Nos 25 morceaux du premier semestre 2026
La traditionnelle sélection semestrielle de l’Abcdr est là. Elle illustre la pluralité d’un rap francophone plus perméable que jamais aux autres genres musicaux.
Gak – « P’tites salles »
Fort d’une expérience désormais longue de trente ans à rapper, Gak occupe une position de OG sur la scène niçoise. Resté silencieux pendant quinze ans après avoir sorti la mixtape Pow Europe 1.5, il a réapparu en 2025 pour annoncer un nouvel album : Touche noire. Une décennie et demie sans musique certes, mais pas sans vie. Les désillusions, les rencontres, les réussites et les tracas n’ont pu que nourrir l’acuité du rappeur. Revenu des grands espoirs de succès commercial que suscita sa collaboration avec DJ Whoo Kid, Gak pose un regard différent sur son art. « P’tites salles » cristallise merveilleusement sa vision d’un rap organique, propice aux théâtres intimistes plus qu’aux éblouissants zéniths : « Pas besoin de northern light de Rotterdam quand j’prends le mic depuis hauteur d’homme, je recherche hauteur d’âme. » Dojo The Plug produit le titre, Calvin Rico y joue de sa guitare, Diego de son violon et DJ Baron de ses platines pour 3 minutes 40 de chaleur musicale et humaine. 3 couplets et un refrain pour que Gak déclare son amour aux salles de 100, 50, 30 places ou moins encore, celles où « on sent mieux la chaleur humaine, on voit les détails. » Un regard ému au premier, le reflet d’une lumière sur une tempe suante au deuxième, un sourire au fond de la pièce, et des cœurs qui battent la mesure, voilà ce à quoi Gak aspire en passant du studio à la scène. — B2
26 Keuss – « Princes »
1980, déjà parti au cœur d’une tournée qui ne prendra jamais vraiment fin, Kassav’ se produit sur l’île de La Réunion. C’est l’occasion pour RFO de consacrer une émission à la bande récemment formée par Jacob Desvarieux et de conclure celle-ci par la diffusion d’une interprétation scénique de « Zouk-la sé sèl médikaman nou ni ! », son futur tube planétaire. En préambule de cette pastille, Jocelyne Béroard explicite le thème du morceau et sa portée fédératrice, voire universelle : « Le zouk, c’est le seul médicament que nous ayons, c’est à dire que si tu es malade, tu mets le disque de Kassav’ sur la platine et tout ira bien ! » 46 ans plus tard, entre la Martinique et la Seine-Saint-Denis, 26Keuss reprend à son compte la formulation pour une triste mise à jour : « Armés, véhiculés… Gun-là, sé sèl médikaman nou ni ! Guitariste, pas violoniste ! » Aux Antilles comme en Île-de-France, la paupérisation ne s’est pas enrayée, la jeunesse danse toujours certes et ne cessera jamais de le faire, mais avec moins de légèreté, indéniablement. La puissance de ce « Princes » tout en contrastes repose sur un équilibre alchimique. On sample le générique du Prince de Bel-Air (YNA la Mélocité et Keywan Beatz à la prod) et on saccage l’innocence juvénile qu’il peut charrier. D’une part on veut « casser des gueules » d’autre part on veut « serrer des gyals » et on raconte une histoire bien connue, celle qui consiste à mettre le contact dans une ruelle de banlieue pour déambuler sur les Champs dans une voiture pas louée. On est prêts à croiser des copines, on est prêts à croiser le fer, on est prêts à croiser zouk et drill. — B2
Ninho – « Lettre à un fils »
Quand les chanteurs s’adressent à leurs enfants, à naître ou en bas-âge, c’est généralement pour parler d’eux-mêmes. C’est aussi pour certains une façon d’extérioriser certains instincts conservateurs, rendus plus acceptables par le filtre bienveillant de la paternité. Sur « Lettre à un fils », Ninho n’échappe pas à cet écueil en ordonnant entre autres à son héritier de travailler à l’école, de se méfier des femmes et de bien faire le point sur ses finances. La pudeur qui donne à son écriture son aspect schématique parfois frustrant joue cette fois en sa faveur, en laissant les non-dits remonter à la surface. Le rappeur parle de lui-même, mais derrière la figure d’autorité apparaît un autre Ninho, le fils de son père disparu. Dans un triple dialogue sans mise en scène, brouillant naturellement les frontières entre les interlocuteurs et les générations, il lui rend un hommage tendre : « La base, c’est l’éducation, j’sais qu’tu vas fauter mais faut qu’tu t’relèves vite / C’est ma manière de t’le dire, c’est ma manière de dire merci / Merci à celui qui m’a tout appris. » Cet entrelacement à travers le temps donne à chaque mot posé par le rappeur un potentiel double-sens, comme quand il demande « un dernier bisou » avec cette finalité solennelle, où lorsque avec le jeu des illusions auditives, « Lettre à un fils » n’est qu’à quelques murmures d’« être un fils ». — chosen
UZI – « Retour aux pyramides »
