Rien n’arrête Effie

Quand la chanteuse coréenne Effie sort son premier disque NEON GENESIS en 2021, la dominante mélodique ne permet pas de qualifier sa musique de rap, en dépit des basses traps et de l’influence évidente des sad boys suédois. Après quelques années dans la salle du temps, Effie revient en 2025 avec l’EP E, produit quasi-intégralement par son acolyte kimj. Conservant une solide assise pop, les deux artistes se retrouvent dans leur polyvalence et leur souplesse musicale, et rassemblent sous un même toit l’EDM et le rap tout en dressant des passerelles entre pop mainstream et expérimentale.

Sorti quelques mois plus tard, l’EP Pullup to Busan 4 More Hyper Summer It’s Gonna Be a Fuckin Movie s’affirme plus rugueux et radical, comme si E avait été conçu comme une porte d’entrée en douceur vers ce monde musical nouveau. Rien ne semble alors arrêter le duo, qui va encore un peu plus loin avec 희 / 노 / 애 / 락 , nouvel EP de quatre titres hybrides et avant-gardistes réalisé avec leur comparse audiogoth. Tout en faisant bon usage de son aisance harmonique, Effie s’y affirme encore davantage en tant que rappeuse, jouant du contraste entre sa voix vulnérable et son charisme au micro. Sorti pour la nouvelle année lunaire, le fiévreux « Red Horse » voit la rappeuse déployer l’aura autoritaire d’une cheffe de guerre, portée par les turbines de kimj et les hennissements de chevaux en furie.

Enfin, le 1er avril dernier, Effie sort sans crier gare « dodoogiedae », simili-freestyle pas mixé. Sur un Chief Keef type-beat triomphal, l’artiste mélange le coréen et l’anglais pour une mise au point sans détours, entre le troll et la menace : l’industrie K-Pop qui la sollicite peut bien aller se faire voir, les « 도둑 » (voleurs) du refrain feraient mieux de « study [her] shit », et les présumés méchants sentent en réalité la fraise, comme Lotso l’antagoniste de Toy Story 3. En interview sur l’Abcdr du Son, la nouvelle star du rap français La Rvfleuze déclarait « Je ne peux pas faire que du rap, il faut ouvrir aussi. » Effie a pour sa part ouvert au rap, et à beaucoup d’autres choses, avec une indépendance créative communicative. Et une liberté de ton qui semble intimement vécue par l’artiste d’une sortie à l’autre, galvanisante pour l’auditeur parce qu’elle l’est pour elle-même avant-tout.