Relo poursuit sa suite de Fibonacci

Le 30 janvier dernier sortait le deuxième volume des mixtapes Fibonacci du rappeur Relo – dont la première, fondée sur des faces B, est disponible sur l’Abcdr du Son. Comme toujours, la musique du Marseillais marque par son caractère solide, forgée aux coups d’une indépendance conquise à la sueur du front. À la manière de la célèbre suite en mathématiques, chaque nouveau disque apparaît comme le fruit de l’expérience – et du travail – qui le précède.

Deux invités sont présents en featuring, chacun incarnant une école du rap phocéen : Sat et Kofs. L’atmosphère de « Reflets du réel », dans sa version finale, a suggéré à Isma, « [s]on acolyte » et « ami de jeunesse », une voix singulière, celle du rappeur de la Fonky Family. « On a voulu recréer, dans l’esprit, son intervention sur ‘Mémoire’, dans l’album de Shurik’n », confie Relo. Quant à Kofs, s’ils ne font pas la même musique en apparence, Relo et lui se fréquentent depuis un moment. « Ce n’est pas nécessairement ses deux volumes de Mon École – de très bonne facture – qui m’ont donné envie de faire un feat avec lui, c’est vraiment pour l’ensemble de son œuvre. C’est un bousillé de rap français, un passionné, et surtout, un grand monsieur, qui a le cœur sur la main et qui reste humain. C’est rare dans notre milieu. » Quand Relo lui propose le featuring, Kofs n’hésite pas une seconde : « il est arrivé en attaquant [sourire], je lui ai envoyé deux instrus, il m’a répondu direct en en renvoyant une avec son couplet dessus. »

La mixtape contient aussi le très triste « Littérature du réel ». « C’est un titre que j’aime particulièrement », commente Relo. « On l’a écrit en plusieurs étapes, sur différentes instrus. » Le rappeur s’y livre particulièrement, jusqu’à se définir comme un « cœur d’artichaut en pierre » : « comme beaucoup d’artistes, je suis, à la base, d’une nature sensible, presque hypersensible.  Mais la vie, le milieu dans lequel j’ai évolué, les épreuves que j’ai subies, ont durci ce cœur-là. Je suis moins nia. Pourtant, je crois toujours en l’humain, je crois toujours que le bien gagne contre le mal [sourire], qu’être une bonne personne aide à changer le monde. »

Fibonacci 2 a aussi une dimension politique, avec « ESCLAVE QUI SAIT LIRE », également présent sur Argoésie 3. Ce titre a été écrit après la polémique autour de « No Pasaran », morceau collectif produit par Kore à l’occasion des législatives anticipées. « Je comprends qu’on n’aime pas le morceau, ou certains couplets, mais ce qui m’a choqué, ce sont les gens qui défendaient l’extrême-droite en disant ‘on ne doit pas insulter ces gens-là, on doit les respecter’… Que les gens du rap s’en mêlent et nourrissent la polémique, c’était trop pour moi. Donc j’ai voulu rappeler ce qu’était l’extrême-droite, que ce n’était pas le prétendu ‘parti du peuple’, mais un parti dangereux. »

Avec un morceau collectif de clôture – avec, entre autres, un R.E.D.K en forme – Fibonacci est encore une preuve de la volonté de fer du Marseillais, décidé, rime après rime, morceau après morceau, EP après EP, d’offrir une musique exigeante. « Je ne me pose pas la question de ma place dans le rap actuel, je préfère travailler, avancer. Cette année je vais être encore plus actif, pour que lorsqu’on parle de rap à Marseille, et même peut-être, au niveau national, mon nom sorte. Je ne cherche pas à être le meilleur, je cherche à être une évidence. »