Le rap samplait la musique des parents. Après quarante ans d’existence, il se sample lui-même. C’est le pari réussi par Uzi et Franklin dans cette reprise actualisée d’un classique du genre. En juxtaposant une rythmique trap contenue aux violons homériques de « Retour aux pyramides », le morceau tisse le passé et le présent, musical comme politique. Face aux images inquiétantes du clip, l’atmosphère épique-ésotérique du titre original se fait plus oppressante, reflet de l’ambiance anxiogène de la période. Si les X ont droit, dans un passage au noir et blanc, à un cameo final émouvant – qui reprend le refrain original – on retrouve aussi les frères Kourtzer (White & Spirit) aux côtés du disque d’or de Ma 6-T va craquer. Ceux-ci y figurent certes au titre d’auteurs de l’instru ; mais, en tant que producteurs de l’iconique « 11’30 contre les lois racistes » et proches du très marxiste Jean-François Richet, ils viennent incarner à l’écran une certaine idée du rap engagé. Probablement pas un hasard, lorsque sur la vidéo se succèdent scènes de dictature fasciste et hommes, femmes et enfants noirs armés, prêts pour la résistance. Un espoir de lutte que viennent contrebalancer de profondes détresses – une femme enceinte enfin apaisée après une piqûre fatale. Laconique, Uzi s’illustre par sa manière d’émouvoir davantage par les variations de voix que par les paroles, assez prosaïques. Autant pour ses cent couches de références – politiques, rapologiques et cinématographiques – que pour son final poignant, « Retour aux pyramides » est un clip qui doit marquer l’année. — Manue
PAPI TeddyBear x GrandBazaar – « Omega »
« Le capitalisme requiert un niveau d’empathie beaucoup trop bas et [Tupac] avait plus d’empathie que la plupart des gens ». À priori, aucun rapport ne semble lier l’icône américaine défunte à PAPI TeddyBear. En fait, il n’y en a pas vraiment. Mais ces mots prononcés par le rappeur Ray Luv dans le documentaire Dear Mama résonnent pourtant avec « Omega », dernière piste de la compilation GrandBazaar (03). Morceau boosté au spleen et à l’autotune, d’une telle manière que l’on croirait presque intercepter une chute du prochain album de PNL, « Omega » traite du mal-être que peut causer un système raciste et capitaliste. « La violence est notre alpha et notre omega », clame le rappeur rouennais d’origine sénégalaise avec une science du refrain peu commune et une écriture qui prend quelques détours ingénieux pour décrire sa cible (« J’ai la gueule du coupable, pas la gueule de l’emploi / Ton ciel est toujours obscur, j’attends rien venant de toi »). Si quelques mois plus tard, PAPI TeddyBear fait une démonstration de rap, un peu shit talk, sur « Saï Saï #1 (Oncle Ruckus) », sur « Omega » il flirte avec la chanson française revendicatrice des années 1980 (Daniel Balavoine est évoqué sur « Saï Saï ») en gardant l’horizon austère des années 2020 dans son viseur. Et lorsqu’il chante : « Dans mon miroir, ce que j’vois c’est l’noir », le double sens devient au fil des écoutes une évidence. « Du mal à comprendre c’qui va pas chez moi » poursuit-il d’une voix transformée en métal liquéfié, comme un reproche à lui-même autant qu’à un système où l’empathie fond comme neige au soleil. — JulDeLaVirgule
« Noyau épique d’un EP relativement sombre, où la résilience semble le maître mot, « le toit » rappelle à quel point Zinée sait explorer ses sentiments avec panache. »
2purp – « Bandai »
La trap rouennaise est à l’image de la ville. S’en dégage une froideur agressive marquée autant par les productions que par les rappeurs, qui mêlent références geek et rap us entre deux allusions à la drogue et à la haine de l’extrême droite. Le rappeur 2purp! et le producteur ELOUANRAPTORS sont issus de cette exact tendance. Les deux membres du collectif unzerocinq sortent en début de 2026 « bandai », un single hors de tout projet. L’association permet au rappeur de livrer une de ses performances les plus abouties jusqu’à maintenant et au beatmaker de pousser la production plus loin que celle qu’il a à ce jour fournie aux membres du 667 ou a 13 Block. La production est métallique, nerveuse et surchargée d’effets et de bruitage qui construisent autant le morceau qu’ils en perturbent la cohérence. À l’image des nouvelles scènes trap américaines. 2purp! surenchérit par une performance en variation rythmique intensifiant le morceau par ses respirations, par ses roulements et ses assonances bien senties. Cela donne un titre démonstration de force, un exercice de style rafraîchissant dans tous les sens du terme cumulant références et sonorités générationnelles avec une exigence au micro qui semble parfois d’un autre temps. — Iochane
Mani Deïz & Eloquence – « Hiver »
