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Aussi étonnant que cela puisse paraître, l’Abcdr du Son n’avait jamais fait de “vrai” entretien avec MC Solaar sur son site. Une anomalie quand on sait la place qu’a occupé l’artiste dans l’histoire de la rédaction : le 20 janvier 2009, soit il y a quinze ans, JB alias Jean Baptiste Vieille publiait dans nos colonnes une lettre ouverte à MC Solaar. Dans cet article, un texte à la première personne, suite à un mail de refus d’interview de la part de son attaché de presse. Loin du rap français, et parti pour faire une pause de dix années, Claude MC semblait loin du rap, de ses observateurs, et de ses passionnés, pour tendre plus du côté mainstream de la musique française.
Quelques années plus tard, le mal sera réparé : dans ce qui sera un de ses premiers dossiers du site, l’Abcdr du Son publiera (sous la plume intégrale de JB) une histoire orale de l’album Prose Combat avec onze intervenants, dont Solaar en personne. Pourtant, il manquait encore bien quelque chose : une vraie discussion entre la rédaction et MC Solaar, sur sa carrière, sa musique, et le rap actuel. La sortie d’un nouvel album, qui plus est avec des artistes et producteurs de la nouvelle génération du rap français, nous a alors donné envie de retenter. Cette fois-ci l’attachée de presse a dit oui, et nous nous sommes donc retrouvés pendant une heure à discuter. Un entretien sur sa carrière, mais aussi le rap actuel, qui montre que malgré le temps passant, Claude MC continue d’avoir un œil sur la musique qu’il a vu grandir. Et un moyen aussi de boucler la boucle de cet article publié par JB en 2009. Comme un moyen de finir le job pour un autre rédacteur quinze ans auparavant.
Abcdr du Son : Quarante ans après tes débuts, est-ce que tu es toujours autant passionné par le rap ?
MC Solaar : Je crois que je suis toujours passionné. [Il réfléchit, ndlr] Oui, je suis toujours passionné. Il faut juste essayer de se renouveler, faire métamorphose comme Goldorak. [sourire] On essaye de se renouveler. Souvent ce que je fais ne ressemble pas à l’idée qu’on se fait du rap, comme il y a beaucoup de monde qui en fait aujourd’hui, j’essaie toujours d’avoir un chemin un peu parallèle pour ne pas ressembler à mon voisin. Mais en réalité, pour aimer le rap, il faut rencontrer les nouvelles générations. Parce que même si beaucoup se tournent vers des choses qui viennent du passé, il y en a d’autres qui ont de l’audace. Et c’est ce que j’ai pu faire avec mon nouvel album : croiser des producteurs et des rappeurs d’aujourd’hui. C’est dans ce genre de contexte que je me reconnecte à des choses qui ressemblent plus au rap par rapport au mainstream.
A : J’ai effectivement trouvé que cette troisième partie était beaucoup plus rap, notamment dans le choix des productions sur certains morceaux.
MS : Je vais avouer quelque chose : avec moi, le producteur est maître à 99% de sa proposition. Donc dans mon fonctionnement j’écoute, ça me plaît, mais ce n’est pas moi qui demande. C’est de notre rencontre que va naître quelque chose. Je n’interviens pas parce que je considère que le producteur est maître de ce qu’il fait. C’est lui qui a passé des heures dans sa chambre, à passer de tel logiciel à celui-là, à avoir la première intention. Je le choisis donc je suis un peu dans la DA. Mais la vibration du gars qui produit est importante.
A : Donc tu ne t’es jamais trop permis d’interférer dans le travail d’un producteur ?
MS : Je l’ai fait trois fois. Dans « Caroline », « La concubine de l’hémoglobine », et dans un troisième morceau. J’avais initié la chose en disant « est-ce qu’on pourrait avoir un truc sur tel BPM, avec telle atmosphère ? ». Mais sinon, non, je n’interviens pas. Tu sais, comme je suis dans le rap depuis toujours, j’ai vu passer toutes les tendances. Et j’aime toutes ces tendances, je n’arrive pas à choisir. Donc si ça ne tient qu’à moi, je ne vais avoir que la couleur du moment. Donc j’aime bien faire confiance à la volonté des producteurs en général.
A : Sur cette nouvelle partie de ton album, tu fais trois feats, notamment avec des artistes de la nouvelle génération. Tu as pourtant souvent dit par le passé en rigolant que tu faisais peu de collaboration car si tu en faisais une, tout le monde allait te demander pareil.
MS : Exact. Mais la vérité, c’est que je ne pouvais pas dire oui parce que j’avais un problème de contrat. [sourire] De 1994 à 2000, il y a eu toute une période où j’aurais pu faire des collaborations, des choses avaient été entamées, mais ça ne s’est pas fait. Sur ce nouvel album, c’était une vraie volonté de ma part. Depuis que c’est plus tranquille au niveau contractuel, j’en profite pour faire des feats. J’en ai fait un avec Bigflo & Oli, je pense toujours à en faire avec Youssoupha mais on n’arrive jamais à se croiser… Mais oui je vais maintenant en profiter pour faire plus de feats.
