« LE CHAT FREESTYLE » de Deemax, flow de velours
Une rue plongée dans la pénombre. Seuls la fumée s’échappant de la cheminée industrielle et le tournoiement de la grande roue en troublent la quiétude. Au milieu des immeubles et maisonnettes, une pancarte met cependant en garde : « Beware of The Cat. » En contre-haut, Deemax surplombe cette maquette de ville miniature et entame, d’un flow de velours, le premier couplet de son CHAT FREESTYLE : « Deux heures du mat’, posé devant la feuille et un joint mal tassé/ fait froid ce matin j’ai la veste matelassée… » Le voilà, l’animal errant toisant la cité endormie.
Ce freestyle d’une vingtaine de minutes, tourné chez le disquaire parisien et à la mise en scène visuelle presque onirique, est annonciateur d’une mixtape prévue le 10 avril. Servi par des productions de haute-volée à dominante boom bap (Planaway, Kyo Itachi, Mani Deiz, Arthus, Needraw, Brianinthemid, Tisma, Thresu et Acare à la manoeuvre), le rappeur du Val-de-Marne file encore un peu plus la métaphore féline. En février, déjà, l’artiste a dévoilé “O’Malley”, une référence au chat de gouttière des Aristochats. Un morceau à la fois sombre et chaleureux dont la trompette jazzy semble tout droit sortie d’un film noir des années 1950.
Plus de trois ans après avoir été repéré lors du Grünt #52 de NeS, dont il est l’acolyte fidèle, Deemax développe ici sa propre imagerie faite d’introspection nocturne et de rimes égotrip acérées. Le MC s’approprie la figure du félin sauvage pour mieux se placer en observateur reclu, “posé au fond de la classe” ou “depuis un coin de la ville”. Mais, si l’animal a la réputation d’être un solitaire dans l’âme, le MC a tout de même “ramené [s]es chats de gouttières” pour l’épauler tour à tour au micro. Tisma et GAL, d’abord, pour des barz’ irrévérencieuses sur un piano d’hiver, suivis de Lyre, qui chantonne avec lui sur un air de guitare, et d’Owen le temps d’un couplet survolté. Sans oublier Keroué, rimeur hors pair aux “dents bien ciselées” et aux “griffes affutées”.
Le chat présente également un point commun avec un autre mythe cher au rappeur : celui du samouraï. Et plus particulièrement celui du rōnin qui, contrairement à la majorité des membres de cette classe emblématique du Japon féodal, n’appartient à aucun clan. Outre une phase citant le film Ghost Dog – mettant en scène un samouraï des temps modernes à New York, que Deemax avait déjà samplé dans sa mixtape À ma place (2024) –, le MC se compare à un “samouraï déchu” dont “ils veulent couper le chignon”, c’est-à-dire déshonorer. Tel le matou des rues et le guerrier sans maître, Deemax est libre. Prêt à batailler pour conserver son indépendance.