« Les gens qu’j’aime meurent tous en hiver ». Le beatmaker Mani Deïz énumère les années affligées par la perte, « 96, 2008, 2017 », comme un calendrier du deuil. Et s’interroge sur ses remparts à la tristesse : « Même mes atomes connaissent le prix de l’ivresse, ils m’ont chuchoté de ne plus me resservir ». Des multiples facettes que charrie cet artisan du rap, celle de MC se raréfie. Pourtant sur « Hiver », dernier titre de l’EP Instincts, Mani allie son flow rocailleux à la voix grave et indolente d’Eloquence, sur un instru boombap jazz-hop mélancolique. Pour esquiver ce spleen hivernal, l’Yvelinois se « téléporte de ce monde » et cogite sur la vie extra-terrestre (« je rêvasse sur le paradoxe de Fermi »). Eloquence préfère quant à lui une mise en orbite tout en égotrip : « On fait ce qu’on veut, ils font ce qu’ils peuvent, c’est le privilège des princes ». Mais le vague à l’âme devient contagieux alors que le rappeur d’Évry évoque à son tour le décès d’une proche. Plutôt que de se tourner vers l’infiniment grand, Eloquence examine les peines terrestres (celles du cœur et celles de prison) et « gamberge sur le système qui a fait d’[eux] des proies ». Avec en toile de fond le grain analogique lo-fi, signature de Mani Deïz, qui fait crépiter le sample pour réchauffer un peu l’ »Hiver » malgré le chagrin. — Orane Gibier
Fono M – « Hazi Drill »
En abandonnant son nom de Steki pour prendre celui de Fono M, il n’a pas profondément changé. Derrière la façade repeinte, c’est toujours ce rap des rues françaises complètement matrixé par celui des rues américaines. Fono M puise sans vergogne dans le son chicagoan dont il est un auditeur féru, puis l’ancre dans son propre monde, qui comme celui des Durk et des Herb est fait de tranchées modernes et de cellules d’un autre temps. En devenant Fono M, le rappeur a aussi conservé sa productivité d’antan, puisque depuis la mixtape Babyscoom parue fin décembre 2025 il a sorti la version Deluxe, puis les tapes LVDR et Menace pour tout le monde 2. Au total, ce sont près de 40 titres diffusés ce semestre, dont ce « Hazi drill » sorti des ténèbres. « Le mode de vie est tellement noir qu’le rap veut même pas m’inviter », « dans la planque ya v’la les guns », « brrrr, gang », « insécu dans les quartiers chauds », « Ya 56 fours dans ma zone », etc. Fono M ne se pose pas précisément en ambassadeur du 93 version gentrification olympique. Il alterne la violence et la méchanceté sur « Hazi drill » dans une forme d’alexithymie musicale, qui contraste par ailleurs avec d’autres de ses titres sur un créneau pain music. Les deux pieds dans la boue, une main sur le métal et l’autre sur le cœur, c’est le son d’un soldat des rues qui honore par le sang la mémoire de ceux tombés avant lui. « RIP Babyscoom, il a sûrement allumé ton frère. » — B2
Rêves, H Jeune Crack & TDJ – « 4H29 »
Le happy hardcore, cette déclinaison de la techno hardcore née en Grande-Bretagne dans les années 1990, connaît aujourd’hui une renaissance. Il est vrai que ce mélange de breakbeat et de trance euphorique, habité par des voix cristallines et surboosté en dopamine, semble la bande-son idéale d’une jeunesse en manque de tout et en quête d’absolu. Le contraste entre la pureté élégiaque d’un DJ-set du genre et la réalité d’un dancefloor, par essence chaotique et chargé d’émotions contraires, peut surprendre voir amuser le non-initié, ou non-croyant. Ce qui semble être le cas de H JeuneCrack, invité à poser aux côtés de la productrice et DJ canadienne TDJ sur « 4H29 », morceau étonnant de la compilation Bleached du collectif Rêves, spécialisé dans cette typologie de dance music. Avec la candeur narquoise qui fait une partie de son charme, le rappeur qui n’a « pas leur temps » ne court pas après la prod à 130BPM, et assume pleinement le décalage : « Soirée hype, j’suis pas du tout dans l’thème ». L’odeur de la Polo, le vomi dans l’avion, la chicha goût pomme : c’est une réalité organique voire odorante qui contraste avec la voix angélique de TDJ, comme un enfant espiègle qui révélerait une supercherie, pas tant par malice que par pureté d’âme. À travers cette collaboration inattendue, H Jeune Crack réaffirme peut-être l’un des fondamentaux de son art : décrire les choses telles qu’elles sont. — chosen
Zinée – « Le toit »