« Je considère que je fais du rap évolutif. Il faut oser être ouvert à tout, sinon on se conditionne soi-même. »
A : Par rapport à d’autres artistes de ta génération, tu ne t’es pas fermé à ce qui est ensuite arrivé dans le rap, même si le genre a beaucoup évolué. Comment est-ce que tu l’expliques ?
MS : C’est une discussion que j’ai eu il y a longtemps avec un gars qui s’appelle Akhenaton. Nos premiers albums respectifs n’étaient pas encore sortis et on se disait : « Qu’est-ce qu’on fait ? ». Parce qu’on ne savait pas où on devait aller musicalement et on ne connaissait que ce qui se faisait aux Etats Unis. Au final, j’ai considéré que je faisais du rap évolutif. On ne m’a pas vu faire une musique avec une seule couleur donc j’ai la possibilité d’évoluer. J’ai autant fait « Qui sème le vent récolte le tempo » que « Quartier nord » ou « Victime de la mode » sur mon premier album donc j’ai toujours eu un éventail large. Je ne peux pas être prisonnier d’une image. Il faut oser être ouvert à tout, sinon on se conditionne soi-même. Quand je suis arrivé, j’avais plein de rappeurs autour de moi. Ceux de la pré-génération, Lionel D, Nec Plus Ultra, Timide et Sans Complexe, Destroy Man et Jhonygo, la première génération Deenasty. Ensuite il y a eu la génération qui arrivait avec NTM, Assassin, IAM. Et dès le départ je me suis singularisé en cherchant une voix différente, jazz, slow, ou en faisant des bizarreries soul comme « Armand est mort ». Et j’étais libre parce que je m’étais ouvert à plein de choses dès mes débuts.
A : Certains rappeurs qui ont grandi avec les valeurs du hip hop dans les années 90 n’ont pas forcément pris le virage du rap des années 2000, plus individualiste et peut-être aussi plus dur musicalement. Ils ne se sont aussi peut-être pas reconnus dans celui des années 2010, notamment avec l’utilisation de l’autotune. Ça n’a pas l’air d’être ton cas.
MS : Si des choses nouvelles ou des personnes nouvelles arrivent dans le rap, je n’ai pas à leur dire « Je suis l’authenticité, la vraie nature du rap ». J’ai toujours dit que j’étais trop jeune quand on a commencé à parler de moi entre dix-huit et vingt-deux ans pour que je donne ensuite des conseils sur ce que doit être le rap. C’est ce que je voulais exprimer en disant « L’autodidacte n’est pas didactique » [sur le morceau « Temps Mort », ndlr]. Et puis j’aime bien la musique, tout bêtement. Je peux te faire du ragga, des trucs parlés, j’aime tout. En général, quand je fais un album, je mets au moins quatre styles différents dedans. Parce que je n’ai jamais envie de faire le même morceau d’un jour à l’autre. Et je crois que c’est la constante entre Qui Sème Le Vent, Prose Combat, Cinquième As, Chapitre 7, j’essaye à chaque fois de ne pas faire cinq morceaux similaires dedans. Donc c’est pour ça. Pour les années 2010, je n’ai pas essayé l’autotune, mais je suis vraiment un con, parce que j’écoutais Jay Z et son morceau « Death Of Autotune » [il chantonne les guitares électriques du morceau, ndlr]. Moi comme c’est Jay-Z qui parle, je crois qu’il a raison. Et puis deux minutes après, il est avec Kanye West qui en fait ! Mais pendant des années, ce statement de Jay Z, que ça soit pour moi ou Akhenaton, ça nous a fait nous dire « on n’approche pas de ça ». Quand j’ai écouté T-Pain au début, je me disais « mais qu’est-ce qu’il fait lui ? ». Et puis en fait c’est juste un instrument supplémentaire. Mais c’est vrai que là-dessus, pour nous les anciens de ces années-là, on a pris du retard.
A : Est-ce qu’un groupe comme PNL t’as fait revoir ton avis sur cet outil ?
MC : Ah pas mal oui, ils ne l’ont pas utilisé comme les autres. Ils l’ont totalement intégré dans leur création, ça a été une belle révolution. Surtout que j’ai des gars de là-bas, donc ils me disaient : « on en a très peu dans le 91, faut que t’écoutes ! ». Il y avait plein de trouvailles techniques, un travail sur les voix. Ça a plu à tout le monde, même hors rap, parce que ça ressemble à… je ne vais pas dire des chansons des années 80 mais presque. Tu vois la chanson électronique de ces années-là, Arnold Turboust ? Je suis sur que s’ils écoutaient ça, ça pourrait leur plaire. Mais je n’ai jamais été contre l’autotune. Je n’en fais pas parce que j’ai écouté Jay-Z. Mais ceux qui ne l’ont pas écouté y sont allés et ont fait des super trucs.
