BLOODY$ANJI, tous crocs dehors
Apparu sur les radars dès 2016 via la nébuleuse SoundCloud française, BLOODY$ANJI a patiemment façonné son identité hybride, entre trap et esthétique électronique industrielle. Cette radicalité sonore avait d’abord éclaté avec l’EP KILL TO LIVE (2023) l’un de ses premiers succès public, avant de trouver sa pleine mesure dans le morceau « L.R. DEFENDER » (2024) où il cristallisait sa recette et affirmait une direction qui semblait désormais sans compromis. Cette identité gagne encore en épaisseur avec « CANICHE », dernier single sorti le 27 mars où le rappeur sculpte son amertume dans un slasher sonore de 83 secondes. Et dans lequel la violence et la revanche prennent des airs de rave décharnée et primitive.
Pour ce titre, BLOODY$ANJI s’associe aux producteurs Esone et Bahamas à la composition, ainsi qu’à Idée Noire, l’un de ses collaborateurs fétiches, au mixage. Ce trio sublime la noirceur qui habite l’artiste dans une proposition qui relève, avant tout, du choc sensoriel et de la décharge d’adrénaline. À l’instar de « L.R. DEFENDER », la production de « CANICHE » s’inscrit dans la nouvelle mouvance jerk, aussi nommée hoodtrap : une esthétique saturée et compressée à l’extrême, bien loin du jerk américain originel des années 2000. Le titre puise dans les rythmiques brutes de la scène US du genre, incarnée par Xaviersobased ou Nettspend, et hybride les infrabasses abyssales de sa déclinaison britannique, portée par des artistes comme Fimiguerrero ou EsDeeKid. À 1 minute 05, cette influence culmine quand la basse s’étire comme tout droit sortie d’une warehouse, dans un élan pur et décidément agressif.
Ce climat d’urgence sert d’écrin à une écriture acérée, oscillant entre nihilisme (« On est que d’passage sur la planète qui flotte dans l’néant. ») et colère sociale née du mépris et des stigmatisations subies (« Pas l’teint adéquat pour tous ceux qui m’prenaient de haut. » / « Tu crois vraiment que j’me bats contre ceux qui nous stigmatisent pour des thunes ? »). Le texte tout entier de « CANICHE » résonne ainsi comme une profession de foi vengeresse : BLOODY$ANJI veut y terrasser ses détracteurs avec une froideur souveraine (« J’laisse aboyer les caniches qui pensent être des gros chiens / Grand majeur dans ta grand-mère parce que c’est moi l’prochain. »). Loin de s’abîmer dans le désespoir, le rappeur n’a visiblement « plus la boule au ventre » et utilise la haine comme tremplin pour sa propre légende. Bien décidé à ce que son existence ici-bas laisse une marque indélébile.