Zinée souffre d’une endométriose profonde, laquelle a engendré une prolifération de kystes dans l’une de ses jambes. Durant une opération, l’artiste a été victime d’une erreur médicale qui l’a contrainte à passer des mois et des mois allongée. Dans l’EP bil, publié le 20 mars, l’écriture cryptique de la Toulousaine aborde notamment cette maladie et ses conséquences, mais aussi sa jeunesse tourmentée… Au sein de ce disque profondément intime, où la majorité des titres sont plutôt doux dans la forme, le morceau « le toit », sorte d’envolée homérique, crée la rupture. Portée par une production orageuse et organique cocomposée avec Chilly Gonzales et Empty7 – deux artistes dont elle est proche depuis des années –, Zinée rend sa voix fluette redoutable. La rappeuse de la 75e Session verse à la fois dans un ego trip revanchard et dans des séquences plus émouvantes : « J’ai grandi sans cœur, j’suis même pas sûre qu’ils comprennent, j’ai pas l’toit d’ma maison », écrit-elle. Et Empty7 de lui répondre en italien dans les secondes qui suivent, qu’au contraire, Zinée a toutes les raison de se sentir partout chez elle. Noyau épique d’un EP relativement sombre, où la résilience semble le maître mot, « le toit » rappelle à quel point l’artiste sait explorer ses sentiments avec panache. — Alexis P
« Si l’association entre Aya Nakamura et La Rvfleuze n’avait pas grand chose d’évident en apparence, « Sexy Nana » prouve que toute collaboration peut exister, du moment que ses deux acteurs font chacun un pas vers l’autre. »
Grems – « Rage against the machine »
Depuis le milieu des années 2000, Grems a toujours été un électron libre. Il a creusé son sillon et a su rester cohérent dans sa direction artistique pourtant hybride, allant vers des sonorités house et électroniques autant que boom bap. Sur son dernier album en date, il façonne un son Trapjazz, le nom du disque, proche du deepkho en plus de fédérer une scène Saouss West autour de ses élucubrations autour d’un nouveau monde tout-numérique qu’il regarde de haut, avec méfiance et dédain. Sur le piano de « Rage against the machine », Grems laisse ses pensées voguer au rythme d’une boucle hypnotique relevée par des touches de cuivre et un beat uptempo en outro. Si dans une réunion récente entre OGs du rap en français, Booba prône l’usage de l’intelligence artificielle dans l’art comme une nécessité, Grems indique le chemin inverse. Graphiste, compositeur (ici avec Dan Amozig et RRobin) et rappeur, Grems se place du côté de l’humain plutôt que des machines. « C’est la guerre contre les fascistes / Ken le survivant dans la manif’ / Autour tout est fake et fait avec des machines qui sont faites pour enlever tes racines » est le prologue d’une charge envers les vices cachés du progrès consumériste (« Belek, ton phone, c’est un dream catcher, il boit tes rêves « ) en n’oubliant pas certains paradoxes humains (« Quand l’p’tit Blanc, il fantasme le bas des tess’ / c’est un paradoxe, celui qui vient d’la cité, il la déteste »). Ironique, acide et subversif comme à son habitude, Grems devient l’œil du cyclone : calme à l’intérieur, tempête à ses extrémités. — JulDeLaVirgule
Le Rat Luciano – « Au nom de »
« En moi tout est incendie » écrivait au siècle dernier la poétesse russe Marina Tsvetaeva. Dès les premières notes synthétiques d’ »AU NOM DE », on comprend que MAGMA solidifiera tant bien que mal un feu intérieur, une lave bouillonnante depuis des décennies. Le clip – non sans rappeler « Stupéfiant et noir » – file la métaphore d’un rap tellement chaud qu’il immole son auteur. L’immolation, en se refroidissant par le travail, devient la matière des disques. Probablement motivé à remettre la paire de Copa après la grande communion 13 Organisé, le Rat Luciano sort donc son deuxième album, vingt-six ans après le premier. Cela dit, il n’est jamais vraiment parti. Il suffit de voir la liste de featurings qu’il a accordé aux jeunes de sa ville au fil des années, la manière dont il s’est adapté avec sincérité aux évolutions récentes du genre, de la trap à l’Auto-tune. Loin de la drill générique d’ »IAM », l’instru signée BBP semble sortir tout droit d’Art de rue. Mieux: elle est un pont entre le son FF des années 2000 et le rap marseillais contemporain. Le beat, s’il est rapide, se fait plus pesant que chez Jul ; l’écriture, si elle est plus lapidaire qu’il y a 20 ans, reste suggestive, implicite, glaciale dans son allure constatative. Empathique avec les jeunes, Luciano les comprend, saisit leur énergie, mais ne les imite pas. Il matérialise avec « AU NOM DE » ce qui aurait pu, aurait du, devenir son style. Le rap, non – l’auto-dévoration par le feu. Mieux vaut tard que jamais. — Manue
Absolem & Ferdy – « Les canards de Tony »