A : Est-ce que tu penses que le rap est une musique qui évolue beaucoup plus vite que les autres ?
MS : Oui. Elle a mille et une trouvailles. Si on part juste de la fin des années 2000, on a d’abord la Sexion D’Assaut qui a donné plein de choses. Ensuite arrive 1995 qui vont vers le passé, puis ensuite vers le futurisme américain pour quelqu’un comme Nekfeu. Et la trap de 2010 apparaît après avec pas mal de jeunes producteurs. Ensuite la drill arrive, une nouvelle forme de trap revient. Damso, la montée d’Orelsan… En fait il y a plein de vagues du rap, ce qui est totalement impossible dans le rock et le reggae. La raison de ça, c’est qu’il intègre plusieurs dimensions. Il y a l’image, qui est plus facilement marketable et qui suit la société de consommation. Tu mets une voiture, une bonne paire de chaussures, un t-shirt Céline, et c’est bon. L’essentiel c’est que la personne dégage quelque chose. Et il y a aussi des expressions dans le langage qui changent tout le temps… C’est le genre qui évolue le plus, il y a eu trente styles en quinze ans je pense.
A : Et toi ça t’intéresse toujours de continuer à suivre tout ça ?
MS : La Jersey, c’est dur. [sourire] Parce qu’à un moment j’écoutais et je me disais « Merde où est-ce qu’il respire lui ? ».
A : Certains artistes enregistrent leurs morceaux phrases par phrases aujourd’hui.
MS : Ah ! Ça je l’ai vu avec le rappeur new-yorkais tatoué qu’on appelle « la pookie ». 6ix9ine ! Il arrive au micro, il crie, stop. Il crie, stop. Il crie, stop. Un jour je vais essayer. Mais c’est vrai que la jersey, j’avoue que j’ai du mal. Mais tous les autres styles de rap, j’adore. Tous.
« Quand je suis au contact de la nouvelle génération, je vois qu’ils sont meilleurs que nous, les choses vont beaucoup plus vite. On reste des apprentis. »
A : Sur le morceau « Maitre de cérémonie » de ton dernier album, tu parles de tes débuts dans le hip hop. Pendant tout le morceau, tu dis que tu étais un apprenti maître de cérémonie, avant de dire en fin de morceau que tu « es » un apprenti MC. Est-ce qu’il y a un sens derrière ça ?
MS : Oui, ça veut dire que je le suis toujours aujourd’hui. On peut toujours progresser et ça met de l’humilité, on reste des apprentis. Quand je suis au contact de la nouvelle génération, j’apprends de leurs techniques de studio, je vois qu’ils sont meilleurs que nous, les choses vont beaucoup plus vite.
A : Tu as d’ailleurs dit par le passé que s’il y avait eu plus d’albums comme Or Noir de Kaaris, tu serais revenu plus tôt durant ta pause de dix ans.
MS : Oh oui. Un gars est arrivé et m’a dit « Tiens, écoute ça ». J’étais en voiture, j’ai fait un trajet avec l’album. Et j’en ai refait un deuxième. Il y avait de l’énergie, du dynamisme, de la punch, des références. Quand j’ai entendu les mots « Dozo », « 225 » en référence à la Côte d’Ivoire que je connais un peu, tout ça mélangé aux quartiers, Sevran, la culture militaire, ça m’a parlé. En fait j’aime bien tout, c’est équilibré musicalement ce qu’ils ont fait avec Therapy. Et on sent qu’il y a du cœur derrière, que c’est un mec passionné de rap. Ça m’a vraiment fait l’effet que je peux ressentir quand j’écoute quelque chose de nouveau. Gradur aussi, c’était animal. En fait j’aime bien le rap d’aujourd’hui parce que ça ressemble à plein de périodes que j’ai vues avant, des gens que j’ai croisés.
A : Tu veux dire dans les années 90 ?
MS : Oui, même dans les années 80. Des gens qui sont organiques. Par exemple il y avait un mec qui s’appelait M’widi. Et lui me fait penser à Gradur. De l’énergie, quelques touches politiques, fanatique de rap. En fait dans chaque nouveau, je vois souvent une personne que j’ai rencontrée avant que le rap se mette à vraiment sortir des albums. Parce que c’était là qu’on avait des bouts de cassettes, et qu’on se croisait, sur Radio Aligre, Radio Nova, ou Radio Val dans le 91.
A : On parlait de la nouvelle génération, tu as un featuring assez surprenant sur ton album avec Légendes Industries. Comment la rencontre s’est faite ?
