Cash Cobain prépare sa Slizzy party
Tandis que “Wish”, sorti en début d’année, samplait “Late Nate Tip” de la Three 6 Mafia, le dernier single annonçant le prochain album de Cash Cobain, “Betcha Can’t” en featuring avec Babychiefdoit est une reprise du “Betcha Can’t Do It Like Me” du groupe d’Atlanta D4L. La musique du rappeur-producteur new-yorkais, qui a donné naissance au sous-genre estampillé “sexy drill”, remixe depuis longtemps déjà des samples familiers aux sonorités drill-club.
Cash Cobain a fini par s’imposer dans ce genre de reprise bien à lui, baignant dans un mélange quasi-muzak et pourtant inédit de club music, de plugg onirique, de drill édulcorée voire psychédélique et d’R&B séducteur. Languissant voire langoureux, ce cocktail enivré semble obsédé par la chair. Ici comme souvent, Cobain parle d’entrejambes et de fessiers (“Ass on my plate, ass on my face (Check) / Ass never stink (Check), ass wanna shake (Check)”). BabychiefdoIt, jeune garnement michiganais de 18 ans plein d’énergie, à la popularité montante mais en passe de standardisation, s’y essaie. Son couplet, plus rappé, plus dense, en dit un peu trop mais apporte, comme souvent dans les featurings avec Cobain, un contrepoint bienvenu.
Tandis qu’il y reprend les claps-claquement de doigts de la snap music et qu’il y joue avec les basses ratchet de la West Coast post-Mustard, la fête de Cobain, malgré son épais patrimoine, est toujours si singulière : la nonchalance, la légèreté voire les chuchotements qui font son rap développent une intense tension sensuelle qui n’explose jamais, mais réchauffe l’atmosphère en se maintenant comme en suspension.
Cette signature référencée et enfiévrée est à l’image d’un clip baignant dans l’imagerie des années 2000, remake de celui de “Laffy Taffy” de D4L, où les scènes de fêtes s’enchaînent. Bataille de coussins dans une salle de cinéma, théâtre d’ombres sexualisé et jeux de pistolet à eau tournent à l’exercice lubrique. Les membres de D4L en sont parmi les acteurs principaux, reproduisent leur danse chorégraphiée et valident donc complètement la démarche.
En 2024, sur le réussi PLAY CASH COBAIN, le New-Yorkais faisait globalement le choix de rester accompagné de ses proches. Les quelques featurings avec des rockstars n’étaient pas les morceaux les plus marquants, laissant parfois craindre une recherche déjà épuisée voire aseptisée du featuring bankable. Depuis, ses collaborations avec Justin Bieber, French Montana ou son bras droit Bay Swag et le Young Thug next gen de Slime Langage 3, laissent pourtant espérer une ouverture plus maîtrisée. A chaque fois, comme ici avec BabychiefdoIt, ces artistes d’autres horizons s’adaptent vraiment à sa démarche fédératrice. Et cette fameuse tension sexuelle d’ascenseur de club refait surface, dopée par ses héritages entrelacés. Elle chantonne des obscénités prêtes à être hurlées par un public euphorique.
Cash Cobain – Betcha Can’t (ft. BabyChiefDoit)