C’est l’histoire d’un type approchant de la trentaine, dont la « chambre mal rangée » est tapissée de posters de Dragon Ball, qui passe ses après-midis à « mater GTO« et, depuis petit, ne songe qu’à « regarder le foot en slibard »... Dans « Les canards de Tony », ABSOLEM dresse un portrait de lui-même en zonard procrastinateur et désabusé, engoncé dans un costume un peu vieillot mais qui lui sied à merveille. C’est là toute la force de ce titre, dont les paroles tantôt joviales tantôt spleenétiques épousent des instrumentaux lumineux, reflétant la dimension douce-amère de son premier album Champagne en canette dévoilé début mai. Sur ce morceau boom bap – dont la prod est signée Dee Eye, avec quelques arrangements de JeanJass –, ABSOLEM a ainsi fait appel au saxophoniste français Ferdi afin d’y apporter un peu de chaleur. S’éloignant quelque peu de son flow volubile, le rappeur liégeois raconte son quotidien dans ce qu’il a de plus simple, avec son lot de failles et de charme. ABSOLEM fait référence aux « canards de Tony » de la série Les Sopranos, ces palmipèdes ayant élu domicile dans le jardin du mafieux Tony Soprano, et dont le départ réveillent ses crises d’angoisse, à l’origine de sa psychanalyse. Le MC, lui, regarde tranquillement les canards tant qu’ils sont encore devant lui. Dans une forme de déni tranquille. — Alexis P
Kalif Hardcore – « Ma vie »
« Y’a des clis, des tordeurs en traceurs / ça paye même pas le bosseur / ça t’a l’âr, t’y as fait le plainteur / fais pas le tendu, t’y étais le sacocheur » Multipliant les formules marquantes, Kalif décrit sans fard un environnement boiteux. Sa gamberge est peuplée de scènes de débrouille souvent laborieuses, hasardeuses, voire pathétiques. « Normal ça t’fait glisser pour un bleu, refus de promenade cash il s’est mis bleu / t’y es le S on est bleu, t’y es un BDH me fait pas la ze ». Presque hermétique par moments, sa prose jargonnante reste constamment accrocheuse tant elle semble viscérale. Dans ON LÂCHE RIEN, double-album de 31 titres paru plus de dix ans après son précédent disque, Kalif continue de bâtir une œuvre dont les caractères crapuleux et fédérateurs résonnent toujours. Quant au travail de producteur mené auprès de Jul, Gips ou Naps, il a manifestement relevé de l’échange réciproque : son écriture comme ses inspirations semblent mises à jour et simplifiées. S’il ne possède ni leur signature vocale ni leur charisme, sa maîtrise des codes locaux, ses détails de voyou trimardeur et sa gouaille font mouche. Sur des morceaux comme « MA VIE », sa présence est habitée et truculente. — Bzx
Aya Nakumara & La Rvfleuze – « Sexy nana »
À l’annonce d’une collaboration entre Aya Nakamura et La Rvfleuze, quelques voix dubitatives se sont élevées : qu’allaient bien faire les deux artistes ensemble sur un même morceau ? Il faut dire que la musique d’Aya et du rappeur du 19eme semblaient quelque peu éloignées en apparence, dans leurs thèmes comme leurs sonorités. Au moment de lancer le morceau début mai, les curieux ont d’abord eu une première surprise : pour la première fois de sa carrière, Aya Nakamura livrait un titre entièrement rappé. Pas de chant, ni sur les couplets, ni sur le refrain, scandé à la manière des rappeurs ne s’embarrassant pas d’activer l’autotune. Une découverte suivie d’une seconde bonne nouvelle : plus qu’une performance simplement écoutable, la manière de poser d’Aya Nakamura réussissait à avoir un petit quelque chose d’addictif sur « Sexy Nana ». Sans jamais jouer un rôle qui n’est pas le sien, l’interprète de “Copines” pose avec un flow assez simple pour ne pas se mettre en difficulté, tout en jouant avec plusieurs intonations sur le morceau. En prenant une voix lancinante et arrogante, et en l’accompagnant d’adlibs bien sentis (mention spéciale au « nah ! » après le « t’es pas compatible ») Aya Nakamura va ainsi sur un terrain qui n’est à la base pas le sien, pour en faire sa nouvelle propriété. La Rvfleuze enchaîne alors en livrant lui aussi un couplet affuté et riche en adlibs, tout en ayant l’intelligence de bien s’adapter à ce que sa partenaire de morceau vient de dire juste avant. Si l’association entre les deux artistes n’avait pas grand chose d’évident en apparence, « Sexy Nana » aura finalement prouvé que toute collaboration peut exister, du moment que ses deux acteurs font chacun un pas vers l’autre. Tout en montrant qu’Aya Nakamura sait aussi lâcher des barz. À sa façon et avec sa diction. — Brice Bossavie
« À l’image d’une maison dont les recoins sont chargés d’anecdotes, Surprise parsème « Une pieuvre dans un seau » d’éléments qu’elle détaille tout au long de l’album. »
Surprise – « Une pieuvre dans un seau »
