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Abcdr : Tu enregistres en ce moment un nouvel album non pas en solo mais avec le Velvet Club, où en êtes-vous de ce projet ?

Kohndo : L’album devrait s’appeler Soul Inside. Bon, le titre n’est pas forcément définitif. Je suis parti sur un concept, une idée, mais au final tu sais que quand tout est abouti tu peux être amené à revoir le titre. Il se peut qu’entre temps j’écrive un morceau super fort et que j’aie envie de donner à l’album un titre différent.

En tout cas aujourd’hui Soul Inside ça me semble assez bien définir le type de musique que je peux faire depuis un certain nombre d’années. La Soul c’est vraiment l’ossature prépondérante de ma musique. J’avais envie de faire un album de rap avec tout mon héritage. Et mon héritage il est principalement Soul. Je suis né avec Isaac Hayes, j’ai beaucoup écouté Curtis Mayfield, Prince.

Ce nouvel album je le prépare avec le Velvet Club. Cinq musiciens avec lesquels je travaille depuis plus de trois ans. Là, on a douze morceaux en boîte et je viens d’en finir trois supplémentaires. J’essaie vraiment de me pousser au plus loin de ce que je peux faire et sais faire aujourd’hui.

A : L’album sera-t-il entièrement joué ou il y aura une place pour le sample ?

K : Tu écoutes un album de rock aujourd’hui tu vas y trouver pas mal de programmations. Utiliser les deux ça me semble une bonne approche. L’idée étant d’avoir principalement des choses jouées mais en conservant des parties produites. Le socle est Hip-Hop mais au final il y a peu d’éléments faits avec une boite à rythme ou des bouts de samples.

A : Être entouré de musiciens sur scène, ça change sensiblement ton rapport avec le live et le public ? 

K : En fait j’ai toujours joué avec des musiciens. Quand j’ai commencé à rapper j’avais treize ans et à cette époque là dans mes meilleurs amis j’avais déjà des bassistes, des chanteurs. Même quand j’étais au sein de La Cliqua, à côté je me faisais des Jam Sessions. Donc pour moi ça n’est pas un vrai changement.
Par contre, cette démarche de travailler d’emblée avec des musiciens c’est quelque chose de différent. Et ça a beaucoup changé la donne. Ça m’a amené à écrire davantage ma musique, à ne pas chercher mon inspiration chez les autres via le sample. L’inspiration pour cet album, elle vient de mes idées et de celles de mes musiciens.

« La pierre angulaire de mon travail c’est « peace, unity, love and havin’ fun » »

A : Tu as également participé au projet Music’ All avec d’autres chanteurs et rappeurs français. Quel regard tu portes sur ce projet ?

K : A la base c’est un label qui s’appelle Black Stamp qui a sorti en novembre cet album Music’ All. On retrouve dessus des gens comme Oxmo, Busta Flex, Casey ou moi. Ce sont un peu les meilleurs musiciens de France qui viennent d’un univers plus Funk, Jazz qui rencontrent une sélection de rappeurs français qui eux ont baigné dans le Hip-Hop. C’est marrant d’ailleurs de constater que des gens comme Michel Alibo, Stéphane Le Navelan, Frank Mantegari avaient déjà travaillé dans le Hip-Hop dans un registre plus mainstream, avec le Secteur Ä notamment. Finalement, tu te rends compte qu’on cloisonne des choses qui n’ont pas lieu d’être cloisonnées.

Après, il faut savoir que l’album Black Stamp c’est un grand prétexte pour faire un show qui s’appelle Music’ All. C’est ce que tu as pu voir au Trabendo il y a quelques semaines. La suite ça va être l’Élysée Montmartre, il y aura aussi quelques dates en province. L’intérêt de cet album c’est aussi qu’il crée des passerelles et des synergies.

Grâce à ce projet, j’ai pu intégrer dans mon groupe Karl the voice, j’ai rencontré également une chanteuse qui s’appelle Nessia. On a commencé aussi un morceau avec Oxmo mais j’en dis pas plus [rires]. C’est en allant vers un projet plus Soul comme ça que j’ai vraiment eu le sentiment de vivre une certaine unité. La pierre angulaire de mon travail c’est « peace, unity, love and havin’ fun. » C’est ça pour moi le Hip-Hop, et c’est ce que je vis en ce moment grâce à Music’ All.

A : Y’a-t-il des projets en cours concrets avec La Cliqua ?

