Darlingchouchou, royale chipie

Son freestyle remarqué sur « Abeille » chez On The Radar en mai dernier n’était donc pas une simple étincelle. « Trop insolente », la Parisienne Darlingchouchou poursuit sa route dans le rap français avec le single « Moni Hot », sorti le 12 août, un condensé d’arrogance qui confirme son talent pour le rentre-dedans.

Loin d’un banal exercice rétro, le morceau repose sur un pont invisible tiré entre deux époques : d’un côté, une structure qui épouse les codes musicaux actuels et de l’autre, le réveil d’une mémoire sonore qu’on croyait enfouie. Avec ses sonorités résolument 2000’s et son esprit rap fun, coloré et bondissant hérité de l’âge d’or de The Neptunes, « Moni hot » agit comme un doudou auditif, une parenthèse festive et décomplexée face au cynisme productiviste ambiant. Aux manettes, Thomas Careil et WAYU Prod signent un morceau taillé pour le mouvement et curieusement épique, la BO rêvée pour la marche triomphale de la meangirl dans un teendrama. Sur ce terrain de jeu, la « reine des pestes » pose avec un timbre nasillard ; signature vocale d’une Mandy dans Totally Spies ou d’une Bonnie Rockwaller dans Kim Possible. À l’image de ces figures, elle affirme un personnage effronté qui s’amuse de tout, des regards comme d’elle-même (« J’pense qu’on peut s’la faire sans Auto-Tune, Moi, pour l’instant, j’ai ni auto ni thune”). Dans cet ego-trip sans prise de tête, son écriture visuelle (« J’descends les marches, j’ai les mains dans les poches / Là, y a l’soleil, alors j’me remets du gloss ») termine de donner du relief à sa posture. La rappeuse refuse pour autant de choisir entre son côté teenager en crise et une ambition dévorante, rappelant son objectif : « Moi, j’préfère les ailes et faire des tubes / Laisse-moi Manifest le truc ».

Avec « Moni Hot », Darlingchouchou définit un peu plus son personnage, à cheval entre nostalgie Y2K, autodérision et ambition dévorante. Elle affine la direction artistique empruntée sur son freestyle « Abeille » en refusant de trancher : ni tout à fait peste ni tout à fait ange, ni passéiste ni uniquement ancrée dans son époque, elle brouille les pistes et s’affranchit des catégories pour imposer un style hybride et décomplexé. La reine des pestes n’a définitivement pas fini de faire bourdonner le rap français…