Une grande pièce remplie de souvenirs. C’est ce qu’évoque « Une pieuvre dans un seau » à la première écoute. L’impression d’avoir été expédiée dans une chambre d’ado où les photos, les posters et les bibelots sont restés intacts. Ils renferment les histoires d’une époque d’insouciance. Dans son tout premier album, la rappeuse originaire de région parisienne choisit de partager quelques fragments de cette intimité, en 11 titres. Le morceau d’introduction « Une pieuvre dans un seau », qui porte le même nom que l’album dont il fait l’ouverture, débute en douceur avec une guitare acoustique. Cette sobriété fait progressivement place à la richesse d’un orchestre soul et envoûtant marqué par une ligne de basse souple, une composition signée par Surprise, Brundours et La tête. Dans ce décor planant, la rappeuse laisse ses pensées se dérouler sans filtre, mettant en avant l’importance de trouver sa place dans l’industrie (« Sur scène, j’me sens comme un animal dans un zoo, ouais / Comme un clown dans un cirque, une pieuvre dans un seau »). À l’image d’une maison dont les recoins sont chargés d’anecdotes, Surprise parsème son titre introductif d’éléments qu’elle détaille tout au long de l’album, de ses relations amoureuses anciennes et actuelles, jusqu’à ses animaux de compagnie disparus et ses liens familiaux complexes. En se replongeant dans le passé, la musique de Surprise prend une allure chaleureuse. Les souvenirs, abordés avec apaisement, deviennent des objets précieux. — Marjolaine Berisset
Chien Bleu – « Skoda »
Il est des rappeurs ancrés dans le béton de leur ville. Des rappeurs dont le nom sonne comme une évidence pour ceux qui arpentent les mêmes rues qu’eux en se disant qu’il y a de grandes chances de les croiser sur un trottoir, à un bar ou simplement au lieu où ils s’affairent à autre chose que l’ingrate rédaction de rime. Chien Bleu est de cette catégorie. Ancien membre d’un groupe de punk, le rappeur genevois assume depuis longtemps la porosité entre ces deux univers musicaux, très importants dans la scène lémanique. Après un album fin 2024 très orchestral et diversifié dans l’usage qu’il fait de sa voix, il revient en 2026 avec un EP nommé DOG contenant un morceau entre l’hymne régional, la démonstration de force et le journal intime : « Skoda ». Le texte est caractérisé par l’ambivalence entre un déversement de pensées privées à peine dissimulé par les figures de style et une pudeur racailleuse, rappelant le rap de rue des années 2000 dans lequel il est plus facile de parler de ce qui est autour pour parler de soi. Le premier couplet sert à poser un décor, une succession d’images et de signes, banaux pour le quidam, signifiants pour les habitués du stade de Genève ou des concerts à L’Usine. Le tout explose au second couplet, la prod se chargeant, l’interprétation du MC devenant plus intense, sortant de l’envoûtante mélancolie du refrain. Chien Bleu semble résoudre ses paradoxes dans ce titre. Rappeur local universel, brute émotive, punk devenu père et glorieux inconnu. — Iochane
La Bourse – « BLUETOOTH »
Avec le titre « BLUETOOTH », le rappeur du Val-de-Marne La Bourse, signé chez Noviceland (à l’instar d’un certain TH), s’approprie les codes du rap du Sud des États-Unis. Quelque part entre les variations vocales habitées de Lil Wayne et de Young Thug ou le flow particulier d’un Zequin en France, le morceau s’impose comme une pièce de trap moderne. Le titre se construit sur des changements de rythme, des ruptures de ton et l’élasticité de ses textures, passant de la hargne à la colère, le tout porté par des lignes mélodiques qui reste en tête, à commencer par son refrain. Travaillée par Prodbywolfi et 13thirteen, puis mixée par Reese3019, la prod’ accompagne La Bourse le long d’une introspection qui gagne en noirceur à mesure que le titre avance. Le rappeur s’y livre d’abord sans filtre, face au miroir, incapable de se reconnaître sous l’effet des substances. Ce moment de solitude bascule vite dans la défiance et la paranoïa qui habitent son quotidien, où l’isolement semble total (« c’est chacun pour soi et Dieu pour tous ») et où les poignées de main sont feintes. Pour s’en sortir, c’est alors que la colère prend le dessus : le respect ne s’obtient qu’avec l’argent, le pouvoir, et le rejet des institutions. « BLUETOOTH » réussit à allier l’imagerie lourde d’un quotidien marqué par la débrouille et la rue avec un sens de la topline entêtante, capable de marquer durablement. — Lilia Lrd
Dries Bormans feat. Domingo Cruz – « Doudou »
Sur « Doudou », Dries Bormans et Domingo Cruz livrent un morceau inclassable : un single drôle, sans filtre et d’une lucidité assez désarmante. Le titre se construit d’abord sur une rythmique entêtante menée par le refrain de Bormans. À la fois beatmaker et interprète, ce dernier met sa double casquette au profit d’une ambiance digitale et étrangement nostalgique qui pourrait faire penser aux prod’ de Bladee, sensation appuyée par un sample de « Children » de Robert Miles, hit trance des années 1990. C’est sur cette structure déjà solide que Domingo Cruz vient ensuite dresser l’inventaire de ses turbulences bruxelloises. Fidèle à l’influence, entre autres, des rappeurs américains RXK Nephew et RX Papi, ce dernier fait part de ses monologues intérieurs, sans sur-réfléchir la forme. Sa performance prend la forme d’un flux de pensées en vrac où les anecdotes les plus triviales (la saisie de son iPhone et de son Acer Predator par le parquet de Bruxelles et la perte de tous ses morceaux enregistrés dessus) côtoient des aveux lucides sur ses addictions et ses difficultés amoureuses. Sans hiérarchie ni censure, cette écriture particulière n’est pas pour autant insensée : elle frappe par son détachement presque comique et son réalisme terre-à-terre, capturant le portrait d’un « jeune kiffeur » paumé mais sincère. Dans « Doudou », il n’y a plus de frontière entre l’ego trip et la lose, et cette collision absurde, aussi particulière soit-elle, laisse difficilement indifférent. — Lilia Lrd
