Gotham sort Le Grand Jeu

Peu après la sortie du deuxième numéro du magazine Gotham, s’est tenue une soirée à La Bellevilloise, co-organisée par le label, représenté par Tcho et Rocé, et la librairie Le Grand Jeu.

La soirée a débuté par une table ronde autour de la question de l’archivage et de la transmission du patrimoine du rap français. La conversation rassemblait Rocé, le libraire Christian Omodeo, le confrère de l’Abcdr du Son Raphaël Da Cruz, le réalisateur Marc-Aurèle Vecchione, et Julien Boudisseau, rédacteur en chef d’INA Hip-Hop. De cette discussion transparaissait d’abord l’enthousiasme communicatif d’archivistes qui avaient (enfin) la possibilité de parler au public rap des documents rares qu’ils ont vus ou manipulés, et qui se distinguent par la variété de leurs supports : flyers, le plus souvent manuscrits, réunis dans un livre Fly Art édité par Christian Omodeo et Uncle Texaco, images d’archives de Captain Café (émission des années 1990 animée par Jean-Louis Foulquier) et H.I.P H.O.P (émission diffusée pendant l’année 1984 sur TF1 et animée par Sidney), livre de photo (Subway Art, de Martha Cooper et Henry Chalfant, publié en 1984), et archives sonores retrouvées et réunies sur Par les Damné.e.s de la Terre (2018), album de Rocé. D’anecdotes en anecdotes se dessine un récit moins connu de la naissance du rap français, qui complète le narratif de l’importation d’un son américain. Rocé met ainsi l’accent sur le rôle joué par le raggamuffin, équivalent français du dancehall, et plus largement des musiques de la diaspora africaine, que les anglo-saxons avaient érigées en matrices du rap bien avant les Français. « Nous comparer à Léo Ferré et Georges Brassens, c’est flatteur, mais c’est laisser dans l’angle mort nos Gil Scot Heron et Marvin Gaye français » résume-t-il.

La deuxième partie était consacrée à des mixs de DJ Fab et DJ Stresh, ce dernier accompagnant aussi les showcases de Vîrus, Amnez, Djex913 et Rocé, tous.tes en grande forme. Vîrus place une exclusivité dans la veine de Nycthémère. Sous son flegme trompeur (« on pourrait presque croire qu’on a répété » rigole-t-il), le MC rouennais rappe sans backeur les huit minutes de « Désolé du retard », morceau conclusif de Nycthémère. Rocé clôt le bal avec « On s’habitue ». Un vécu à défendre, une vision à répandre, vingt-cinq ans plus tard.

Cadences 1 – Groupement Culturel Renault