Jeune Morty, rap firework

Il n’en fallait pas plus que trois singles pour comprendre que Jeune Morty est décidé à avoir une longueur d’avance. L’artiste de Choisy-le-Roi, figure du rap underground français propulsée avec son album Éponyme l’an dernier, posait déjà avec « Deuniers » en ce début d’année un premier coup de semonce sur une trap façon Therapy-Kaaris des années 2010. « Shrooms » surprenait ensuite avec une plugg tirée des bas-fonds de SoundCloud circa 2016. Et voici ce 13 mars « Katy Perry », troisième single avant la mixtape Jeune Morty Vol. 1, attendue le 27 mars prochain. 

Avec « Katy Perry » et ses sonorités pop-électroniques des années 2000, Jeune Morty confirme sa signature : passer les époques au creuset et en sortir un son singulier qui cueille le néophyte comme l’auditeur aguerri. Ce single vibre sous un vernis digital-gaming rétro. L’intro tombe comme un générique de série : des accords synthétiques colorés et rapides et c’est l’enfance qui remonte, Disney Channel en fond, Kesha dans les oreilles. Le beatmaker américain OK, avec b41ts2late, y applique sa recette : BPM élevé, piano entêtant et énergie électronique héritée du producteur Maaly Raw (son influence déclarée) qui rappellent les prods derrière Nettspend ou Fakemink, la nouvelle garde expérimentale. Jeune Morty confie avoir été happé par le travail de OK et ses « sonorités africaines, proches du coupé-décalé ». « Katy Perry » est le fruit de cette alchimie : une musique hybride, francophone, ancrée dans une culture ivoirienne et des inspirations US. 

Côté visualiseur, un fond blanc et des danseurs esquissent des pas de Logobi tandis que des bandes de couleurs animées viennent s’enrouler autour d’eux. Une esthétique qui fait écho à Disney comme à des clips conçus pour une certaine jeunesse de l’ère Y2K. Textuellement, le rappeur reste constant. Sans chercher à épater, les barz dessinent un personnage à la fois ancré dans la rue et dégagé d’elle, qui revendique autant le Balmain que le bloc, les facettes avant les fafs. Cette tension n’est pas neuve dans le rap, mais elle est rarement portée avec une telle singularité : une façon de poser qu’il dit « venue de sa mère ou de Dieu » et des références improbables. 

Cette sortie circulait déjà sous le nom de Ça va se savoir dans les stories de Jeune Morty en août dernier. Le trajet clandestin de « Katy Perry » dit sa méthode : mélanger dans l’ombre, surgir là où on ne l’attend pas. À quelques jours de Jeune Morty Vol. 1, « Katy Perry » ouvre la fosse. Le rappeur franco-ivoirien est prêt à y sauter. – Lilia Lrd