Appelez-le Blaiz’
Revue de projet

Appelez-le Blaiz’

Faire le tour titre par titre d’Appelle-moi MC 2 avec DJ Blaiz’, c’est voir tout un pan du rap indépendant se faire tirer le portrait. Alors mettez-vous à l’aise, et comme le font Demi-Portion, Sëar lui-même, DJ Brans, Lartizan, Nodey, Loko, Swift Guad ou JP Manova : Appellez-le Blaiz’.

En préambule de cette revue d’Appelle-moi MC 2, réalisée titre par titre avec plusieurs de ses protagonistes, nous avons pris quelques minutes avec DJ Blaiz’ pour retracer son parcours. Connu pour être le DJ de scène de plusieurs têtes du rap indépendant (Flynt, Nasme, Kacem Wapalek, Sëar lui-même, Swift Guad et bien d’autres), il est également le producteur d’Appelle-moi MC, dont le volume 2 est attendu au tournant par beaucoup d’amateurs de rap – il faut dire que les compilations se font rares dans le paysage hexagonal. Enfin, il a été au coeur de la scène du 18ème arrondissement de la capitale, tenant le studio du label UGOP d’Omar, notamment aux côtés de Nodey. Aux platines, derrière la console de mixage, sur scène et impliqué auprès de nombreux acteurs, Blaiz’ multiplie les casquettes et défend une idée du rap avec un leitmotiv simple : « Le rap que j’aime, tu le retrouves dans le titre d’Appelle-moi MC et ses morceaux. Pour tout te dire, je cherche à faire les compilations que j’aurais aimé acheter en tant qu’auditeur. »

Et lorsqu’on demande à Blaiz’ si justement, de sa place derrière les MK2 à celle d’organiser des compilations, il ne se sent pas homme de l’ombre, entremetteur, il réfute. D’un côté, il répète à l’envie qu’il y a quand même un peu de lumière : sur scène justement, avec Flynt, Swift Guad, Paco ou Sëar Lui-Même pour ne citer qu’eux. Mais il revient également sur l’écho rencontré par le premier volume des Appelle-moi MC : « Nous n’en avons pas vendu des caisses mais on en a tout de même beaucoup entendu parler. Sans doute qu’il a été beaucoup téléchargé. Dans tous les cas on sait qu’il a tourné. » Mais il rappelle surtout que « le rap est petit. » « Du moins à notre échelle » précise-t-il. « Tu réalises vite que tout le monde se connaît, on se croise tous partout : en studio, sur des dates, sur des clips. On a tous un pote en commun, et spontanément on a tous un peu cette logique : les amis de mes amis sont mes amis. » De là à faire un parallèle avec la démarche des deux volumes d’Appelle-moi MC ? « Oui et non, répond Blaiz’. Encore une fois, j’ai fait la compilation que j’aurais aimé acheter, en tant qu’auditeur. Mais c’est vrai que finalement, tu m’entendras souvent dire que les gens sur la compilation sont des potes. »

De tous les noms que peut citer Blaiz’ lorsqu’il évoque son parcours, un revient particulièrement : Flynt. « C’est lui qui m’a donné le côté carré du truc, et même de l’importance. Flynt est réglo sur tout. Chaque date est déclarée, avec une fiche de paie. Il met ton nom sur toutes les affiches, il a même réussi à le mettre en façade de l’Olympia ! [rires] » Et si encore une fois, dès son premier volume, Appelle-moi MC apparaît comme une plaque tournante, ce n’est pas seulement au sujet rap français ou du 18ème arrondissement de Paris, mais aussi dans le parcours de Blaiz’. « Devenir le DJ de scène de Flynt, c’est parti du studio UGOP et d’Appelle-moi MC 1. Au même moment, Dimé ne pouvait plus faire les dates pour Flynt. Il m’a proposé de le rejoindre, avec Nasme. Itinéraire Bis n’était pas encore sorti. J’ai dû me réapproprier le travail de DJ Dimé qui était super millimétré. Et les répétitions avec Flynt, c’est une prise de tête mais dans le sens ultra positif du terme. Pour la concert du New Morning, on passait des fois une heure de répétition assis à trouver chaque détail pour introduire un morceau ou faire participer le public. Flynt calcule tout en fait, mais ce n’est que du bon calcul, au service de la musique. Ça m’a appris beaucoup de choses. »

 

« J’ai cherché à faire la compilation que j’aurais aimé acheter et écouter en tant qu’auditeur. »

De là, Blaiz’ parcourt rapidement la plupart de ses expériences pour n’en retenir qu’une autre : son travail à UGOP, dont le studio était l’un des pivots du rap du 18ème arrondissement. « Dino habitait juste au-dessus. C.Sen et les mecs de Beatstreet, on les voyait tous les jours. Les gars de la Scred venaient. JP Manova venait. Flynt bien sûr, et évidemment Enigmatik qui étaient-là depuis le début, très impliquées. On se voyait tous. D’ailleurs, le volume 1 d’Appelle-moi MC est vraiment connecté à mon histoire avec ce studio. Le morceau de Dino en est le plus bel emblème. Il était venu pour enregistrer pour la compil’ et d’un coup on a capté ce refrain au-milieu des dizaines de couplets qu’il débitait : « laisse tourner la musique ». C’est vraiment révélateur de l’histoire du volume 1 : le quartier, le studio, les équipes qui venaient y rapper. C’est aussi pour ça qu’on a mis vachement en avant Dino puis ensuite Stamina. On voulait vraiment montrer ce qu’on vivait musicalement. »