MC : On est dans la même maison de disques, et quelqu’un là-bas m’a parlé d’eux. J’ai écouté leur album CacaPipi. [Rires] [ZiziCacaMixtape, ndlr] Et quand on s’est rencontrés j’ai vu qu’ils faisaient de la bonne musique. À ce moment-là ils travaillaient avec Yamê, ils étaient à fond là-dessus [Pandrezz et Kronomuzik ont composé “Bécane” de Yamê, ndlr]. Mais c’est une équipe que je surnomme « les cerveaux en réseaux », parce qu’ils ont un équilibre démocratique dans chacune de leurs décisions. Quand on leur propose quelque chose, il n’y a jamais un non. Il y a toujours un « j’écoute ». Et puis ils ont un truc en plus, c’est qu’ils aiment la guitare, la basse, les instruments. Donc ils ont un potentiel pour aller un peu plus loin. En fait on a un peu la même culture, sauf qu’ils ont vingt ou vingt-cinq ans de moins que moi.
A : Il y a un moment amusant dans la vidéo où l’on voit l’enregistrement de votre morceau ensemble. Lorsque vous écrivez vos textes, Kronomuzik est sur son téléphone, et toi sur ton cahier. Et vous avez un échange là-dessus. On se rend compte que tu trouves ça bien plus pratique et que tu ne serais pas contre faire comme ça. Tu n’as pas l’air de t’enfermer dans tes méthodes.
MS : Ah oui, moi je perds beaucoup de cahiers… Mais j’ai essayé une fois, je me suis forcé. J’ai croisé Soprano pendant le covid, et il avait invité plein de rappeurs et de producteurs pour faire son album. Et c’est là que je les ai vus la première fois écrire sur leurs téléphones. Pour l’instant je suis au cahier parce que j’ai une routine où j’écris, et je corrige ensuite, notamment pour les cadences et les flows. Mais bien sûr que ça ne me dérangerait pas. D’ailleurs ça y est [il prend son téléphone, ndlr] je suis passé à ça. J’en ai plein là…
A : Tu as des textes sur ton téléphone ?
MS : Oui mais je n’ai pas le réflexe d’aller les revoir ! Mais quand il n’y a pas de stylo, pas de papier, j’ai mon téléphone.
A : Dans ta manière de faire de la musique, tu essayes aussi d’être toujours en évolution ?
MS : Depuis toujours. J’essaie d’avoir ma stabilité et un peu de recherche dans mes morceaux. Mais le temps que tu réalises qu’il y a des choses que tu aimes, ça peut être trop tard quand tu veux les intégrer. Ça m’a fait ça avec le rap d’Atlanta ou Drake par exemple. À l’avenir, je vais essayer d’être de mon temps. C’est juste que j’essaie toujours d’être un peu à côté. Mais maintenant qu’il y a tellement de nouvelles choses différentes dans le hip hop, on peut choisir. Bon, je ne sais pas si je vais faire de la trap parce que tout a été dit…
A : Tu as un peu essayé d’en faire sur Géopoétique.
MS : Ah oui c’est vrai ! Bon après, c’était une trap qui sonnait un peu 2011. Si j’avais fait de la modernité, j’aurais été sur une trap un peu plus récente à l’époque.
« Quand j’ai écouté Nero Nemesis, ça m’a fait la même chose que Or Noir. C’était top du début à la fin. »
A : On parlait du morceau « Maitre de cérémonie » où tu racontes tes jeunes années dans le milieu hip hop français. Comment l’idée t’es venue ?
MS : Le morceau a été produit par Dany Synthé et il m’a dit que je connaissais un de ses oncles, et une autre personne de sa famille. Et c’était vraiment des gens qui faisaient partie du mouvement hip hop en France dès 1992 et 1993. Il m’a posé quelques questions et le thème est arrivé comme ça. Quand j’ai pris le stylo, ça a déroulé. Il y a des choses qu’il ne savait pas donc je lui ai raconté.
A : Sur ce morceau, tu utilises une expression de Jul, « Merci la zone ». C’était un clin d’œil pour faire un pont avec les générations ?
MS : Oui c’est ça. Quand je suis allé à Marseille en 2020, que j’ai vu tous ces gens qui étaient encore actifs sur cette scène, les producteurs… j’étais vraiment impressionné. Et Jul il est bon. Attend, quand il te fait des morceaux de kickage de neuf minutes… Mais pour moi le hip hop a toujours été une grande famille. J’aimais autant les gens de Marseille que ceux de Sarcelles. Regarde Soso Maness : il fait le son du confinement avec « So Maness » [il chante le refrain, ndlr] mais si tu lui mets juste un boom bap, il va aussi poser dessus. C’est d’ailleurs comme ça qu’on reconnaît les gens qui font du rap de manière récréative, ou avec quelque chose en plus.
A : Soso Maness a d’ailleurs fait un de ses premiers morceaux à 10 ans avec la Mafia K’1 Fry.
MS : Oh le bâtard ! Bien le petit ! C’est ça qui est intéressant. Quand il fait du boom bap il raconte plein d’expériences de vie, c’est crédible.