She Says – « Muay Thaï »
Entre la chaleur du soleil et la douceur de la nuit, postée à l’ombre d’une forêt ou illuminée par un clair de lune, She Says dégage une identité musicale percutante et spirituelle. Puisant ses paroles aussi bien dans le créole que dans le français, la rappeuse martiniquaise se balade entre la dancehall, le shatta et le rap mélancolique. Un résultat parfois dansant et passionné, parfois plus froid et sensible. Dans « Muay Thaï », extrait de son premier EP 6H30, She Says incarne un personnage guerrier et confiant, nourri par une voix éraillée aux teintes graves. Sur une prod trap vigoureuse, « Muay Thaï » s’oppose au calme du titre introductif et éponyme de son disque. En comparant sa détermination aux cycles lunaires, la rappeuse manifeste son envie de percer. Cette rage, qui ne cesse de grandir en elle, la pousse à se dépasser morceau après morceau (« J’fais ça toute seule j’ai pas d’crew / J’ai trop d’skins et c’est ma voix que t’entends partout »). Un titre mélancolique au premier abord, mais qui ne manque pas d’espoir. Comme la lune et son perpétuel renouvellement, She Says accueille positivement les moments sombres d’un passé qu’elle dévoile au cours des 5 pistes de son EP. Inspirée par cet astre, elle utilise les obstacles rencontrés dans sa carrière pour mieux savourer ses victoires : « Impact délétère plus glacé qu’cet hiver/ J’m’en défais nouveau cycle nouvelle lune j’suis solaire ». — Marjolaine Berisset
« Les notes chaleureuses, les lignes de basses profondes et les cuivres bien lustrés de Top$ide, qui accompagne Koorama à la prod de « Raymon Barz », sont taillés pour le flow métronomique de Bob Marlich. »
Bob Marlich – « Raymond Barz »
Chaque année, Bob Marlich réalise plusieurs projets communs avec un seul et même producteur. Qui que soit son associé, le rappeur fabrique une musique réussissant l’exploit d’être à la fois singulière et familière. Ce mois de mai, KooLich confirme sa collaboration avec le producteur Koorama. Sur le morceau « Raymond Barz », il faut aussi compter sur la présence du producteur américain Top$ide, qui semble lui aller à merveille. Né en Louisiane, figure centrale du son contemporain de Detroit, son interprétation du style est largement imprégnée de l’ambiance bounce si chère à Marlich. Ses notes chaleureuses, ses lignes de basses profondes et ses cuivres bien lustrés sont taillés pour son flow métronomique. En quelques rimes saisissantes, les thèmes favoris du rappeur déroulent : références aux musiques et cultures états-uniennes et antillaises, rap en créole, remarques comiques et spontanées sur son look, sa paternité, son aisance ou son manque de reconnaissance.« Bigflo qui parle mal de Future… Wow ! / Dans six ans ma fille elle peut conduire une voiture… Wow ! / T’es descendu du train et bien c’est tant pis baw / Top$ide & Koorama prends ça an tchou aw ». Posé dans le wagon bar, une certitude : le voyage est loin d’être terminé. — Bzx
Creamy G – « J’innove »
La « ride dans la ville, comme un PNJ » de 2024 est finie pour Creamy G. En mai 2026, c’est en main character, et sous avatar SIMS full panoplie baddie, que la Marseillaise apparaît dans le clip de « J’innove ». Creamy et sa bande y arborent nail art, wigs fluos et bracelets cloutés dans les rayons d’une alimentation générale. Brandissant des jouets mitraillettes strassés, ces hustleuses rivalisent avec les synthés conquérants de l’instru. Aussi réalisatrice du clip, Creamy a la vista et fonce sans regarder derrière : « J’prends la pelle et j’creuse l’écart. » Déterminée, la rappeuse l’était déjà ado lorsqu’elle choisissait son nom de scène, inspiré du Wu-Tang : « Cash rules everything around me. C.R.E.A.M get the money. » Et si Creamy G remporte le jackpot, c’est bien parce qu’elle n’a jamais peur d’expérimenter. Son univers versatile mélangeait déjà cloud rap, rnb et 2step. Creamy découpe ici la prod trap-bouyon des beatmakers WAYUP (qui a récemment produit « Abeille » de Darlingchouchou) et Vyprss. Même si, à innover, il faut aussi savoir dire Sul Sul aux rageux : « Ça sent l’hypocrisie même quand ils mettent du parfum. » Avec un titre qui sonne comme un tube estival, Creamy G a bien capté la DA caniculaire du moment. — Orane Gibier