« Entre 2010, quand est sorti le premier volume des Appelle-moi MC, et 2015, le studio UGOP a fermé. Ça a changé beaucoup de chose pour le volume 2 du coup. Plus de studio, ça veut dire sortir de l’oseille pour enregistrer et mixer. Mais UGOP, c’était aussi un label. Toutes les choses comme la distribution ou les visuels étaient pris en charge. Là j’étais seul à piloter le projet, en autoproduction. Heureusement qu’UGOP m’avait formé un peu à tout ça. Et ce qui prend le plus de temps, c’est de concilier les agendas de chacun. Mais paradoxalement, quand j’ai lancé l’idée de ce second épisode il y a environ deux ans, j’ai constaté que le volume 1 avait motivé beaucoup de monde. Des mecs comme Mani Deiz ou Nizi m’ont envoyé des productions par dizaines par exemple. Le fait de tourner avec Flynt ou Swift a aussi permis de se connecter avec beaucoup de gens, de souder le projet. Sortir d’UGOP, que ce soit par la fin du studio autant que par les concerts, a également permis d’ouvrir le second volume. Disons que le premier Appelle-moi MC avait quelque chose de propre au studio, à des trucs qu’on vivait avec des gens comme Nodey, Omar ou l’équipe Beatstreet. Le second volume est plus la conséquence de toute cette histoire. Proportionnellement, on est moins 18ème arrondissement sur ce Appelle-moi MC de 2015. Mais on reste dans la même école de rap, la même volonté derrière l’idée de s’appeler MC. Et puis un duo comme Lino et Flynt ou comme JP Manova et Deen Burbigo, il fallait que ce soit moi qui les monte ! Le hasard et la vie ont fait que je fréquente ou travaille avec les rappeurs que j’aime écouter. Alors autant en faire quelque chose ! »

Décrit par ses pairs comme un véritable épicurien mais un faux nonchalant, reconnu pour sa capacité à bosser des sets et des scènes avec acharnement tout autant qu’à savoir ce qu’il veut en studio, Blaiz’ est également toujours dépeint comme un malade de rap. « C’est aussi un peu pour ça que j’ai resserré le tracklist, abandonné l’idée de double CD qu’on avait mise en place sur le volume 1 : pour pouvoir plus peaufiner les morceaux. Par exemple, je ne scratche plus et je suis pourtant un fou de scratch. J’ai donc pu donner plus de temps et de place pour me concentrer aussi là-dessus et inviter des DJs comme Nelson, Hesa ou Nixon pour ne citer qu’eux. En écoutant la compilation, je voulais aussi que les DJs se disent : ah ouais, il y a du level. » Et avant de le faire revenir pour nous sur deux ans de travail, titre par titre, nous avons assisté à la fin de son échange avec l’un de nos confrères du site lebonson, auquel il a lancé « je ne dois plus rien au rap ». Un peu plus tard, on s’est permis de le relancer sur la phrase : « les nuits à travailler à l’œil pour des morceaux ou des skeuds de rap, je les ai faites et pas qu’un peu. Et en plus, je ne les ai pas faites en traînant des pieds mais au contraire avec le cœur. J’ai donné autant que j’ai pu à cette musique. Et là, comme dit Laurent Blanc dans l’intro de la compilation en parlant de Blaise Matuidi : « Blaise prend une nouvelle dimension. » [rires] »

Une raison de plus pour revenir titre par titre sur un parcours polymorphe et une vision du rap alimentée par autant d’expériences, du studio à la scène, du 18ème arrondissement à la Suisse, d’Urban Peace à la Miroiterie. Avec en creux, un bel instantané de tout ce qui peut baliser le rap indépendant d’aujourd’hui. Alors, comme le font Demi-Portion, Sëar lui-même, DJ Brans, Lartizan, Nodey, Loko, Swift Guad ou JP Manova : appelez-le Blaiz’.

Appelle-moi MC vu piste par piste par DJ Blaiz’ et par DJ Brans, Sëar lui-même, JP Manova, Nodey, Swift Guad, Loko, Demi-Portion et Lartizan.


Gueule d’ange « On est bien là »

« Ce titre, c’est l’un des premiers morceaux que j’ai reçu, peut-être même le premier. Gueule d’ange, c’est l’exemple parfait du mec qui n’a pas pu être sur le volume 1 mais qui aurait dû y être. Si je l’avais rencontré quelques mois plus tôt, il aurait été là il y a 5 ans [le précédent volume d’Appelle-moi MC est sorti en 2010, NDLR]. Tout à l’heure, tu me faisais remarquer qu’il y avait plusieurs écoles assez marquées sur le projet, dont celle de Paris Nord. Mais tu sais, j’avais un studio là-bas, et Gueule d’Ange fait partie de tous ces gens que j’ai rencontrés et enregistrés là-haut. Il est l’un de ceux qui est devenu un ami. Le syndrome du type rencontré trop tard pour être là sur le précédent volume, il n’est d’ailleurs pas prêt de s’arrêter. Des mecs comme Lacraps ou Melan, les potos du Gouffre, obligés on les verra sur le prochain Appelle-moi MC. [Le morceau tourne en même temps et les scratchs commencent] DJ Djaz ! C’était obligatoire d’avoir des scratcheurs aussi, et des bons. Je suis fan de ça. Djaz n’est pas n’importe qui, Hesa non plus. Tous en vrai : D’Side, Nixon, Venum. Il y a même Nelson ! J’ai le champion du monde DMC qui est venu scratcher sur mon projet. Ça tue. »