A : Tu parlais de grande famille dans le hip hop, il y a quelque chose qui raconte bien ça, c’est la relation qu’a Booba avec toi. En 2008, il te tire dessus sur le morceau « B2OBA » en disant : « NTM, IAM, Solaar, c’est de l’antiquité ». Dix ans plus tard, en 2017, il va pourtant publier sur Instagram la photo du single de « Bouge De Là » en te rendant un vrai hommage (tout en te tirant quand même un peu dessus sur Les Enfoirés).
MS : Oh B2O ! [rires]. C’est un mec que je connais depuis sa première apparition studio en 1994. Je le connais depuis les Sages Po’. Mais sa punchline par contre, j’avais adoré. Parce que comme j’aime bien le rap, je vois le cheminement. C’est en écho à sa première phrase, « Les négros sont déclassés par Pokora Diam’s et Sinik ». Ça a toujours été un bon rappeur, depuis le premier jour. Depuis les cassettes Cut Killer, depuis Lunatic. Il est bon quand même. J’ai écouté des morceaux qui ne sont jamais sortis en 94-95, ils étaient bien. Et ça m’a fait la même chose que Or Noir quand j’ai écouté Nero Nemesis. J’ai dit « Bon allez je vais rester dans la voiture » [sourire]. C’était top du début à la fin, le feat avec Damso, celui avec Siboy… Mais en tout cas merci B2O !
A : On sait que tu aimes bien le foot. Dans l’histoire du rap français, ta trajectoire est un peu comparable à France 98 : tu es la première grande victoire massive pour le mouvement hip hop en France en touchant le grand public. J’ai remarqué que dans tes interviews, on te reparle d’ailleurs très souvent des années 90 et de tes premiers albums. Comment est-ce que tu appréhendes le fait qu’on te parle autant du passé ? Tu es en paix avec ça ?
MS : Je suis 100% en paix avec ça parce que j’aime bien ces albums. Et quand on les a fait, c’était une victoire pour le mouvement. Il y avait des gens en plus qui arrivaient mais on parlait vraiment du « mouvement ». Tu avais les gars de Vitry, les descendants de Lionel D, ceux des Little, les gars de Sarcelles, les gars de Roissy En Brie. Donc c’est vrai que j’ai vécu la première victoire grand public du genre en France, suivie très rapidement par « Le Mia » et Alliance Ethnik. Mais les 3 DJs de ce groupe, ils étaient là depuis le premier jour, on se connaissait. Donc en fait c’était une victoire de tous, ça a donné du courage à plein de gens. Et surtout plein de maisons de disques se sont mises à y croire et ont donné la possibilité à plein de gens d’aller en studio. On était dans la rue, on se croisait : « tu vas où toi ? » « Je vais chez Delabel ». Je n’entendais que des trucs comme ça. Donc ça a donné des clés aux gens pour qu’ils fassent leurs trucs.
A : Est-ce que tu as bien vécu ou mal vécu le fait que les gens du rap ne comprennent pas ton passage vers la variété, ou au moins la sphère mainstream, dans les années 2000 ? Je pense notamment à ta participation aux Enfoirés.
MS : Non, je l’ai bien vécu en vrai. Pour Les Enfoirés, ça a été bien perçu à 99% selon moi. Je l’avais fait une fois en 98, et je l’ai refait en 2000 ou 2001. Mais pour moi c’est une grande fierté, parce que la cause est noble. Et ça ne te demande pas beaucoup de temps. Certaines personnes refusent d’y participer pour des histoires d’image. Moi on m’a dit directement que j’aurais l’air con. Et j’ai dit ok, de temps en temps, j’aurais l’air con. Mais il faut plusieurs boulons pour fabriquer un paquebot quoi.
A : Pour finir, est-ce que tu as encore envie de faire des choses nouvelles dans le rap aujourd’hui ?
MS : J’ai encore envie de faire des beaux morceaux ! Et peut être que je vais plus donner une direction sur certains trucs. J’ai un arsenal de trente ans de musique que j’aime bien. Ça va de Koba LaD à Grandmaster Flash, et peut-être que je peux choisir différents trucs là-dedans que je tiens à donner. Je parle surtout musicalement. C’est mon objectif : être encore plus impliqué musicalement dans ce que je fais.
Abcdrduson : Tu as dit que Disizilla était né d’un excès de colère. C’est à dire ?
