoire. Il restera même probablement au stade de la simple anecdote. Un disque de plus condamné à un anonymat poussiéreux.
Novembre 1998. Mai 2004. Cinq années et quelques mois séparent le premier album solo de Pete Rock, Soul Survivor, de son successeur désigné. Le label anglais BBE (Barely Breaking Even) déjà dépositaire de l’excellent Petestrumentals, long format principalement instrumental en forme de parenthèse transitoire dans la carrière du Soul Brother Number One, succède à Loud et matérialise cette suite souvent annoncée, toujours repoussée. Quelques mois après un concert au Cabaret Sauvage à peine digéré car particulièrement indigne de la réputation du duo New-Yorkais, puis un maxi Warzone mise en bouche auditive au goût plutôt amer, l’attente du public demeure. Mais cette dernière est désormais teintée d’une certaine inquiétude après ces deux évènements malheureux. A dire vrai, il n’en fallait pas beaucoup plus pour que les révisionnistes les plus vigoureux et autres illuminés élevés à la pop s’empressent d’enterrer l’un des plus grands producteurs de l’histoire du rap. Soul Survivor 2 répond aux interrogations des sceptiques. Pete Rock n’est pas mort, loin s’en faut.
Et là où Soul Survivor surprenait par un manque d’harmonie certain, la faute à une liste d’invités aussi surchargée qu’hétéroclite, ce nouvel opus s’avère au contraire particulièrement cohérent.
Cohérent tout d’abord dans son orientation musicale. Justifiant en effet une nouvelle fois son surnom de Soul Brother Number One emprunté au King James Brown, Pete Rock multiplie tout au long de cet album les références à la Soul et au Funk. Il y a tout d’abord la pochette du EP Warzone (et dos du LP), clin d’œil relativement explicite au classique « Maggot Brain » de Funkadelic (source d’inspiration aussi pour le Funk Doctor, Redman, pour son second long format Dare iz a darkside sorti en 1994.) Puis l’introduction vindicative ‘Truth is’ rythmée par le spoken word du natif de Philadelphie Black Ice, rappelant ‘The Revolution will not be televised’ (Gil Scott-Heron) voire ‘When the revolution comes’ (Last Poets). Enfin, et c’est assurément là l’essentiel, cette atmosphère à la fois enivrante, posée et rythmée, transpire la Soul, source intarissable d’inspiration pour Pete Rock et ses productions maintes fois imitées, jamais égalées. On se délecte ainsi de ‘Give it to ya’ reprenant ‘The makings of you’ ; un morceau composé et interprété par Curtis Mayfield et sorti pour la première fois sur la face B de « If there’s a hell below » avant d’être repris par Gladys Knight & The Pips pour figurer sur la bande originale du film de John Berry Claudine (1974). Pete Rock puise aussi dans la discographie de Mavis Staples, échantillonnant ‘What happened to the real me’ pour composer le tranchant ‘Head Rush’ ou encore les Jackson 5 pour ‘Appreciate’, conclusion établie en compagnie de C.L. Smooth, tout un symbole.
Cohérence aussi dans le choix des invités. Au contraire de Soul Survivor premier du nom, Pete Rock se charge ici uniquement des productions et là où le casting de cette première échappée solo avait été avant tout guidé par des facilités contractuelles et le poids de Loud, cette suite répond avant tout à des affinités musicales et humaines. Réunis autour d’un état d’esprit positif devenu denrée rare aujourd’hui, on retrouve ainsi les Little Brother, perpétuant l’esprit de la Native Tongue et auteur d’un premier album, The Listening absolument indispensable, Slum Village, J-Dilla, Dead Prez, s’inscrivant chaque jour d’avantage dans cet edutainment cher à KRS-One, Talib Kweli, Pharoahe Monch et bien entendu The Mecca Don C.L. Smooth. Plus surprenant peut-être la présence du polyvalent MC/Producteur Kardinal Offishall à priori moins en phase avec ces orientations musicales ou encore Postaboy, vainqueur de plusieurs sessions freestyles (les Bet Freestyle Fridays) mais dont la prestation sur ‘It’s the postaboy’ l’apparente avant tout à un grain de sable insidieusement glissé dans une machine bien huilée.
