Le magazine Gotham, deuxième du nom
Il n’y a pas toujours un lendemain, mais, ici, il y a bien une suite. Le magazine Gotham s’offre ce lendemain, un second numéro dans la lignée de son aîné. Il s’inscrit à la fois profondément dans le présent, dans le tumulte de l’époque, mais aussi avec le prisme de moments et de figures choisies dont les faits d’armes résonnent surtout au passé. Ou qui se sont éloignés des projecteurs. Libres, indépendants et singuliers.
Porté par un petit collectif qui mêle intérêt communs et histoires éparses, Gotham creuse les sillons de la quête d’identité, des identités. Un multiculturel qui mêle origines, (im)migration et influences, avec un regard affûté sur la décolonisation. Tout ça en faisant la part belle au visuel, sous différentes formes et styles, avec l’œil avisé de Tcho, activiste au long cours.
Créer c’est faire des choix, c’est aussi prendre la parole, c’est parfois résister et surtout vivre. À ce titre, Gotham semble célébrer cette belle formule : « aimons-nous vivants. » Et célèbre ses légendes, nos légendes. Celles qui sont encore parmi nous et celles qui sont passées de l’autre côté. En ouvrant ses pages à Lucien Papalu, Colt et Kenzy, figures tutélaires par excellence, Gotham célèbre à la fois la rareté et l’excellence. Tout en affirmant un peu plus sa singularité salvatrice. Il ne s’agit pas d’occuper l’espace, comme on tiendrait un terrain. Plutôt d’avoir de la mémoire, des références assumées et d’assumer un acte de résistance.
Retrouver Kenzy, dont les mots sont très rares, c’est se remémorer et célébrer sa brillante insolence restée sans égale. Extrait choisi :
« Pour moi, c’est simple ; si la passion m’attire dans un projet où l’argent gagné ne suffit pas à payer les aspirines, j’arrête. »
Pour toutes ces raisons, et pour d’autres, Gotham deuxième du nom mérite attention et soutien. Une contre-attaque alternative à une époque où le bruit est omniprésent et la curation un essentiel sous-estimé. Pour se procurer ce bien bel objet, ça se passe toujours sur le site dédié, ici.