D : J’ai toujours contenu des choses dans ma vie et j’ai toujours fait attention à ne pas les faire ressortir pour différentes raisons. La spiritualité et la religion sont venues et m’ont beaucoup aidé mais j’avais toujours eu une sorte d’incompréhension, de colère, au fond de moi depuis l’âge de quatorze ans, que je gardais. J’ai aussi passé tout le début de ma carrière à contenir tout ça parce que je trouvais trop cliché d’être un rappeur et de céder à la facilité de dire que tu ken des meufs ou que tu fumes de la weed. Or, il se trouve que récemment une suite d’événements dans ma vie ont fait que je les ai relâchés. Ma mère a eu un cancer notamment, ça m’a beaucoup affecté, et j’ai aussi eu plein de problèmes qui sont arrivés au même moment et que je ne pouvais plus contenir. Je suis allé en studio au mois de décembre et je n’étais pas dans la même démarche que d’habitude : il n’y avait pas de calculs, rien, je ne réfléchissais plus. Mon cerveau était déconnecté et je n’en pouvais plus de réfléchir. Il fallait que ça sorte, tout simplement. Je me rappelle très bien du moment où j’ai voulu commencer ce disque. J’étais chez moi et j’ai eu un sentiment de colère de fou. J’ai appelé mon associé et je lui ai dit « ça va pas, je vais tout niquer ». Il m’a dit d’aller en studio, pour tout lâcher. Le premier titre que j’ai fait c’était « Disizilla » et c’est comme ça que toutes les thématiques de l’album me sont venues. La radiation, le monstre…
A : Tu avais envie d’écrire, de faire de la musique, et rien d’autre ?
D : Exactement. Je pense qu’il y a eu notamment un effet de rebond par rapport à Pacifique. C’est un disque que j’ai énormément travaillé et que je voyais comme la version réussie et assumée de Peter Punk dans l’intention. Peter Punk était un disque trop maladroit à mon sens : je fuyais le rap mais je n’assumais pas totalement, j’étais pétri de peur. Sur Pacifique, j’étais pétri d’ambitions et je n’avais plus peur. J’avais envie de chanter, je chantais, même si c’était faux. Mon émotion était juste et c’était ce qui m’importait le plus. Et puis je ne chantais pas si faux que ça d’ailleurs. [sourire]
A : Tu es sorti lessivé de Pacifique ?
D: Complètement. Je ne voulais pas en parler, mais Pacifique a finalement été un disque très douloureux dans ma vie personnelle et surtout professionnelle. Il y a eu beaucoup de barrières, et le résultat de Pacifique m’a énormément frustré. J’ai vraiment voulu faire un disque populaire dans le bon sens du terme : je voulais vraiment toucher les gens, peu importe qu’ils aiment le rap ou pas. Je ne me suis pas dit que j’allais faire des tubes pour la radio, mais j’avais sincèrement envie de toucher le plus de gens possible. Je suis un rappeur et je ne vais pas l’effacer, mais j’avais envie d’explorer d’autres inspirations, tout en dosant, et ça a été très dur à faire comprendre. J’ai voulu mélanger des univers, c’était compliqué. J’ai demandé des collaborations c’était compliqué. La personne qui m’a signé chez Polydor pour Pacifique était à fond dans le truc, sauf que deux semaines après elle s’est faite virer… J’étais dans un schéma où je devais constamment batailler, et ça m’a éreinté psychologiquement. Je suis allé trop loin et je n’étais pas en capacité de peaufiner à nouveau comme ça sur Disizilla. En vérité, j’ai réalisé que je courais après quelque chose d’inatteignable : je voulais recoller avec un succès populaire tout en donnant vraiment quelque chose d’hyper pointilleux, alors que j’ai vu à côté des rappeurs qui se prenaient moins la tête et arrivaient à toucher les gens.
« On m’a toujours dit que je me prenais trop la tête. Cette fois-ci je me suis conditionné à ne pas réfléchir. »
A : Ton dernier album s’appelait Pacifique. Aujourd’hui tu nommes ton disque Disizilla. On sait que dans l’histoire de Godzilla, le monstre se réveille après avoir été sujet à des radiations dans l’Océan Pacifique. On fait dans le complotisme, ou tout est lié ?
D: [Rires] Je suis un Illuminati. Non c’est vrai, il y a un lien. J’avais envie de dire aux gens que je leur avais montré un océan calme, et que je ne pouvais plus retenir la colère que j’avais. Ce qui m’intéressait particulièrement avec cette image, c’est que dans l’inconscient collectif, Godzilla est un monstre qui se réveille et qui casse tout. Point barre. Sauf que dans l’histoire ce n’est pas ça : Godzilla c’est un monstre qui se réveille, l’humanité a peur qu’il casse tout, et en fait il se retrouve à affronter un autre monstre beaucoup plus fort que lui. Cette idée de combats qui nous dépassent, c’est quelque chose qui me plaît. Et c’est pareil pour moi : aux yeux du public j’ai peut-être l’air d’être en mode Disiz fâché, mais en fait, dans le fond, j’ai envie d’exprimer le fait qu’il y a des combats intérieurs qui me dépassent. Le disque parle de la monstruosité, de la paternité, de l’inadaptation à la société, du côté mutant, tous ces tiraillements qui posent des tonnes de questions, et dont on n’a pas toutes les réponses.