Évidemment, Soul Survivor 2 n’égale aucunement le supra-classique Mecca and the Soul Brother et comme toutes les œuvres imparfaites il comporte quelques motifs de déception. L’étrange production de ‘Warzone’, peu en harmonie avec le reste de l’album, ne convint pas plus que l’intrusion dans les clubs de Dead Prez ou la prestation peu inspirée de Pharoahe Monch. Composé aussi de morceaux plus anecdotiques, Soul Survivor 2 ne constitue aucunement une révolution sonore, et ce même si Pete a troqué à l’occasion son historique SP-1200 pour une MPC-2000XL.
Mais conquis par cet esprit positif d’un autre temps nous retiendrons avant tout les bons moments de cet opus pour minimiser l’impact global de ces quelques ratés. A tout seigneur tout honneur, citons avant tout ‘It’s a love thing’, ‘Appreciate’ (et à un degré moindre ‘Fly till I die’ avec Talib Kweli) où le duo reconstitué Pete Rock-C.L. Smooth enchante nos oreilles nostalgiques du début des années 1990. Les années écoulées, les brouilles répétées et mauvaises surprises de l’industrie musicale n’ont aucunement affecté l’alchimie, toujours intacte, du fameux binôme. Ces deux morceaux constituent les indéniables réussites d’un album de même que l’excellent ‘Give it to ya’ du trio Phonte-Big Pooh-9th Wonder. Les protégés de ?uestlove combinent une nouvelle fois spontanéité, réflexion et positivité dans un morceau de haut vol. Citons aussi ‘One MC One DJ’ démonstration lyrique d’un Skillz en pleine forme « y’all udes not thugs, you 8 deep in a coupe, that ain’t gangsta, that’s a movin’ group hug » et ‘Head Rush’ avec les cousins de Staten Island, RZA et GZA. Deux morceaux efficaces à défaut d’être novateurs. Impossible enfin de passer sous silence la prestation de Leela James, chanteuse enchanteresse sur ‘No tears’.
Ce Soul Survivor deuxième du nom s’inscrit, en dépit de quelques ratés, dignement dans la lignée de la discographie de Pete Rock. Sans être un classique en puissance, ni la sortie tant attendue, il mérite de conquérir l’attention du B-Boy nostalgique de cette époque révolue, où le matérialisme, les égos surdimensionnés et les productions synthétiques n’allaient pas encore de pair avec les succès commerciaux. On souhaite au Chocolate Boy Wonder de récolter enfin la reconnaissance méritée, l’inscrivant définitivement au panthéon des plus grands.
Vendredi 16 avril 2004. Soit moins d’un mois avant la sortie officielle, le 11 mai, de Soul Survivor 2 nouvel album de Monsieur Pete Rock. Maintes fois annoncé, repoussé et annulé, la suite du premier opus du DJ originaire de Mount Vernon (banlieue de New York) verra finalement le jour, ce qui en soit constitue déjà une bonne nouvelle. En dépit d’une impatience chronique je m’efforce de ne pas répondre à l’appel des différents peer to peer sur lesquels cette suite est d’ores et déjà disponible en téléchargement (décidément personne n’y échappe, même les meilleurs), pour l’apprécier à sa juste valeur lors de sa sortie. Alors en attendant le jour fatidique, il me semblait plus que temps de revenir sur ce premier volume et réhabiliter au passage un album injustement sous-estimé.