K : La dernière fois qu’on s’est vu c’était à l’Elysée Montmartre. C’était vraiment un moment magique. Depuis, Rocca est retourné vivre à Bogota. Il est sur la bande originale du film La vida loca. On s’appelle tous de temps en temps, et c’est super fort puisqu’avant on était tous séparés. Quelque chose s’est passé, humainement parlant, et c’est ce qu’on voulait. Ça a recréé des liens. Après, nous retrouver en studio, je pense que ça n’aurait pas de sens. Nos visions artistiques individuelles aujourd’hui elles sont sensiblement différentes et ce serait compliqué de faire quelque chose ensemble. En plus, honnêtement, je pense que ce ne serait pas intéressant pour le public.

A : Qu’est-ce qui, à tes yeux, a marqué l’année rap 2009 ?

K : Parmi les albums qui ont marqué cette année en rap je dirais L’Arme de paix et l’album de Fefe Jeune à la retraite que je trouve vraiment mortel. J’ai beaucoup aimé l’album à venir de Casey. En rap US, j’ai kiffé Slaughterhouse, The Undergods avec Canibus et Keith Murray. Sinon le KRS-One et Buckshot m’a surpris. En dehors du rap, des gens comme Pony Pony Run Run, l’anglaise Alice Russell ou encore le chanteur somalien K’naan qui avait fait notamment un morceau cool avec Mos Def.

A l’origine de ce projet, il y a un label : Black Stamp Music. Un label monté par deux potes de longue date – Sidney Regal et Mickael Minacca – chacun porteurs d’un héritage musical et désireux de sortir des sentiers battus. Jusqu’ici rien de révolutionnaire dans la démarche. Plutôt du grand classique. Les annonces de révolution autour du rap sont de toute façon comme les promesses : illusoires, elles n’engagent que ceux qui les croient.

L’intérêt du projet Music’ All porté par le label Black Stamp tient avant tout dans la qualité du casting. Le collectif de musiciens en premier lieu : les Illuminés Black Stamp. Dix musiciens partagés entre claviers, basse, guitare, trompette, trombone, saxophone, percussions et batterie. Une fine équipe, riche de ses influences diverses, à même de dépeindre une atmosphère plutôt feutrée de Music Hall. Porté par un élan très jazz, l’ensemble prend par moments des intonations plus reggae et soul.

Autres acteurs au moins aussi clefs : les rappeurs et chanteurs invités à poser sur les compositions des Illuminés Black Stamp. La sélection se veut éclectique en style mais également en renommée. La figure de proue Oxmo côtoie ainsi les confidentiels Marco Polo et Mihuma, les sanguins Casey et Busta Flex font face aux plus légers ex-Saïan Feniski, Sir Samuel ou Specta. Anecdote enfin, c’est Sidney qui occupe le rôle – symbolique – du maitre de cérémonie, celui d’ouvreur dans cet univers théâtral. Un univers à l’imagerie soignée et ce jusque dans le clip ultra-chiadé d’un ‘Yes we can’ au titre symbolique et pleinement inscrit dans son époque. L’équipe Kourtrajmé rappelle à cette occasion l’étendue de sa palette.

Porté par une certaine légèreté, une fraîcheur et une vraie cohérence de ton, Music’ All comporte comme toute compilation son lot d’expériences abouties et passages anecdotiques. Parmi les grandes réussites, on retient ‘Chanter’ où Busta Flex ressuscite son enthousiasme micro en main et semble retrouver un vrai second souffle associé au (plutôt bon) chanteur Karl the Voice. En un seul morceau, on retrouve sa verve à même de nous donner envie de replonger dans sa discographie. Impossible de ne pas retenir également le ‘Vais-je grandir un jour ?’ de Casey, où l’éternelle écorchée vive dévoile un aspect plus personnel de son enfance. L’écriture est toujours imparable, le style atypique : les projets s’enchainent et la fascination autour de Casey ne cesse de grandir.

Ces deux réussites sont d’autant plus marquantes qu’elles permettent de porter un regard nouveau sur deux acteurs qu’on ne voyait pas forcément dans un tel contexte. Oxmo enfin, grand seigneur, déroule. Tel un crooner en terrain conquis charmant son auditoire à chaque battement de cil, il déverse un océan d’émotions dans la lignée de ses deux derniers longs formats. ‘Quand même’ figure au même titre que le ‘Don’t let me down’ du duo Kohndo-Karl the voice parmi les très bons moments de cette expérience musicale.

Aucun doute, Music’ All n’a pas la consistance d’un album intemporel. Il s’apprécie plutôt comme un bel intermède, une expérience jouissive d’un instant. En sachant que ces instants gravés sur sillons sont amenés à prendre une toute autre dimension sur scène. Alors gardons en tête cette date du 9 Janvier prochain. L’équipe Black Stamp et ses invités seront au Trabendo et au complet pour un concert qui devrait prendre de vraies allures de Music Hall.