A : Est-ce que tu ne parles pas aussi d’accepter sa laideur parfois ? Tu dis des choses qui ne sont pas forcément valorisantes pour toi sur ce disque…
D : Complètement, et pour une simple raison : parce que c’est libérateur. Je pense qu’on est beaucoup plus fort quand on montre ses failles que quand on les cache. Il y a des gens qui ne montrent que leurs failles, mais c’est un peu superficiel. À l’inverse, d’autres essayent de se montrer sous leur meilleur jour, de la même manière que moi j’ai voulu à certains moments de ma carrière ne montrer que ce que je considérais comme mes bons côtés. Mais je pense que l’authenticité, c’est à dire assumer qu’on peut être bon et mauvais, c’est beaucoup plus vrai. Et c’est ça que je cherche.
A : Les défauts peuvent aussi mettre en valeur les qualités des gens ?
D : C’est un effet de nuance, et de contraste. Et c’est ce que j’aime chez les artistes. Dans le rap on joue parfois trop sur certains codes parce que l’on sait que ça va toucher une cible. Quand tu fais la caillera, tu sais que tu parles à la rue, mais aussi que tu vas fasciner le petit bourgeois… Mais c’est un jeu en fait. Alors que quand tu prends Prince, Marvin Gaye, Nina Simone, il n’y a pas de rôle. Ce sont des artistes qui se montrent tels qu’ils sont, avec leurs failles. Alors pourquoi moi, en tant que mec de cité, en tant que rappeur, je devrais me demander ce que je vais montrer de moi-même par rapport à l’image qu’on peut avoir de moi ? Je n’ai pas à me dévaluer parce que je fais du rap ou que je viens d’un quartier. Je suis un artiste et je vais me montrer tel que je suis, en rêvant des plus grands comme Prince. Et je n’ai pas à m’excuser d’avoir ce bagage social là. J’ai toujours eu ça en moi depuis le début, mais je ne l’assumais pas vraiment. Depuis Pacifique, j’ai eu un déblocage.
A : La force de Disizilla, c’est justement que l’on sent que tu t’amuses plus sur ce disque. Il y a des choses plus instinctives comme « Hendek ».
D : Pendant longtemps, mon entourage m’a toujours dit sans cesse que je me prenais trop la tête. La vérité, c’est que des morceaux très rap comme ça, avec les années, c’est devenu très facile pour moi. Depuis que j’ai douze ans je rappe, j’écris des seize mesures, ce genre de morceau ça me prend dix minutes à écrire, cinq minutes à enregistrer. Et dans ma tête, vu que c’est facile j’étais dans un mécanisme où je me disais que ce n’était forcément pas bien. Cette fois-ci je me suis conditionné à ne pas réfléchir. La chose qui a fait que Disizilla est sorti en septembre et pas en février c’est que je voulais avoir Niska sur le disque, et il n’était disponible qu’à ce moment-là. Je le voulais vraiment sur mon album. Je revenais avec un disque qui rappelait l’énergie que j’avais après Poisson Rouge et Niska est la nouvelle star d’Evry, je trouvais ça fort d’avoir ce mec-là. J’aime beaucoup le morceau qu’on a fait ensemble. Je pense d’ailleurs que c’est le feat préféré de ma carrière. En dehors de ceux avec Damso qui ne sont pas sortis. Mais je ne peux pas en parler. [Sourire]
A : Si on est mauvaise langue, on peut aussi penser que tu as fait appel à Sofiane et Niska pour des intérêts commerciaux…
D : Je peux le comprendre. Quand tu fais des featurings avec des gens dans la lumière ça te met aussi en valeur. Mais j’ai trop d’orgueil ou d’ego pour que l’on pense que j’ai uniquement fait ça sous cet angle. Si j’avais juste dit à Niska « Je viens d’Evry, toi aussi, viens sur mon album » il ne m’aurait jamais répondu. Par contre quand je lui ai dit qu’artistiquement, ça avait du sens que l’ancienne figure de la ville croise la nouvelle sur un album où je fais un retour à une certaine forme de violence dans ma musique, ça l’a intéressé. J’ai invoqué des raisons artistiques, et c’est bien ça qui m’a motivé à l’avoir sur mon album en premier lieu. Pour Sofiane, l’élément déclencheur a été une interview où il m’a cité, et ça m’a touché. Je ne suis pas souvent cité alors que je vois des gens qui s’inspirent de moi. Ne vous foutez pas de ma gueule. [Sourire] Je n’ai même pas besoin qu’on me rassure ou qu’on me le dise, je sais que j’ai influencé plein de gens. Mais il y a des références que tu peux dire et d’autres non. Souvent on cite Booba parce que c’est un incontournable qui a niqué le rap français. C’est facile de le citer. Moi, vu que je suis un touche-à-tout, que j’ai fait Peter Punk, c’est plus délicat. Mais des gens comme Damso ou Fianso sont au-dessus de ça. Et ça m’a touché. C’est moi qui ai demandé un featuring à Sofiane et sa réponse a été : « J’attendais ce message depuis quinze ans ». Tu te rends compte comment c’est touchant quand quelqu’un te dit ça ? Les gens qui viennent sur mon disque ce sont des gens que j’aime.