Retour en arrière, en 1998. Loud Records, alors label de référence, est à l’origine de la plupart des sorties de la crème du rap hardcore New-Yorkais avec notamment Mobb Deep, le Wu-Tang Clan et plusieurs de ses membres signés en solo, M.O.P, Tha Alkaholiks ou encore Cella Dwellas. Si la signature de Pete Rock sur un label tel que Loud a pu, au premier abord, surprendre c’était sans compter sur la polyvalence du désormais ex-comparse de C.L Smooth. Avant tout (re)connu pour ses productions fortement inspirées par la Soul et le Jazz et les classiques Mecca and the Soul Brother et The Main Ingredient réalisés avec C.L Smooth A.K.A The Mecca Don, Pete Rock est aussi à l’origine de nombreux classiques et remixes pour Run DMC (‘Down with the king’), Das EFX (‘Jussumen’ et ‘Real Hip-Hop’), Jeru the Damaja (‘You can’t stop the prophet’), Rakim (‘When i’m flowing’), Heavy D & The Boyz (‘Holdin’ it down), Nas (‘The world is yours’) ou encore Public Enemy (‘Shut ’em down’ et ‘Night train’). Avec un tel passif, à la fois éclectique et surtout brillant, la perspective d’un album solo prenant, forcément, la forme d’une compilation, ne pouvait être qu’alléchante. Et si le résultat n’est peut-être pas la hauteur de la très forte attente et d’une exigence assurément démesurée, force est de constater que ce Soul Survivor constitue tout de même indéniablement un bon album, reflétant le travail de l’ancien DJ de l’émission de radio New-Yorkaise (sur WLBS) In Control with Marley Marl.
Pete Rock expose tout au long de ce premier long format un panel de productions à la fois riche et détonant, en harmonie avec les nombreux invités. 27 collaborations extérieures, principalement des rappeurs à la renommée déjà bien établie. Citons notamment Kool G Rap, Big Punisher, Method Man, Ghostface Killah, Prodigy (Mobb Deep), Common ou encore Black Thought. Si l’éclectisme est de mise on retrouve non sans un certain plaisir les ambiances empreintes de Soul et de Jazz (notamment l’excellent ‘Mind blowin » avec son hypnotisante boucle de cuivre et une Vinia Mojica enivrante, ‘Soul survivor’ avec Ms Jones et ‘Take your time’ mettant en scène Carl McIntosh et Jane Eugene.) Preuve d’une polyvalence évoquée précédemment et qui n’est plus à démontrer, l’architecture sonore de ce Soul Survivor comporte aussi des morceaux plus bruts, rugueux. ‘Tru master’ surprend à l’image de cette improbable collaboration Inspectah Deck-Kurupt où l’incontrôlable inspecteur du Wu-Tang Clan inflige à ses auditeurs un nouvel assaut verbal de haut vol avec, entre autres, cette rime passée depuis à la postérité: « I bang with the big boys, those who hold name amateurs get hung with they own gold chains. » Citons aussi ‘Half Man Half Amazin » réunissant Method Man et Pete Rock sur une composition sonore n’allant pas sans rappeler le travail d’un certain DJ Premier.
Non content de produire l’ensemble des morceaux Pete Rock pose lui aussi quelques couplets tout au long de cet opus, on le retrouve même seul sur le minimaliste ‘#1 Soul Brother’. Si ses prestations microphoniques n’atteignent pas des sommets, elles ont le mérite de s’inscrire dans l’esprit des morceaux et de ses atmosphères changeantes. Difficile enfin de ne pas citer ‘Da Two’ parmi les excellents moments de cet opus. Ce titre symbolique reconstitue le temps de quelques minutes empreintes de nostalgie le duo Pete Rock-C.L Smooth. L’occasion pour The Mecca Don de revenir sur le parcours effectué ces dix dernières années passées en compagnie du Soul Brother tout en reprenant une rime de MC Shan, plus que jamais d’actualité « got to give the man behind wheels credit ». Et si certains derniers morceaux (‘Strange fruit’, ‘Verbal Murder 2′ et Massive’ avec Heavy D, cousin de Pete Rock) manquent cruellement d’impact et d’originalité, gonflant avant tout une liste d’invités déjà particulièrement longue (mais sans Rakim et Nas étrangement absents), on préfèrera oublier ces quelques moments dispensables pour réécouter les réussites de cet opus.
