LUCHA LIBRE 2, Ry’s sur le ring

Une combattante recule, déséquilibrée, tandis que son corps vacille. En face, une autre femme, costume rouge et orange vif, s’élance vers elle. Dans ses mains, une chaise, qu’elle s’apprête à abattre sur son adversaire. Si cette scène de catch semble tout droit sortie d’un combat diffusé sur NT1 dans les années 2000-2010, il s’agit en réalité de la cover de LUCHA LIBRE 2 de Ry’s. Dans cet EP paru fin juin, et qui fait suite à une première partie sortie en 2025, le rappeur originaire de Lyon et basé aujourd’hui à Paris continue de prouver qu’il est à placer dans la liste des MCs passionnés par la discipline, aux côtés d’un Action Bronson ou d’un Westside Gunn. Et, à l’instar du rimeur de Buffalo, qui se plaît à égrener des extraits d’interviews ou de promos de catcheurs dans ses morceaux, Ry’s ponctue ses titres de commentaires d’anciens combats. Comme s’il se tenait lui-même sur le ring, prêt à faire le spectacle. 

Pour l’accompagner dans l’arène, le rappeur a créé un alter-ego : Jacques de Sample, son patronyme en tant que beatmakeur. Un personnage présent sur six des neuf titres du disque  – ViceVersa et SibelaCasa l’épaulent sur les trois autres –, dont la mission consiste à dénicher des boucles venues d’horizons variés pour les faire cohabiter au sein d’un show musical aux multiples rebondissements. LUCHA LIBRE 2 s’ouvre ainsi au son d’une BO d’animé et se referme sur la soul de Sade (« HABITUDE »), en passant par du gospel, de la city pop ou un solo de guitare électrique, comme dans « DARIJA FUNK ».

Le nom de ce dernier titre fait par ailleurs référence au dialecte arabe parlé en Algérie, pays où le membre du groupe Egzagone est né, même s’il confesse dans le refrain « ne [pas] parle[r] le vrai rebeu ». Plus généralement, le Franco-Algérien interroge son identité tout au long de l’EP, s’épanchant sur l’histoire de sa famille et ses conséquences sur son parcours. « L’âme de mon grand-père, elle est restée en Algérie / les traumas de ma mère pendant la guerre, excès de d’colère dont faut pas qu’j’hérite », confie-t-il sur « MES PEURS ». Et de raconter, par-dessus les riffs de guitare qui bercent l’intimiste « RnB INTERFERENCE », que les rêves artistiques déchus de sa mère l’« empêche[nt] de rêver ». 

Au milieu de phases egotrip ou pleines d’autodérision, Ry’s parvient sur LUCHA LIBRE 2 à esquisser davantage que dans le premier opus le croquis d’un personnage discret, limité par sa « peur des paillettes » (« MES PEURS »). Sous le couvert d’être un pur produit d’entertainment comme le sont les affrontements scénarisés de la WWE, cette seconde partie se singularise donc par l’authenticité de son propos. En attendant le prochain round.