« Disizilla n’est pas une crise d’adolescence, j’ai été adulte très tôt malgré moi. Mais il fallait que ça sorte. »
A : L’image du nucléaire et des radiations revient énormément sur ton disque, de manière négative. C’est intéressant, parce qu’il y a quelques années tu avais utilisé exactement la même image sur tout un morceau, « Fukushima », où à l’inverse elles étaient positives…
D : Ah vous êtes vraiment trop fort l’Abcdr ! [Rires] C’est exactement ça. Je parle toujours des mêmes sujets dans ma musique et Extra-Lucide était un album assez positif, lumineux. À l’époque j’étais dans une période assez optimiste, sauf que je me suis fait rattraper par tout ça. Beaucoup de choses se sont effondrées dans ma vie personnelle et je fais le constat que mes « radiations » d’enfants, des choses qui m’ont marqué à vie, étaient tellement fortes qu’elles ont pris le dessus. Mais c’est vrai qu’il y a un vrai parallèle entre ce morceau et Disizilla. J’y ai pensé et je me suis même dit que je n’étais pas cohérent au début. C’est intéressant qu’on en parle parce que ça rejoint ce que je te disais tout à l’heure : je réfléchissais beaucoup et je me suis même dit que je n’allais pas appeler mon disque Disizilla à cause de ça. Et finalement j’ai décidé de m’en battre les reins. Oui il y a une contradiction, mais c’est aussi réel. Au moment où je fais « Fukushima » je suis dans cette idée de transformer ce qui est négatif dans ma vie en quelque chose de positif. Récemment, j’ai été dans l’échec et je n’ai pas réussi à faire ce que je souhaitais. Et c’est ce que je raconte dans « Ulysse » : je suis parti affronter les monstres et je me suis perdu en chemin. Il y a même beaucoup de sens dans ce morceau-là. Quand je dis à ma fille que je suis parti affronter les monstres, c’est dans le sens où j’ai grandi avec ma mère toute seule, dépressive, que je n’avais pas d’exemple de famille, et que j’ai voulu conjurer le sort. Toute cette détresse et cette colère que j’avais depuis tout petit, je l’ai ressortie maintenant. Ce n’est pas une crise d’adolescence, j’ai été adulte très tôt malgré moi. Mais il fallait que ça sorte.
A : Disizilla est d’ailleurs un de tes albums où tu parles le plus de toi sans filtres. Cette mise à nue, elle n’est pas compliquée vis-à-vis de ton entourage ?
D : Ma famille écoute ce que je fais bien sûr. Mais je parle de moi, sans livrer les secrets des autres. Le seul endroit où c’est compliqué, et c’est la première fois que je le fais autant, c’est pour ma mère. J’ai toujours fait attention à ça : avant je n’osais pas dire que je n’étais pas bien, sinon ma mère allait s’inquiéter. Je n’osais pas dire que j’ai eu une enfance compliquée parce que je ne voulais pas qu’elle se dise « J’ai raté quelque chose ». C’était très compliqué. Du coup le morceau « Terre Promise » qui parle d’elle je ne lui ai même pas fait écouter en fait. D’habitude je fais écouter mes albums à l’avance à des proches, mais sur celui-là je ne l’ai même pas fait. Donc je ne sais pas trop comment elle va réagir, mais je trouve que c’est un morceau qui est vraiment à part. Il y a peu de morceaux où j’arrive à être spectateur de moi-même, et à me sentir extrêmement fier, et avec celui-ci c’est clairement le cas. Je sais qu’on a fait quelque chose de beau. Mais si je ne me livrais pas, je ne ferais pas de rap. Je ferais autre chose, et j’aurais l’impression d’aller au boulot. Je ne serais pas heureux dans ma vie quoi.
A : On dit souvent de toi que tu es un artiste qui se cherche constamment, c’est parfois même présenté comme quelque chose de négatif. Comment tu le prends ?
D : C’est même très souvent mal vu. En fait je ne me cherche pas, je me challenge : dans ma musique, je me lance constamment des défis à moi-même. Je ne fais que des all-in tout le temps. Des fois ça marche, des fois ça ne marche pas. Et ça concerne aussi ma vie en fait. J’ai passé mon bac à trente ans, j’ai écrit un livre pour me prouver que je pouvais le faire, maintenant je veux faire un film… Je sais très bien qui je suis, mais j’aime bien me remettre en question. Sur Disizilla, le challenge pour moi c’était de livrer quelque chose en réfléchissant le moins possible. Je crois avoir réussi.