Éclectique, riche et alternant le bon et le moins bon, Soul Survivor constitue une première aventure solo intéressante reflétant non sans une certaine justesse les affinités musicales et l’esprit de ce stakhanoviste du beat. Six années après on réussit encore à se délecter de ce premier opus en attendant impatiemment le suivant…
Concoctée par DJ Skandal et Le Bee , cette mixtape oppose, virtuellement bien entendu, deux producteurs de renom. Pete Rock, le « Soul Brother Number One » d’un coté, et Jay Dee « Dilla » de l’autre. Enfin ne nous méprenons pas, il ne s’agit pas d’un clash marketé, mais plus d’une sélection pointue, établie et mixée par deux passionnés.
DJ Skandal se fait le chef d’orchestre de la face A, consacrée entièrement au Soul Brother Number One, retraçant assez symboliquement une partie de sa (large) discographie. On retrouve ainsi, non sans plaisir, quelques morceaux composés en compagnie de C.L. Smooth, tels le classique ‘Back on da Block’, ‘Go with the flow’ ou encore ‘What’s next on the menu ?’. Les nostalgiques de cette époque bénie sauront d’ailleurs se réjouir de l’annonce d’un nouvel album de la part du duo historique. DJ Skandal multiplie les enchaînements des vingt-cinq titres de cette face, et nous sert notamment quelques un des meilleurs remixes de Pete Rock. Le surpuissant et indémodable ‘Shut’em down’ de Public Enemy, accompagnée de sa pâle photocopie signée cette fois Busta Rhymes, Jamal avec ‘Fades’ em all’ (remix de la version figurant sur Last chance, no breaks, album de ce même Jamal) et même un obscur remix de ‘La face B’ d’Akhenaton. Au registre des morceaux qu’on réécoute avec plaisir, on citera ‘All I Know’ de Rahzel, ‘Half man half amazin’ de Method Man (tiré du sous-évalué Soul Survivor) ou même le classique ‘When I’m flowin’ de Rakim. On oubliera beaucoup plus facilement le poussif ‘If you got love’ de Non Phixion (tiré de l’inégal premier album du groupe New Yorkais, The Future is now).
Le Bee débute la face B avec une courte introduction, avant d’entamer une sélection plus réduite (à peine quinze morceaux), quantitativement mais sûrement pas qualitativement. Le mix se veut bien plus coulé, et on apprécie de retrouver quelques classiques de The Pharcyde ‘Drop’ et ‘Runnin’ notamment (tous deux tirés de Labcabincalifornia, album parfaitement indispensable.) Toujours dans cette vibe jazzy et posée, parfaitement dans l’esprit de la Native Tongue, on retrouve A Tribe Called Quest avec ‘Get a hold’, ‘Keeping it moving’ et ‘Peace, prosperity & paper’. Choisir trois morceaux au sein de la très riche discographie de la bande à Q-Tip, voilà un challenge des plus ardus. De La Soul avec ‘Stakes is high’, puis Slum Village (récemment dépositaire d’un assez bon nouvel opus intitulé « Trinity ») accompagné de Bahamadia puis Common apparaissent aussi sur une face B, particulièrement chargée en bons souvenirs. ‘Think twice’ vient enfin conclure cette compilation sur une énième bonne note.
Si cette mixtape n’offre aucun exploit technique hors du commun, elle demeure bien mixée, et propose une sélection de choix, assurant un bonheur certain à l’écoute de ses classiques, et quelques morceaux un peu moins connus. Pete Rock vs Jay Dee ne nuit pas à la santé, et a toutes les chances de squatter dans votre walkman pendant un moment.