LinLin – « BLACC* »
Elle l’annonçait depuis plusieurs mois déjà, et a fini par prouver : avec DISCO INFERNO, LinLin a montré qu’elle pouvait proposer une musique puissante (et dansante) tout en restant accrochée au rap français. Un leitmotiv qui l’animait dès ses premiers singles en 2023 (les vrais se souviennent de « KISS X3 ») et qu’elle aura fini par confirmer le temps d’un premier album de trente minutes salué par le public et la critique. Forcément, cet enthousiasme bien mérité se devait d’être accompagné d’une intro explosive : avec « BLACC* », la rappeuse relève ce pari, en conviant des références musicales aussi logiques que percutantes. Pensé comme une présentation coup de poing, le premier morceau de DISCO INFERNO (sans compter l’intro) va ainsi puiser dans des sonorités rap et club de la fin des années 80/début 90, sur lesquelles la Parisienne scande son mantra. À mi-chemin, entre Miami Bass, electro funk, et musique techno, la prod de Mobb offre ainsi un terrain de jeu hédoniste à LinLin pour y afficher toute sa confiance. Une petite déflagration, qui fait le choix de ne pas uniquement céder à l’appel de la danse : le temps de trois minutes, la rappeuse évoque ainsi ses combats politiques et sociétaux (« Pour les miens, c’est sous terre ou c’est à Fresnes / Tous les jours, moi j’fuck le FN »), la fierté de ses origines sur son refrain (“Tout est black”), tout en faisant un clin d’oeil au « AMERICA HAS A PROBLEM » de Beyoncé (« J’crois que la France a un dilemme / C’est nous les vilains, c’est nous le problème »). Peut-on encore faire de la musique purement hédoniste, lorsque l’extrême droite se rapproche dangereusement des portes du pouvoir d’ici quelques mois ? LinLin trouve la réponse sur « BLACC* » en faisant le choix de ne pas mettre le sujet de côté, sans renoncer à danser. Un paradoxe qui fait tout le charme de cette intro coup de poing, véritable premier round de l’uppercut DISCO INFERNO. — Brice Bossavie
Diddi Trix feat. TH – « Kylian »
Le point commun entre Kylian Mbappé, Diddi Trix et TH ? Les trois ont écumé les rues de Bondy. D’où la référence explicite au footballeur dans le morceau « KYLIAN », sorti fin mai par les deux rappeurs et présent sur l’album Réussir ou Mourir de Diddi Trix. Mais, contrairement à l’attaquant du Real, les deux artistes ne se sont pas envolés pour la capitale espagnole : ils ont encore les deux pieds dans la ville. « J’crois qu’j’vais faire un Bondy – Madrid / Comme Kylian », lâche TH, pensif, décrivant avec son compère les contours d’un quotidien brutal. Une chronique ténébreuse et contemplative des cités Nord de la commune de Seine-Saint-Denis, rendue plus douce par une rythmique dansante. Le beatmaker Banger 2.0 confère une atmosphère mélancolique à cette production, portée par des drums en pagaille que des notes de piano enrichissent subtilement. Les deux Bondynois montrent ainsi l’étendu de leur palette, évitant l’écueil de produire un resucée de leur première collaboration en 2023, « THC », morceau trap à l’esthétique industrielle. Trois ans plus tard, Diddi Trix réinvite TH pour un titre moins chargé dans la forme, mais d’autant plus dense dans le fond. Idéal pour les crépuscules d’été. — Alexis P
Aketo – « Roh la vache »
« En Algérie la khalota c’est un plat qu’on prépare en mélangeant les légumes qu’il reste, une sorte de ratatouille ». C’est ainsi qu’Aketo décrit en quelques lignes son dernier disque sur son fil Instagram. Deuxième piste de Khalota, « Roh la vache » c’est un peu le plat qu’on prépare en rentrant de virée nocturne avec les moyens du bord. Un truc de survivant. Blues urbain au piano mélancolique produit par Herman, lui qui avait déjà signé « Un dernier café à Cergy » d’Isha dans la même lignée mélancolique (on pourrait faire des deux morceaux un maxi sponsorisé par Segafredo), la tambouille d’Aketo résonne dès les premières mesures avec l’air du temps. « Les matins qui chantent faux… Les haleines qui sentent fort, c’est la merde les transports, c’est le chagrin qui me rend beau ». En portugais, « Roh la vache » se rapprocherait de la définition d’une saudade. Un sentiment coincé entre mélancolie, nostalgie, désir et espoir qu’Aketo libère le temps de ces deux minutes dix-huit mélangeant rap, jazz et blues dans sa ratatouille de quadragénaire carbonisé. Une saudade, légère mais lourde de sens, qui prend l’auditeur par l’épaule pour aller plus loin, contre vents, marées, canicules, douleurs intestines et tout le reste. Un truc de survivant. — JulDeLaVirgule
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