PeteStrumentals, derrière cette contraction se cache un assortiment d’instrumentaux livrés par le désormais légendaire Pete Rock (Pete Phillips). Une légende née de sa collaboration avec CL Smooth (Corey Penn) au début des années 90. Son admission dans le microcosme du Hip Hop date quant elle de la fin des 80’s et de sa collaboration avec Marley Marl sur les ondes de la radio new-yorkaise WBLS-FM radio entre 1988 et 1992. Après quelques essais à la production avec le crew des Untouchables, et la conception de sons pour Heavy D et Slick Rick, Il se lance fin 91, en duo avec C.l. Smooth; dès lors, ils sortent leur premier E.P. All Souled Out sur Elektra. Le reste appartient à l’histoire… Leur second album Mecca and the Soul Brother LP, considéré comme un classique marque l’avènement de Pete Rock en tant que producteur. Dès lors, Pete réalise bon nombre de productions et de remix pour divers artistes comme Run DMC ou P.E.. Avec Main Ingredient en 1994, le binôme succombe au split et aux carrières solos usinées.
Désormais, Pete Rock occupe tout son temps libre à la confection de remix – House of Pain – ‘Jump Around’ -, de la bande son de « Menace II Society ». Donc, s’il produit pour une pléiade d’artistes Nas – ‘It’s Yours’, Common Sense – ‘The bitch in you’, il aura fallu attendre 1998 et un contrat avec Loud Records pour assister à ses débuts en solo. Cependant, malgré les multiples invités Soul Survivor ne comble pas l’attente du label.
2001 sera pour cet icône du Hip Hop l’année de la réhabilitation. En effet, BBE (Barely Breaking Even), label anglais lance sur le marché une nouvelle collection vouée aux albums solos de Dj’s-Producteurs de renoms.
Ce panel de beats, aux accents Soul et Jazz, prouve l’éclectisme et l’ouverture sur le monde musical de Pete Rock. Cet album conjugue à la perfection collages, fluidité, mélodies sucrées, harmonie et rythmique Hip Hop. A l’écoute répétée de ces plages sonores, on ressent tout l’amour que Pete Rock porte à la musique en général et à la Soul en particulier. Il est et restera l’incontestable N°1 Soul Brother.
A peine le bouton lecture est il pressé que l’on sait déjà a quoi s’attendre. Un morceau respirant la joie de vivre, et vecteur d’émotions, d’euphorie. Des sons variés de cuivres, un clavier, un sample de batterie, et le tout agencé de main de maître. Le résultat obtenu sur ‘A Little Soul’ ressemble aux sons de Buckshot LeFonque ou au Common de Resurrection.
La seconde piste inspirée par Minnie Riperton, s’écoule inlassablement. La programmation est fluide, propulsée par un sample de synthé aux allures kitches, et un sample de basse. A l’écoute nocturne et répétée de ‘Play Dis Only At Night’ on se trouve rapidement plongé dans un rêve … et c’est déjà le moment de se lever.
‘Something Funky’ est une piste plus explosive au niveau rythmique. Pete Rock utilise là tous les ingrédients nécessaires à l’élaboration d’un morceau Funky, à savoir un synthé, une ligne de basse et en prime quelques tintements de clochettes ainsi qu’un stab vocal masculin répétant par intermittence « I wanna get Funky & High ». Get into my groove ! Les distorsions de voix, de synthés, alliés à une programmation d’infra basse juste, sans oublier quelques accords de pianos, propagent leur allégresse tous azimuts.
‘For The People’ est une piste qui vous transporte dans une autre dimension, dans un monde d’abstraction. Un beat propre à écœurer n’importe quel jeune producteur. ‘Hip Hopcrisy’ utilise le même sample de guitare que ‘Da joint’ d’EPMD, la même technique de découpage des sonorités jazzy (Sample de piano) que Primo et une programmation d’infra-basse on ne peut plus ordinaire. Bref, un morceau purement Hip Hop efficace sans être génial.
4Smooth Sailing’ explore une nouvelle palette d’ambiance avec un sample aérien de saxo, une distorsion cosmique au synthé, quelques notes de piano et la fameuse rythmique 4/4 si fréquemment décrié et pourtant toujours souveraine dans le monde du Hip Hop. Une basse bien grasse, une guitare électriques aux sonorités psychédéliques, quelques clochettes et des cuivres, le tout savamment orchestré pour obtenir une nouvelle plage d’ambiance. On doit un infini respect à ce mélomane perpétuant l’esprit, l’énergie et la fibre de la musique noir américaine des 60’s et 70’s. Une plage exceptionnelle alternant poussée d’adrénaline et accalmie.
‘Pete’s Jazz’ est sans doute l’une des pistes les plus envoûtante. Superbement construit autour d’une nappe composée d’un sample de harpe, d’une guitare sèche de guitares wah wah, d’une voix gracieuse, et d’un saxo intense, ‘The Boss’ est absolument irrésistible.
GeGet into it! Gegeget involved ! Enfin des scratchs ! Une fois encore, ‘Get Involved’ flirte avec du funk de 70’s ( sample de claviers, sample de batterie et une basse). Cette plage atteint un niveau moyen malgré les scratches.
L’orchestration de ce morceau – ‘Give It To Y’All’ – est magistrale. Toutes les 30 secondes, la musique syncopé et redondante fait place à un sample de violon virevoltant digne de Vivaldi, accompagné de quelques notes de piano très jazzy. Pete Rock remet quelques artistes (Busta Rhymes, Cappa, Nas) au goût du jour en replaçant ici et là des lyrics connus.
Les amateurs de Soul reconnaîtront aisément d’une part le titre d’un classique composé par Bacharach pour Dionne Warwick et d’autre part l’origine du sample. Pour les profanes, Pete Rock a échantillonné la version réalisée par Isaac Hayes de ‘Walk On By’, tirée du révolutionnaire Hot Buttered Soul. Voilà un hommage réussi au génie Isaac Hayes.
Pour satisfaire les auditeurs traditionnels de Hip Hop, Pete Rock invite le groupe U.N (Rock Marciano issu de Flipmode Squad, Divine, Godfree & Laku) sur ‘Cake’. Cette piste revisite un autre morceau d’Isaac Hayes, à savoir ‘Monologue – Ike’s Rap I’ (To be Continued… ).
Après une sirène digne de Killarmy, UN se lance dans un rap répondant aux normes « Street Life ». Pete Rock retravaille très légèrement la boucle de piano empruntée à Mr Hayes, il y ajoute en effet une note et l’accélère. La boucle obtenue sonne à la manière d’un Songes d’une nuit d’été avec ses grillons eux aussi empruntés à ‘Ike’s Rap I’.
‘What you Waiting For’ sonne comme une fable mélancolique et lointaine. Encore une production gracieuse, mêlant scratches, saxo et autres cuivres aériens et un clavier délivrant une mélodie limpide. So Fly!
Cette fois ci, ‘Nothin’ Lesser – Jamie’s Mix’ est très axé Hip Hop avec U.N au micro. Pete Rock prouve cette fois encore qu’il est expert en collages sonores mélodieux et harmonieux. Empruntant à gauche et à droite et évitant la bouilli sonore.
Depuis l’avènement de l’industrialisation du Hip Hop, Pete Rock est l’un des producteurs qui a le mieux résisté aux variations de la mode, même s’il n’a pas connu la même réussite que certains de ses pairs, RZA ou Primo. Cette collection d’instrus servira en quelque sorte de répertoire discographique et permettra aux profanes de faire le point sur le style de ce Dj-Producteur entré dans la légende et pourtant mal connu. En outre, sa musique n’est nullement réservée à un public Hip Hop mais aux mélomanes.
P.S. De plus, vous n’aurez aucun mal à vous le procurer dans les bacs de vos fournisseurs habituels. A écouter d’urgence !